« Notre ADN, c’est la vie à défendre et donc préserver la santé de tous », Xavier, cadre chez HSBC et militant CFTC

« Notre ADN, c’est la vie à défendre et donc préserver la santé de tous », Xavier, cadre chez HSBC et militant CFTC

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Lundi 4 mai 2020
Notre drôle de vie

Xavier Deschamps, cadre chez HSBC, travaille dans une des rares activités d’importance vitale. Le président de la fédération Banques CFTC fait le constat de situations contrastées d’un établissement à l’autre quant aux mesures de sécurité pour les salariés et réclame des protections et des kits de déconfinement dès le 11 mai.

Quelle est la situation particulière des banques pendant cette période de confinement ?

Les banques font partie des secteurs économiques essentiels. C’est pourquoi elles doivent rester ouvertes. Cela dit, des agences reçoivent leurs clients sur rendez-vous et ont aménagé des horaires pour les retraits d’espèces.

Certaines banques n’ouvrent qu’une agence dans une même zone géographique, pour assurer une permanence, et ferment les autres.

Dans certaines structures, tout se passe très bien, le CSE se réunit régulièrement au sujet du Covid-19. Dans d’autres, le CSE n’a pas été réuni une seule fois, et les salariés restent en situation de risque par absence de mesures préventives exceptionnelles. Or les employeurs sont toujours tenus d’assurer la sécurité et de protéger la santé de leurs salariés. Donc il ne tient qu’aux dirigeants de banques que cette crise sanitaire ne se double pas d’une crise morale.

Nous avons demandé à l’AFB (l’Association française des banques représente les employeurs du secteur, ndlr) combien de salariés du secteur avaient été contaminés par le virus. Nous n’avons obtenu aucune réponse. Cela dit, certaines banques avaient établi un plan de continuité de l’activité en cas d’attentats ou de problèmes informatiques majeurs. Celles-là ont adapté leur plan à la pandémie.

Quelle est l’incidence des prêts garantis par l’État (PGE) sur la charge de travail des salariés ?

Les PGE créent une surcharge de travail. Et ce n’est qu’un début. À la fédération CFTC, nous avons remarqué que ce sont surtout les chargés de clientèle « entreprise » qui la subissent.

Y a-t-il eu, dans les banques, beaucoup d’accords collectifs sur le temps de travail ?

Oui. Des bons et des mauvais. Je n’ai pas à juger du travail fourni par nos sections et syndicats. Mais un bon accord, c’est plutôt celui qui privilégie la prise de congés sur le chômage partiel.

Dans quelles conditions travaillent les salariés des agences ?

Nous constatons qu’il y a trop de disparités entre banques. Certaines d’entre elles n’autorisent pas assez le télétravail, même pour des postes qui le permettraient. De plus, trop de salariés manquent de matériel nécessaire à la mise en sécurité de chacun. C’est le cas, par exemple, de certaines agences qui mettent des coffres-forts à la disposition de leur clientèle et qui ne fournissent pas de lingettes pour nettoyer les poignées de porte entre deux clients.

Concernant la sécurité, en tout cas, nous n’avons pas eu d’informations selon lesquelles des agences se seraient équipées très rapidement de matériel de protection, comme dans les grandes surfaces. Des banques exercent aussi trop de pression sur les chargés de clientèle en maintenant leurs objectifs commerciaux de l’année à tout prix. Il y a aussi des dérives managériales concernant la prise de congés : les salariés ne peuvent pas poser les congés de toute une année en avril et mai. En revanche, ils doivent comprendre qu’ils ne pourront pas prendre quatre semaines de congé cet été.

Il ne faudra pas non plus oublier les salariés en télétravail, qui vont avoir besoin de repos à un moment donné. Ce n’est pas facile pour eux. Imaginez, ceux qui ont un ordinateur pour deux, et qui doivent en même temps s’occuper de trois enfants, et faire l’école virtuelle. J’ai remarqué que ces salariés se mettaient beaucoup la pression. Nous en avons fait part à l’AFB, qui nous a rassurés. Et nous avons convenu que les collaborateurs en télétravail feraient leur maximum, dans certaines limites.

Peuvent-ils utiliser leur droit de retrait ?

Globalement, il n’a pas été utilisé dans les banques. Des solutions à l’amiable ont généralement été trouvées. Et puis, il y a aussi des salariés qui ne peuvent pas, voire ne veulent pas travailler chez eux.

À la fédération, nous les encourageons à faire preuve de civisme.

Que réclamez-vous pour ces salariés en agence ?

Nous demandons plusieurs choses. D’abord, la poursuite du télétravail, afin de limiter la concentration de salariés sur un même lieu. Ensuite, la mise en place ou la généralisation de parois de plexiglas dans tous les sites accueillant un public ; la distribution, avant le 11 mai, de kits de déconfinement à tous les salariés, avec masques lavables, lingettes et gel hydroalcoolique. Les lingettes sont particulièrement importantes pour nettoyer les postes de travail dans les flex-offices (espaces ou les salariés n’ont pas de bureau attitré, ndlr).

De plus, nous demandons des aménagements de poste permettant le respect des gestes barrière. Enfin, nous demandons une attention accrue et une attitude bienveillante, avec des échanges réguliers, à l’égard des personnes à risque ou porteuses d’un handicap. Par exemple, nous souhaitons qu’un salarié diabétique ne soit pas mis immédiatement au contact de la clientèle. Je commence de mon côté à appeler ces salariés plus vulnérables pour m’enquérir de leur état. Nous encourageons les membres de CSE à aborder ce sujet. Si la question est écrite noir sur blanc dans les procès-verbaux, les directions des banques ne prendront pas le risque d’exposer ces personnes. Mais il est bon de rappeler, là où ils existent, que des accords handicap ont été signés, et qu’ils ont donné lieu à la création de missions handicap. Les salariés concernés peuvent s’adresser à elles.

Comment aidez-vous vos adhérents ?

À la fédération Banques, chaque syndicat anime son réseau d’adhérents. Ensuite, l’équipe fédérale soutient ses syndicats en restant à leur écoute. De plus, nous avons la chance d’avoir parmi nous Joëlle Coutrot Lellouche, responsable formation de la fédération Banques. Elle est également conseillère prud’homme et reçoit quotidiennement des informations sociales et juridiques.

Elle les transmet à notre secrétaire générale Diana Brajevic, qui les fait suivre à notre réseau de délégués syndicaux. Depuis le début de la crise du Covid-19, Joëlle Coutrot Lellouche a ainsi décrypté de nombreuses ordonnances pour nos adhérents. Ce service est très apprécié, notamment dans le cadre de négociations.

Par la suite, cela se fera via l’accès Adhérent de notre site web. Celui-ci est actuellement hors service car notre prestataire a fait faillite. Mais nous avons travaillé tous ensemble sur un nouveau projet de site qui devrait voir le jour avant le 1er mai.

Et nous utilisons tous les autres moyens de communication : notre compte Facebook, le téléphone, les visioconférences, les mails… Nous répondons aux questions de nos adhérents et nous échangeons avec ceux qui ont juste besoin de parler. Nous sommes un lien pour eux. Pour ma part, j’ai créé, dans mon établissement bancaire, des groupes WhatsApp, Messenger, Zoom, Team et Skype pour garder avec mes collègues un contact écrit ou visuel, celui-ci étant très apprécié.

Par exemple, vendredi midi, j’ai organisé un apéro par visioconférence avec une centaine d’adhérents, sympathisants et élus. Nous avons échangé et j’ai animé des jeux afin de nous détendre. En conclusion, je dis que pour nous à la fédé Banques notre ADN, c’est la vie à défendre et donc préserver la santé de tous, c’est préserver notre avenir.

Comment le déconfinement va-t-il se passer, selon vous, pour les salariés des banques ?

On me dit que le confinement n’aura pas changé la sociabilité des salariés. Je pense le contraire. Lors du déconfinement, je pense que nous n’allons pas nous faire la bise comme avant ni faire des pauses avec les collègues à la machine à café. Et nous allons sûrement maintenir longtemps les gestes barrière. En tout cas, moi qui ai 58 ans passés, je ferai attention.

Cependant, il sera appréciable de nous voir, entre collègues. En tout cas, tous les CSE sont en plein questionnement au sujet du déconfinement. J’attends leurs retours. D’ores et déjà, je peux prédire que si nous n’avons pas les protections nécessaires, les victimes seront nombreuses. Et s’il n’y a plus personne pour faire marcher l’économie, nous n’aurons rien gagné.

Lire aussi : « Il a fallu se battre avec la direction pour faire fermer les agences », Benoît, salarié du Crédit Mutuel et militant CFTC

Propos recueillis par Laurent Barberon

Crédit photographique : flickr / Hakan Dahlstrom