« Il a fallu se battre avec la direction pour faire fermer les agences », Benoît, salarié du Crédit Mutuel et militant CFTC

« Il a fallu se battre avec la direction pour faire fermer les agences », Benoît, salarié du Crédit Mutuel et militant CFTC

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Lundi 4 mai 2020
Notre drôle de vie

Benoît est gestionnaire middle office à la direction du recouvrement au Crédit Mutuel (62). Ce syndicaliste convaincant et convaincu déplore le manque d’écoute de la part de sa direction et dépeint un futur plein d’inquiétudes.

Considéré comme « essentiel à la vie de la Nation », le secteur bancaire est sommé de maintenir son activité. Quel est votre quotidien depuis le début de la crise du Covid-19 ?

Mon quotidien est plutôt facile. Je suis un privilégié : comme je suis basé au siège et que nous avions négocié un accord sur le télétravail il y a dix-huit mois, je travaille de chez moi. Alors, il y a bien l’école à la maison : avec mon épouse nous sommes devenus tour à tour prof de français, de maths, d’histoire-géo. Il y a quand même des limites au télétravail. Au Crédit Mutuel, ils ont inventé un sacré concept : la visio sans se voir. Nous faisons des réunions par Skype, mais sans mettre la caméra, qui n’est pas supportée par la bande passante ! Autant dire que nous passons à côté du langage corporel, des regards, autant de signaux qui sont importants dans une discussion. Et puis à force de travailler depuis la maison, je perds le lien social, qui me tient particulièrement à cœur en tant qu’élu syndical.

Vous avez effectivement plusieurs mandats (président CFTC du Crédit Mutuel de Lille, élu CSE, DS). Les missions syndicales exigent-elles du temps depuis le début de la crise ?

Oui, elles sont très denses. Nous sommes extrêmement sollicités et c’est bien normal. J’évoquais ma situation de privilégié : ce n’est pas le cas des effectifs du réseau. Il a fallu se battre avec la direction ‒ qui avait décidé qu’on ne fermerait pas les agences‒, pour faire baisser les rideaux, renoncer aux rendez-vous en présentiel, et ne maintenir vraiment que les activités « essentielles » (retrait de moyens de paiement, retrait d’argent liquide…). Les gens ne devraient déjà pas venir en agence… Que cochent-ils sur leur attestation de déplacement ? Certains pour éviter l’ennui venaient passer une heure à la banque ! On a dû faire comprendre à notre direction qu’il fallait protéger nos collaborateurs. Ils ont peur d’aller travailler. Mon épouse, par exemple, qui travaille aussi au Crédit Mutuel mais en agence, avait la peur au ventre d’attraper le virus et de le rapporter à la maison. Désormais, les agences sont en mode « drive » et fonctionnent sur rendez-vous, à la demande. Mais ça a été difficile.

Comment avez-vous réussi ?

Nous nous sommes rassemblés. Nous avons créé une intersyndicale, pour parler d’une seule voix, il a fallu faire taire les ego. Pour obtenir l’oreille de la direction, nous sommes allés jusqu’à menacer d’informer la presse. Il y aura un avant/après crise du Covid. Il y a désormais une vraie défiance à l’égard de la direction.

Comment envisagez-vous la suite ?

Je nourris beaucoup d’interrogations sur la reprise, sur ses modalités. Je pense dans un premier temps que cette crise va fonctionner comme un accélérateur sur le secteur bancaire, qui est en pleine mutation. Il se virtualise de plus en plus. Constater que finalement, les clients ont géré leurs comptes et leur argent à distance sans problème depuis un mois et demi, va précipiter la suppression de postes ou la fermeture d’agences.

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