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Manutention lourde : les femmes font le poids

7 novembre 2022 | Visages du syndicalisme

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Christelle Thomas et Laetitia Verbard forment un binôme inséparable sur les quais de la Société d’acconage et de manutention de la Réunion (SAMR). Elles aiment leur travail et découvrent avec enthousiasme l’engagement syndical.

Dockeuses et syndiquées !

En quoi consiste votre travail sur les docks ?

Christelle Thomas : J’ai 36 ans, je suis mère de deux enfants et je travaille pour la SAMR depuis six ans. Je suis entrée en tant qu’ouvrier docker occasionnel (ODO) et ça fait un an que j’ai signé mon CDI. J’ai trouvé ma place en tant que femme docker et c’est pour moi une fierté.

Laetitia Verbard : J’ai 35 ans. Comme ma collègue, je suis mère de deux enfants et j’ai été embauchée en tant qu’ODO au même moment. Nous avons fait connaissance pendant notre formation. Nous avons évolué à différents postes, car la politique de l’entreprise est la polyvalence. 

C. T.  : Aujourd’hui, après une formation, je suis au poste de pointeur. Lors du déchargement du navire, le pointeur prend le numéro du container, il vérifie les scellés et note les éventuelles avaries des containers. Lors du chargement, il note la position du container sur la base du plan du bateau. J’avais commencé au poste « saisissage et dessaisissage sous-palan »[1]

L. V. : … C’est de la manutention qui nécessite de la force. Avant le déchargement, il s’agit de débloquer les containers qui sont maintenus par des barres de fer.

C. T. : Je suis aussi chauffeur de chariot élévateur jusqu’à 16 tonnes. On s’adapte aux besoins de l’entreprise.

Pourquoi ce choix ?

C. T. : J’ai toujours été attirée par les engins de manutention, et j’avais mon Caces (certificat d’aptitude à la conduite en sécurité, Ndlr). Et puis, le côté famille a joué : mon grand-père maternel était docker, mes oncles aussi.

L. V. : Pour moi également, c’est la famille. Mon père, mon oncle et mon frère travaillent ici, et avant eux, mon grand-père. Je n’étais pas spécialement attirée par ce métier, mais je l’ai tenté. Aujourd’hui, je l’apprécie, j’en suis même fière ! Je m’épanouis en tant que femme docker.

Ce travail est considéré comme masculin. Avez-vous été bien accueillies ?

L. V. : Dix ans en arrière, on ne comptait pas plus de deux ou trois femmes sur les quais de la SAMR.

C. T. : … et vu que les pères ont eu des filles ! Les femmes en sont capables. Sur les quatre sociétés présentes au port, nous sommes désormais une trentaine.

L. V. : Sur les 197 employés de la SAMR, dix filles travaillent sur les quais, pour une centaine d’hommes.

C. T. : L’effort physique est variable selon les postes. L’intégration n’a pas toujours été facile, ça a pris un peu de temps pour que les hommes s’adaptent au changement… Aujourd’hui, nous travaillons en harmonie.

L. V. : On a dû faire nos preuves. À ce jour, personne ne peut dire que nous ne faisons pas le travail comme il se doit. Certains nous respectent pour ça, on n’a pas lâché l’affaire.

C. T. : Grâce à la formation et l’expérience, on a prouvé que les femmes peuvent exercer le métier de docker. Elles peuvent même apporter un plus : une méthode différente, plus de diplomatie.

Comment avez-vous rencontré la CFTC ?

C. T. : Quand j’ai commencé, j’étais affiliée à un autre syndicat. Au fil du temps, avec de l’observation et de l’expérience, j’ai compris que les valeurs de la CFTC me correspondaient beaucoup plus et répondaient à mes attentes.

L. V. : Mon père étant lui-même adhérent, pour ma part, l’adhésion était logique. La CFTC n’est pas dans la brutalité ou la force : elle privilégie la négociation.

C. T. : Et puis nous avons apprécié la facilité du dialogue avec notre délégué syndical, Jean-Jacky Camatchy. Il est à l’écoute, même avec les non-adhérents. Une confiance s’est établie, et c’est très important quand on adhère à un syndicat.

L. V. : M. Camatchy est très diplomate, et ce n’est pas donné à tout le monde, surtout parmi les dockers ! (Rires) C’est un des plus anciens du quai, il connaît beaucoup de choses, il prend le temps d’analyser les textes de loi pour voir s’il peut attaquer sereinement, avant de taper du poing sur la table.

Comment contribuez-vous au travail du syndicat ?

L. V. : Nous avons d’abord suivi des formations très intéressantes mises en place par l’union régionale CFTC. La FIME (formation initiale des mandatés élus), qui nous a fourni des bases solides. Puis celle en santé et sécurité, cruciale pour nous, car nous évoluons sur un site dangereux. Maintenant, nous allons faire une formation CSE.

C. T. : Oui, nous souhaitons remercier les formateurs, c’était très bien organisé. Nous avons droit à 12 jours de formation, c’est vraiment une chance ! Comme nous avons eu celle d’assister à la NAO et la réunion d’intéressement cette année. Cela nous a permis de voir comment placer ses mots, dire mais sans trop en dire… Toute une stratégie !

L. V. : Avec le soutien de plusieurs collègues concernés, nous avons demandé à être deux en réception ou livraison de containers sur le site de la gare. Avec la circulation des camions et des cavaliers[2] sur les quais, le danger est partout.

C. T. : Le sujet a été mis à l’ordre du jour d’un CSE. Désormais, le travail s’effectue en binôme.

C. T. : Nous souhaitons aussi mener un combat pour gagner de nouveaux adhérents. Je suis en train d’essayer de développer notre communication sur les réseaux sociaux, car, de nos jours, les jeunes ne fonctionnent que comme ça.

Le congrès de l’URS Réunion-Mayotte s’est tenu les 2 et 3 juin dernier. Étiez-vous présentes ?

L. V. : Nous avons accompagné notre DS en tant qu’observatrices. Le congrès était enrichissant, il nous a permis de rencontrer les différents corps de métier adhérant à la CFTC. Dont l’hôpital et l’éducation, qui connaissent des difficultés majeures. Dans notre secteur du transport maritime, au-delà des négociations salariales, nous avons moins de doléances, et le syndicat fait ce qu’il faut.

C. T. : Il est important de mentionner que la CFTC, à l’unisson des autres syndicats, a joué son rôle en mettant le doigt sur un sujet important : les futurs départs à la retraite. Il faudra remplacer ce personnel et embaucher plus d’ouvriers en CDI. Un projet de « hub » portuaire[3] a vu le jour en 2016, avec l’embauche de 75 ODO. Aujourd’hui, 40 d’entre eux sont déjà passés en CDI grâce à l’action syndicale.

Propos recueillis par Gaëtan Mortier

Crédit photos : DR

[1] Se dit d’une marchandise qui doit être livrée au port prête pour l’embarquement.

[2] Le chariot cavalier est un portique automobile de manutention de conteneurs.

[3] Port pivot servant de centre d’éclatement pour le transport des marchandises, en général conteneurisées.

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