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Santé au travail dans la fonction publique, un devoir, une urgence 2/2

6 mai 2022 | Social

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Le gouvernement vient de lancer un plan santé au travail dans la fonction publique. Fruit de longues années de concertation, il est aussi le fruit d’un rapport : « Santé, sécurité, qualité de vie au travail dans la fonction publique : un devoir, une urgence, une chance ». Rencontre avec Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC et co-rapporteur du rapport, pour en discuter.

Pourquoi ce groupe ? Pascale Coton : La constitution de ce groupe de travail est directement issue de la motion d’organisation que nous avons votée lors du dernier Congrès. Il y est inscrit que « la parité est un objectif prioritaire de ce mandat ». Et qu’à cette fin, un groupe d’échange et de partage d’expériences sera chargé de proposer des leviers de progrès au sein des structures CFTC que sont les syndicats, fédérations et unions géographiques. Nous y sommes ! Nous avons débuté ces travaux le 31 janvier, et établi un calendrier pour des points d’étape réguliers. Ce groupe qui traite de l’avancée des femmes inclut des hommes. Pourquoi ? Notre groupe compte en effet huit femmes et trois hommes. Et leur participation nous est chère. Il serait absurde de vouloir ériger les intérêts des femmes contre ceux des hommes. C’est un cliché contre-productif, qui vient renforcer des peurs. Au-delà, il y a aussi cette idée plus fine, cette conviction très forte que l’égalité est l’affaire de tous. Que, dans tout collectif, ce qui bénéficie aux femmes bénéficie de fait aux hommes. C’est seulement en respectant ce principe que nous pourrons avancer. Quel diagnostic avez-vous déjà pu opérer ? Sur 14 fédérations et 16 unions régionales CFTC, soit 928 conseillers, 299 sont des femmes, soit 32 % – un peu moins du tiers. Et, parmi ces 299 femmes, seules un peu plus de 21 % d’entre elles exercent les fonctions de dirigeantes, vice-présidentes et adjointes comprises. C’est évidemment trop faible, d’autant que la parité pourrait devenir bientôt un critère de représentativité. Comment expliquer cette faible part ? Comment briser le fameux « plafond de verre »[1] ? En réalité, il y a plusieurs freins à l’accès des femmes aux postes à responsabilité. Elles sont souvent plus questionnées sur leur ambition, plus culpabilisées à cause des schémas imposés dans nos sociétés, selon lesquels elles doivent « tenir » la maison, s’occuper des enfants, voire de parents devenus dépendants… Il est difficile de déconstruire des logiques culturelles ! La question du temps – de la conciliation des temps – est aiguë, mais il y a d’autres facteurs très prosaïques. Un réseau moins important, en moyenne, que celui des hommes, par exemple. Les quotas sont-ils la solution ? Ce n’est pas si simple ! D’abord, on n’impose pas un chiffre comme cela, du jour au lendemain. Il faut placer le curseur à un endroit raisonnable, suffisant pour enclencher une dynamique, sans décourager d’emblée. Il s’agit aussi d’éviter les contournements, du type : un titulaire homme + une femme suppléante ! Les quotas constituent une aide, un outil intéressant. Mais être élue ou désignée ne constitue pas une fin en soi. La question est plutôt : comment rester ? Comment ne pas devenir un « prête-nom » qui servirait une parité artificielle ? Comment favoriser l’engagement durable ? Avez-vous d’ores et déjà des pistes ? Nous avons identifié plusieurs axes d’action, car l’essence même de notre groupe est le partage des bonnes pratiques en la matière. De la même façon que nous avons opéré un tour de table, lors de la première session, sur les freins ou coups de pouce rencontrés dans notre parcours syndical, nous allons recenser les initiatives des structures CFTC en faveur de l’égalité. Nous allons en constituer un répertoire, qui servira de socle pour impulser une dynamique en ce sens au sein du mouvement. Il est nécessaire de sensibiliser et informer nos mandatés, pourquoi pas via l’intégration d’un module « Égalité » dans la Fime[2] ? Outre ces actions de sensibilisation, de réflexion, il convient, bien sûr, d’accompagner spécifiquement ces militantes. Vous pensez à des formations qui leur seraient dédiées ? En effet. La prise de responsabilité des femmes, pour être pérenne, doit se préparer en amont. C’est un peu l’idée qui prévaut dans la constitution actuelle de « cabinets fantômes »[3], sorte d’antichambres où s’organise la future gouvernance. La question du réseau se pose avec la même acuité. À l’Assemblée nationale, par exemple, le réseau « T’es pas toute seule » assure aux députées un soutien identifié. Pourquoi les débutantes CFTC ne bénéficieraient-elles pas, elles aussi, des conseils de leurs aînées actuellement en poste ? Encore une fois, il ne s’agit pas d’ériger les femmes contre les hommes, mais de fixer, pour nos militantes, de bonnes conditions d’accueil, d’intégration et d’exercice de leur mandat.

Nous avons donc d’un côté une absence de médecine du travail, mais qu’avons-nous de l’autre ?

Des initiatives personnelles des équipes et de leur direction… Des pôles anti-suicide ont, par exemple, été créés dans certains commissariats, avec l’accord de psychologues. Ces initiatives nous ont beaucoup intéressés. Il pouvait parfois s’agir de petites initiatives, mais toujours efficaces.

Par exemple, à l’hôpital du CHU de Rouen, la gestion de temps entre les missions du quotidien et l’organisation du travail représentait un problème. L’équipe d’un des services a donc décidé de s’accorder un quart d’heure tous les matins pour discuter des objectifs et de ce qui pouvait être amélioré. Si un service fonctionnait bien, un autre service demandait à être conseillé, etc.

De la « tambouille interne » ?

Oui, on peut dire ça comme ça. Un autre exemple est la mairie de Poissy, qui luttait contre un absentéisme stagnant depuis quelques années. Quand le maire, Karl Olive, est arrivé aux affaires, la ville a mis en place une initiative destinée à renforcer le bien-être des agents de la collectivité, notamment par le sport. L’idée était la suivante : des agents qui pratiquent une activité sportive sont des agents qui seront mieux dans leur corps et dans leur esprit.

Plusieurs améliorations sont ressorties de cette initiative, comme une diminution des arrêts de courte durée. La mairie a même fait une économie de 100 000 euros, l’équivalent de trois emplois à temps plein. Cela a également favorisé une relation de confiance entre les agents de la mairie et les habitants de Poissy. Nous pouvons parler d’un véritable cercle vertueux.

Les initiatives personnelles sont louables, mais ne fallait-il pas une application à plus grande échelle ? Est-ce pour cela que le gouvernement a décidé d’appliquer vos recommandations et de lancer ce plan santé au travail ?

En réalité, cela vient d’une volonté d’appliquer les bonnes pratiques, en termes de santé au travail, du privé à la fonction publique, voire de mutualiser les deux. Nous avions remarqué en effet que dans des entreprises avec autant d’employés du privé que du public, La poste, par exemple, certains outils et services [inspection du médecin sur le lieu de travail, cabine de télémédecine, infirmerie, etc., Ndlr] à la disposition des salariés du privé ne l’étaient pas pour ceux du public. Il fallait tout simplement généraliser toutes ces bonnes pratiques.

À travers ce rapport, nous avons véritablement essayé de mettre des mots sur les maux.

Nous avons essayé de détecter les bonnes pratiques et de les recenser, pour dire au gouvernement : « regardez, ça existe, ce n’est pas cher. Il faut le démultiplier ». Rappelons toutefois que ce plan était une demande de l’État. Ce qui est une bonne chose, car il fallait que la santé au travail devienne un sujet politique.

Justement, le 1er mai dernier marquait la fête du Travail. À cette occasion, nous avons pu entendre que la France serait le leader européen des accidents mortels au travail. Êtes-vous d’accord avec ça ? La France est-elle mortelle pour ses travailleurs et travailleuses ?

Je ne suis pas étonnée par cette affirmation. En cause : le manque de prévention. Cela va faire plusieurs années que la CFTC milite pour plus de prévention dans la santé au travail. La crise du Covid-19 a, par exemple, révélé que la faiblesse des politiques de prévention a creusé les inégalités de santé. Notre système ne réussit pas à contrer efficacement les inégalités de santé car il n’a pas mis en œuvre une réelle politique de prévention de long-terme.

Ce pourquoi La CFTC souhaite repenser en profondeur l’ensemble des modèles de financement de notre système de santé pour faire de la prévention une priorité transversale à l’échelle des territoires. Avec plus de moyens alloués, nous pourrions former plus et mieux. Nous pourrions également augmenter le nombre de médecins du travail.

Nous avons la chance en France d’avoir une fonction publique. C’est donc un devoir et une urgence de protéger ses fonctionnaires.

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