Hausse de la prime d’activité: une fausse solution à un vrai problème ?
20 janvier 2026 | Rémunération & Pouvoir d'achatSocial
Pour augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs, le gouvernement devrait inscrire dans le projet de loi de finances une hausse de 50 euros par an – en moyenne – de la prime d’activité. En parallèle, il a sondé la CFTC et ses homologues syndicaux sur la possibilité de permettre par décret aux salariés de débloquer 2000 € de leur épargne salariale, en 2026. Si ces mesures visent à faciliter le quotidien des salariés, la CFTC estime que seule une hausse globale des salaires serait à la hauteur des besoins des travailleurs – en particulier des plus précaires – afin qu’ils puissent vivre dignement de leur emploi.

Alors que le gouvernement devrait recourir à l’article 49.3 pour tenter de faire adopter le budget de l’Etat pour 2026, l’une des mesures phares de ce projet de loi de finances devrait consister en la hausse substantielle de la prime d’activité. Pour rappel, cette prestation sociale – dont le montant de base est fixé à 633,21 euros pour une personne seule sans enfant – vise à encourager l’activité, en soutenant le pouvoir d’achat des travailleurs dont les revenus sont modestes. Annoncée vendredi 16 janvier par Sébastien Lecornu, cette augmentation de 50 euros par an en moyenne viserait donc à faire en sorte que « le travail paie plus », selon les mots du Premier Ministre.
Prioriser la hausse des salaires à celle des prestations sociales
Si la CFTC ne peut que saluer toute revalorisation de la rémunération des travailleurs modestes, elle reste assez sceptique quant à la solution optée par le gouvernement. Pour notre organisation, le pouvoir d’achat doit en effet reposer prioritairement sur le juste salaire versé par l’entreprise, et non sur une perfusion permanente de fonds publics. En choisissant d’augmenter la hausse de la prime d’activité, l’Etat fait donc compenser par la contribution collective l’absence – ou du moins l’insuffisance – de revalorisations salariales des employeurs.
Pour la CFTC, les politiques publiques devraient à contrario prioritairement inciter les entreprises à redynamiser les salaires. A titre d’exemple, notre organisation avait notamment regretté la faible augmentation du SMIC, revalorisé de seulement 1.18% en 2026. De nos jours, le SMIC permet, au mieux, de subvenir à ses besoins élémentaires comme se nourrir, se loger et payer ses factures, mais il est aujourd’hui très loin de permettre à ses bénéficiaires de vivre dignement, au sens où la CFTC l’entend. Tout salaire devrait en effet aussi permettre d’avoir un accès raisonnable aux loisirs, aux biens culturels ou encore permettre d’épargner pour des projets d’avenir ou pour ses enfants. A cet égard, notre organisation avait plaidé pour une hausse de 5% du salaire minimum en 2026 qui, sans être insurmontable pour les entreprises, aurait pu agir positivement sur la consommation et donc la croissance.
Pour une hausse de 5% du SMIC : la chronique éco de Cyril Chabanier, sur KTO TV
L’épargne salariale ne doit pas devenir un complément au salaire
Outre l’augmentation de la prime d’activité, le gouvernement a par ailleurs sondé ces dernières semaines la CFTC et ses homologues syndicaux sur la possibilité de permettre en 2026 un déblocage anticipé de l’épargne salariale. Pour rappel, l’épargne salariale permet aux salariés de placer des sommes exonérées d’impôts sur le revenu, si elles sont perçues dans le cadre de deux dispositifs qui permettent d'associer les salariés à la performance de leur entreprise : la participation (qui redistribue une partie des bénéfices de l’entreprise à ses salariés) et l’intéressement (qui permet de récompenser les travailleurs quand certains objectifs de la société sont atteints). Néanmoins, les montants placés sur ce support d’épargne sont bloqués pendant cinq ans minimum, leur déblocage anticipé n’étant autorisé qu’en cas de circonstances particulières (mariage, naissance d’un enfant, achat d’un véhicule propre, financement de la rénovation énergétique de sa résidence principale, etc…). Pour donner un coup de pouce au pouvoir d’achat, le gouvernement envisagerait donc d'autoriser en 2026 un déblocage immédiat d’une somme de 2000 euros sur le plan d’épargne d’entreprise (PEE) des travailleurs, sous seule condition de revenus (seuls les salariés gagnant plus de 2 fois le SMIC ne seraient pas concernés).
Là encore, la CFTC considère que le gouvernement déploie ce qui ressemble à une fausse solution à un vrai problème. D’abord, parce que cette proposition (que le gouvernement envisagerait de mettre en œuvre par décret) ne fait, en somme, que rendre accessible plus tôt des sommes qui sont déjà propriété des salariés. Surtout, notre organisation estime que la finalité de l’épargne salariale n’est pas de ponctuellement augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs, mais bien de leur permettre de se projeter plus sereinement dans l’avenir, en épargnant pour financer des projets futurs, ou pour soutenir leurs enfants. « L’intention affichée est louable, mais les fonds logés dans les PEE n’ont pas vocation à solutionner les problèmes de fin de mois des travailleurs », résume ainsi Pierre Jardon, conseiller confédéral chargé du dialogue social à la CFTC. De fait, c’est précisément le salaire qui doit assurer un train de vie décent aux salariés. Ni la prime d'activité, ni l’épargne salariale, ne peuvent et doivent s’y substituer.
AC
