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Alcoolisme au travail : comment prévenir l’addiction et la prendre en charge?

12 janvier 2026 | SantéSocial

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Pour la première fois en France, les Alcooliques Anonymes (AA) se sont associés à l’initiative du Dry January, qui incite à s‘abstenir de consommer toute boisson alcoolisée, jusqu’à la fin du mois. L’occasion de sonder Catherine Solano, présidente bénévole de l’association des AA français, autour de grandes questions liées à la problématique de l’alcoolisme au travail. Elle évoque ici les bons réflexes et bonnes pratiques à avoir en milieu professionnel, pour accompagner au mieux les salariés concernés.

Certains salariés sont-ils plus exposés à des troubles de la consommation d’alcool ?

Si l’on en croit les données du baromètre santé de Santé Publique France 2017-2021 , tous les secteurs et salariés sont potentiellement concernés. Néanmoins, certains d’entre eux sont plus exposés à un usage régulier et potentiellement dangereux de substances psychoactives, notamment à l’alcool. Ainsi, l’usage quotidien d’alcool ou les consommations ponctuelles importantes (6 verres ou plus lors d’une même occasion) sont particulièrement fréquents dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche (16,6 % d’usage quotidien, contre 7,7 % parmi l’ensemble des actifs) et de la construction (13,4 % d’usage quotidien).  Soit des secteurs et métiers qui figurent parmi les plus exposés aux risques physiques comme psychologiques, selon des données de la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES.)

« Ce n’est pas systématique, mais on peut faire une corrélation entre souffrance au travail et surconsommation d’alcool, oui » confirme Catherine Solano. L’alcool peut en effet être souvent utilisé comme anxiolytique ou comme anti-dépresseur au travail, même si, paradoxalement, à moyen long terme, il crée de l’anxiété et favorise la dépression »

Plus largement, certaines consommations de substances psychoactives, notamment l’alcool, ont pour objectif de tenir face à certaines contraintes générées par le travail, relève l’INRS. Plusieurs situations ont été identifiées, comme le stress, le travail en contact quotidien avec le public, le travail en horaires atypiques, l’exposition au froid ou à la chaleur, le travail en plein air ou encore le port de charges lourdes.

Les Alcooliques Anonymes en bref

Organisation d’entraide mondiale présente dans plus de 180 pays, les Alcooliques Anonymes aident depuis 1960 en France les personnes dépendantes à l’alcool. L’association ne touche ni subventions, ni cotisations, mais se finance exclusivement grâce aux dons ponctuels et facultatifs de ses adhérents.

A l’occasion du Dry January, une courte vidéo est publiée chaque jour de janvier 2026 sur les réseaux sociaux et le site des Alcooliques Anonymes, afin de donner la parole à des femmes et des hommes qui racontent leur descente dans la dépendance à l’alcool et leur renaissance grâce aux AA.

Découvrez ici le site des AA
Vous pouvez aussi joindre les AA à ce numéro : 09 69 39 40 20

Quelles conséquences peut avoir un taux d’alcoolémie trop important sur le lieu de travail ?

Selon l’INRS, le risque d’accident du travail grave est multiplié par 2 chez les hommes consommant au moins 4 verres d’alcool par jour, et chez les femmes consommant au moins 2 verres par jour. En outre, une prise excessive d’alcool conduit aussi souvent à une baisse de la qualité du travail délivré par le salarié concerné et à davantage d’absentéisme professionnel.

« En réalité, ce qui se dégage des témoignages que j’ai pu entendre, c’est que les alcooliques au travail sont dans un premier temps souvent considérés comme des gens sur qui on peut compter, précise Catherine Solano. Ils sont travailleurs, courageux, ils font ce qu’ils peuvent pour continuer de bien exercer leurs fonctions. Cependant, un jour, un point de rupture est atteint, qui peut notamment les conduire à faire une faute professionnelle grave. Ça peut aller jusqu’à les exposer à une perte d’emploi. »

Comment agir, face à un collègue qui semble avoir des problèmes d’addiction à l’alcool, notamment sur son lieu de travail ?

Lorsqu’une situation de dépendance à l’alcool est identifiée, il est conseillé de signaler la situation à l’employeur via l’encadrement ou le représentant syndical. Quoi qu’il arrive, un dialogue doit d’abord être mis en œuvre avec le salarié qui subit des problèmes d’addiction, afin de qualifier et de constater le problème, tout en évitant à tout prix les propos hostiles ou moralisateurs. « On ne doit pas dire à quelqu’un : « Vous êtes alcoolique », mais plutôt lui soumettre des faits, explique Catherine Solano. Vous pouvez lui dire : « vous arrivez en retard, vous titubez », puis il faut essayer de réfléchir à quelles solutions on peut trouver et déployer ensemble, dans le cadre de l’entreprise. »

Le problème ne doit surtout pas être ignoré ou minimisé : « L’alcoolisme est souvent perçu comme honteux, donc le collectif de travail peut décider de ne pas en parler avec la personne dépendante, y compris pour ne pas la blesser, poursuit Catherine Solano. Ça peut partir d’un bon sentiment, mais si ça dure trop longtemps, celle-ci peut aussi être progressivement mise de côté et marginalisée. Ses collègues vont avoir tendance à compenser ses manques, mais au final, ça ne rend service à personne : on laisse pourrir la situation, au lieu d’essayer de la régler. » Après que la dépendance à l’alcool d’un salarié a été identifiée et signalée, des mesures adéquates, conformes à la loi et aux procédures internes de l’entreprise, doivent ensuite pouvoir être déployées par l’employeur. L’objectif prioritaire est l’accompagnement du salarié et la prévention des risques d’accidents, notamment par l’orientation vers des soins et le déploiement de mesures organisationnelles ou individuelles sur le poste de travail. Il est en particulier essentiel de maintenir le lien avec l’emploi car la mise à l’écart pourrait aggraver la situation et favoriser la désinsertion professionnelle.

Des mesures disciplinaires ne peuvent être envisagées que si des comportements fautifs sont constatés, indépendamment de l’état de santé, et dans le respect du droit du travail. Le licenciement ne peut intervenir qu’en dernier recours, notamment en cas d’inaptitude médicalement constatée et d’impossibilité de reclassement.

Comment prévenir les risques d’alcoolisme au travail ?

Comme évoqué précédemment, certains facteurs liés au travail peuvent favoriser les pratiques addictives. Il est donc nécessaire d’identifier les situations de travail exposantes et les contextes organisationnels en lien avec les pratiques addictives dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Dans ce document obligatoire, l’employeur évalue les risques professionnels et doit mettre en place les démarches de prévention qui y sont correspondantes.

 Ces actions de prévention peuvent notamment porter sur :

-L’organisation du travail : amélioration des horaires, réduction du travail isolé, sécurisation des postes à risques (conduite d’engins, travail en hauteur, machines dangereuses etc.)

-Les procédures à suivre face à un collègue dans l’incapacité d’assurer son travail en toute sécurité du fait d’une imprégnation alcoolique manifeste ou face à une suspicion d’alcoolisme

– La clarification des rôles de l’encadrement, des collègues, des représentants du personnel et des ressources disponibles (médecine du travail)

– La formation et l’information sur la détection des signaux d’alerte et des risques, afin de déceler une situation nécessitant d’intervenir

Cette liste n’est pas exhaustive. Rappelons, enfin, que l’alcoolisme n’est pas un vice ou une tare, mais bien une maladie. « Et si c’est une maladie, il faut la traiter et la soigner, conclut Catherine Solano. Au travail, comme en dehors.

AC

Tous propos recueillis par AC

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