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Redressement de Caddie : la CFTC a obtenu des prêts publics

23 février 2022 | Social

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La société alsacienne Caddie est en redressement judiciaire depuis le 4 janvier 2022. Mais bien que son destin soit incertain, les salariés continuent à se battre. En première ligne : Luc Strohmenger, délégué syndical CFTC, qui grâce à son culot et son investissement a obtenu près de 400 000 euros de prêts publics. Rencontre…

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[MAJ du 22/03/2022]

Le tribunal judiciaire de Saverne a donné mardi son feu vert à la reprise de l’emblématique fabricant de chariots
de supermarchés Caddie, en faillite depuis le début de l’année, par le groupe industriel nordiste Cochez (AFP)

Si dans dix ans vous poussez encore un Caddie dans votre supermarché, vous pourrez remercier la CFTC. Depuis le 4 janvier, la société alsacienne qui fabrique les célèbres chariots de supermarché est en redressement judiciaire pour la troisième fois en dix ans. Mais Luc Strohmenger, délégué syndical CFTC à l’usine Caddie de Dettwiller, et secrétaire du CSE, a obtenu, le 25 janvier dernier, 400 000 euros de prêts publics. Sans cette aide, son entreprise risquait de passer en liquidation judiciaire avant la fin de sa période d’observation, fixée au 22 février. Les 142 salariés de l’usine auraient alors tous été licenciés, et c’en aurait peut-être été fini du fameux Caddie.

Quand il a su qu’Emmanuel Macron se rendait à Strasbourg le 19 janvier, Luc Strohmenger a décidé de l’interpeller sur la situation de son entreprise. La CFTC et les autres organisations syndicales ont été reçues en entretien par un conseiller du président de la République, accompagné d’un représentant de la préfecture du Bas-Rhin. Six jours plus tard, Luc Strohmenger était en visioconférence avec le ministère de l’Industrie et la région Grand Est. Qui ont chacun accordé un prêt de 200 000 euros à la société Caddie !

« L’occasion fait le larron, confie Luc Strohmenger. Il y a des élections cette année, on en a profité et ça a marché. Un an plus tôt ou six mois plus tard, nous n’aurions pas eu cette chance-là. » Le thème de la réindustrialisation a probablement joué aussi.

« On ne peut pas en même temps réindustrialiser et laisser fermer des usines », estime Luc Strohmenger.

Mais son argument essentiel a été le suivant : 142 emplois en danger, et autant de familles potentiellement en difficulté.

Caddie connaît de graves problèmes de trésorerie. « L’électricité et le gaz n’avaient pas été payés depuis un an – il y avait un risque de coupure – et les fournisseurs ne livraient plus si on ne payait pas d’avance », témoigne Luc Strohmenger. Sans parler des salaires de décembre payés en retard. Il était donc urgent d’injecter des liquidités pour tenir jusqu’à la fin des sept semaines de période d’observation. Les 400 000 euros de prêts vont permettre à l’entreprise de payer les salaires de janvier, d’acheter du matériel et des matières premières et de régler une partie des factures en souffrance.

Sauver la marque Caddie était l’autre argument de Luc Strohmenger auprès des pouvoirs publics. Une marque dont la renommée attire une quarantaine de candidats à la reprise, dont trois ou quatre ont la faveur de l’administrateur judiciaire. « Nous souhaiterions que ce soit un industriel qui reprenne l’entreprise, confie Luc Strohmenger. On a vu deux entreprises, pour l’instant, qui sont un peu dans le métier et qui nous ont assuré vouloir faire une offre ». Elles ont jusqu’au 15 février pour se déclarer. Puis elles présenteront leur projet au CSE, qui rendra son avis. Celui-ci sera pris en compte par le tribunal de commerce dans son jugement. Tout comme l’avis de l’administrateur judiciaire.

« J’opterai pour le repreneur qui fait le moins de casse sociale », affirme Luc Strohmenger.

Les salariés de Caddie n’en sont pas à leur premier redressement judiciaire. Ils en ont connu un en 2012, puis un autre en 2014. Malgré cela, en 2017 et 2018, l’entreprise enregistre des pertes record. Et se fait racheter par le Polonais Damix, qui délocalise en Pologne la production la plus rentable : des chariots en inox pour l’hôtellerie, les aéroports, la logistique, les hôpitaux… Tandis que la production de chariots de supermarché, elle, reste en Alsace, pour être vendue aux grands groupes de distribution qui ont les moyens de faire pression sur les prix. « Ils auraient dû faire le contraire, estime Luc Strohmenger : faire fabriquer les produits à moindre valeur ajoutée par la main d’œuvre polonaise bon marché. »

Puis arrive la pandémie de Covid-19. Caddie bénéficie alors, en 2020, de 6,2 millions d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE). Ce dont se prévaudra le directeur général Stéphane Dedieu pour rassurer les salariés. Mais en fait, « les PGE ont seulement permis de reculer l’échéance, estime Luc Strohmenger. S’il n’y avait pas eu le Covid, on aurait été en redressement judiciaire début 2020. »

De fait, l’entreprise enregistre cinq millions d’euros de pertes fin 2020. En 2021, le CSE s’inquiète de la situation et mandate un expert comptable pour auditer les comptes de l’année précédente. « Il nous a dit que la situation était très très limite », raconte Luc Strohmenger.

Cependant, l’employeur se veut rassurant : le déménagement qu’il prépare va générer des liquidités. Il abandonne ainsi le site de Drusenheim, dont il est locataire, pour installer l’ensemble de la production à Dettwiller. Toutes les machines sont vendues puis louées à leur nouveau propriétaire. Au passage, l’opération se solde par quarante licenciements, dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi. « Je pense que ça a été fait trop tard », estime aujourd’hui Luc Strohmenger.

Fin 2021, Stéphane Dedieu justifie l’insuffisance de trésorerie par les problèmes liés au Covid-19 : difficultés d’approvisionnement, frontières fermées, hausse du coût des matières premières, baisse des commandes… Sans compter qu’à un moment donné, l’usine est devenue un cluster. Luc Strohmenger résume autrement la situation : « on estime qu’il y avait une mauvaise gestion ».

Aujourd’hui, « il y a une fracture entre les salariés et la direction, rapporte-t-il, on milite pour un changement total de direction ». Pour l’heure, les salariés s’attendent à des licenciements. « On n’a jamais vu de reprise sans réduction de personnel, confirme Luc Strohmenger, il faudra la limiter au maximum. »

Laurent Barberon

Caddie en dates

  • 1928 : création des Ateliers réunis Caddie

  • 2012 : redressement judiciaire, Stéphane Dedieu nommé directeur de l’usine

  • 2014 : redressement judiciaire, reprise de l’entreprise par Stéphane Dedieu

  • 2016 : achat du site de Dettwiller pour un euro symbolique

  • 2018 : reprise par la société polonaise Damix (70 % des parts)

  • 2021 : abandon du site de Drusenheim, déménagement complet à Dettwiller

Résultats financiers

  • 2018 : 6,2 millions d’euros de pertes

  • 2020 : 5 millions d’euros de pertes

  • 2022 : dette de 4 millions d’euros

Effectifs

  • 2012 : 900 salariés

  • 2020 : 183 salariés

  • 2021 : 142 salariés

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