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Métiers en tension : un problème d’attractivité ?

26 janvier 2022 | Social

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Au 3e trimestre 2021, la Dares comptabilisait 286 100 emplois non pourvus en France. Désireux de lutter contre le chômage, le Gouvernement a saisi le CESE pour formuler un avis sur la question des métiers en tension. La CFTC s’est entretenue avec Anne Chatain, présidente de la fédération CFTC Media+ et conseillère à la commission travail et emploi au CESE, pour en savoir plus.

Le CESE a été saisi par le Gouvernement pour formuler un avis sur la question des métiers en tension. Pourquoi maintenant, quand on sait qu’il s’agit d’une problématique structurelle et récurrente ? Y-a-t-il un lien avec la crise actuelle et ses conséquences ?

La saisine qui a été faite au Conseil économique social et environnemental (CESE) par le Premier ministre en septembre dernier faisait bien état du phénomène récurrent des métiers en tension. Depuis plusieurs années, les difficultés de recrutement n’ont fait que progresser : en 2019, selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) et Pôle emploi, 6 métiers sur 10 étaient en forte tension, alors que seuls 1 sur 4 l’étaient en 2015. Pourquoi maintenant ? Le phénomène de forte reprise d’activité que nous avons observé ces derniers mois et le « rattrapage économique » après les confinements successifs ont mis la lumière sur les tensions de recrutement. Conscient du problème, le Gouvernement a demandé au CESE de se pencher sur la question et, plus précisément, sur les facteurs périphériques de l’emploi, à savoir la répartition territoriale, la mobilité, le logement, les modes de garde des enfants, etc.

Mais bien qu’il nous ait été demandé de nous pencher sur les sujets connexes, la commission travail et emploi, à laquelle j’appartiens, a tout de même insisté sur la question de l’attractivité des métiers. Nous souhaitions aborder le problème dans sa globalité et considérons que cette question est d’une grande importance, notamment face au paradoxe qu’est le nombre important d’emplois « non pourvus » en France et le chômage de masse auquel le pays est confronté.

Comme vous le savez, la notion d’enrichissement du travail est chère à la CFTC. Diriez-vous que cette notion a pesé dans l’élaboration de la 1re préconisation phare du CESE, à savoir la négociation des avantages mutualisées au sein des branches professionnelles ?

Rappelons d’abord que de cette saisine sont ressorties 20 préconisations au total, dont trois mises en avant. Concernant la première préconisation phare, nous avons, effectivement, abordé la question de la juste rémunération du travail accompli. Toutefois, la CFTC aurait voulu aller plus loin sur cette question que ce que propose l’avis.

Nous considérons que certains métiers demandent à être plus attractifs, notamment ceux qui ont une haute valeur sociale ajoutée, tels que les métiers dits de « première ligne » que la crise a révélés. Les métiers qui assurent la solidarité intergénérationnelle, le lien vers les personnes âgées, la petite enfance, le choix médical, etc., ne sont pas rémunérés à leur juste valeur, alors qu’ils sont fondamentaux pour la solidarité sociale dans notre société.

L’utilité sociale des métiers doit absolument être reconnue.

Ajoutons à ce problème de rémunération, le fait que le chômage partiel, qui a concerné des millions de Français pendant la crise du Covid-19, et le télétravail ont fait émerger d’autres problématiques liées à l’attractivité des métiers, telles que les questions de conciliation des temps de vie et de sens au travail.

Que dit l’avis sur les deux autres préconisations phares ?

Sur la question de la conciliation des temps de vie, nous avons formulé la préconisation 12 :  « une prise en charge effective de la conciliation vie au travail/ vie personnelle dans les entreprises ». Ce que le CESE préconise est la mise en place d’objectifs concrets via la signature d’accords d’entreprise. La prévention de la désinsertion professionnelle et le renforcement des conditions de retour des salariés dans l’entreprise à l’issue d’absences longues est un des exemples d’objectifs énoncé dans l’avis.

Un autre exemple est le soutien financier pour les parents de jeunes enfants ou des modalités d’aide à la garde des enfants. Ce dernier nous intéresse particulièrement à la CFTC, car nous considérons que pour qu’une société se porte bien, nous devons protéger ceux qui n’ont pas de solutions pour assumer leur activité.

Le CESE a également souhaité répondre à la saisine du Gouvernement sur les métiers en tension, en formulant des préconisations sur le recrutement. Nous nous félicitons d’une préconisation en particulier : la 13, qui met en avant la nécessité d’anticiper les besoins de recrutement afin d’adapter notre modèle économique aux transitions écologiques, numériques et démographiques en cours. Pour ce faire, le CESE préconise le recours à une planification qui intègrerait la participation de toutes les parties concernées aux orientations stratégiques. Cela passerait aussi par la mise à disposition d’un outil statistique interbranche rénové et affiné. En clair, il s’agirait d’avoir une vision nationale des branches qui recrutent et de celles qui ne recrutent pas.

Toutefois, le groupe CFTC au CESE regrette les faiblesses de l’avis sur la question de l’orientation professionnelle continue. Si la formation initiale est évoquée à plusieurs reprises comme une piste forte, l’idée d’orientation professionnelle peut et doit être renforcée. Nous considérons qu’au cours d’une vie, une personne est appelée à changer de métier, ce pourquoi nous tenons à ce qu’elle soit accompagnée tout au long de son parcours.

Crédit photo : DR

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