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Transition énergétique et loi climat : lier urgence climatique et sociale

8 octobre 2021 | Social

Le 20 juillet 2021, l’Assemblée nationale adoptait la loi climat. Quels en sont les enjeux en entreprise ? Comment lier impératifs écologiques et objectifs sociaux ? La CFTC s’est entretenue avec Didier Moreau, Secrétaire (CFTC) de la commission éco-citoyenneté du CSE de Capgemini Appli pour en savoir plus.

D’après vous, comment pouvons-nous éviter l’écologie punitive et lier transition énergétique et accompagnement des travailleurs ? En outre, comment promouvoir une écologie d’entreprise sensible aux problématiques liées à l’emploi, à l’urgence écologique et à l’urgence sociale ?

Tout d’abord, notons que les problématiques sociales et celles liées à la transition énergétique ne s’annulent pas mutuellement. Une convergence entre urgence climatique et urgence sociale peut et doit exister au regard des évolutions climatiques actuelles. L’apport principal de la loi climat et résilience est justement de lier transition énergétique et dialogue social. Cette loi acte l’entrée de la transition écologique dans le dialogue social, et répond à la proposition de la convention citoyenne pour le climat d’accompagner les salariés et les entreprises dans la transition.

Mais dans les faits, cette réconciliation passe par un travail incitatif plus que par de l’écologie punitive. Cela est possible grâce, notamment, à la pédagogie. Nous devons faire de la pédagogie sur ces questions. Le but étant de créer une dynamique vertueuse afin d’entrainer un maximum d’individus dans notre effort. Nous devons aider les entreprises et leurs salariés à avancer, et nous devons le faire ensemble. 

En tant que secrétaire de la commission éco-citoyenneté du CSE de Capgemini Appli, je travaille à rendre le CSE plus vertueux. Nous organisons, par exemple, des conférences « zéro déchet » promues par des campagnes de sensibilisation. La commission travaille également avec les autres commissions du CSE, notamment les commissions voyage, pour faire progressivement évoluer l’offre vers des activités et voyages plus éco-responsables.

Lors des débats organisés au Sénat par la commission du développement durable dans le cadre de la loi climat, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a affirmé que « la transition écologique va apporter beaucoup d’emplois et les perspectives dont nous avons besoin. » en tant que secrétaire (CFTC) d’une commission éco-citoyenneté au CSE, que pouvez-vous répondre à ça ? 

La transition va, certes, créer des emplois. Mais la question qu’il faut se poser est de savoir « ou et dans quel ordre de grandeur ? ». S’il est vrai que les énergies renouvelables généreront des emplois, les rapports sur le nombre sont parfois contradictoires. En effet, les travaux sur le sujet montrent que le développement des activités vertes peut être, à des degrés divers, créateur d’emplois. Mais ceci, sous certaines conditions. Il ne s’agira pas forcément d’une mutation radicale des métiers, mais plutôt de leur évolution.

Nous devons donc nous demander : « comment adapter l’activité professionnelle ? », « comment réfléchir à une conversion des postes de travail et/ou à une adaptation des compétences ? » La formation et le recrutement en dépendent. In fine, nous devons poser la question des grandes orientations stratégiques que l’entreprise doit formuler en réponse aux contraintes et aux opportunités générées par cette nécessaire transition écologique. Un exemple marquant est le développement du télétravail. La mutation annoncée du travail tend vers cette forme d’organisation, dont l’impact peut être à la fois environnemental et social.

En effet, la crise du Covid-19 et les mesures de confinement successives de la dernière année ont conduit à l’émergence d’une nouvelle tendance, à savoir la réduction du lieu de travail ainsi qu’une chute importante, mais exceptionnelle, des émissions de CO2. Bien que l’urgence climatique implique la responsabilisation de tous les acteurs pour trouver rapidement des solutions, la transition énergétique en entreprise suppose un effort et un temps qui va au-delà du temps parfois induit par le dérèglement climatique.

Quels seront, d’après-vous, les impacts de la transition écologique sur les entreprises ?

La rupture supposée par la transition comprend le risque de marginaliser des entreprises et d’entraîner leur disparition. Nous avons déjà connu ce type de mutation avec le numérique et des entreprises comme Kodak n’ont pas survécu. Nous devons donc pouvoir mesurer l’impact que pourrait avoir la transition écologique afin d’accompagner les branches les plus en difficulté

Certaines branches d’activité ou des entreprises sont plus ou moins compatibles avec la transition écologique. Il pourrait être intéressant d’avoir une approche par branche d’activité afin d’identifier les branches qui auront le plus de difficulté à entrer en transition dans le but de mesurer les difficultés en termes d’emploi. 

Dans mon domaine, l’informatique, les emplois sont relativement « protégés » du fait de la bonne santé de ce secteur d’activité. Et dans la lignée de la loi climat, il faudra aller vers une réduction en continu de la consommation en CO2. Par conséquent, l’ensemble des personnels aura besoin d’être accompagné tôt ou tard dans son activité quotidienne. Chez Capgemini, nous accompagnons nos clients dans leur transformation, et en particulier leur transformation digitale, sur laquelle nous devons les aider à basculer vers le numérique responsable.
Nous devons sensibiliser les partenaires professionnels pour aller vers plus de social et d’environnemental. Toutefois, je le répète, cette démarche doit se faire à travers un accompagnement, sans brusquer. Vous l’aurez compris, le dialogue social joue/jouera un rôle majeur.

Comment ce renouveau du dialogue social, qui revêt à présent de nouvelles dimensions, va impacter le travail et le rôle des délégués au CSE ?

L’activité des représentants du personnel en CSE a considérablement augmenté depuis les ordonnances Macron, actant la fusion des instances représentatives, la diminution du nombre de représentants et du nombre d’heure, le recentrage du dialogue social sur des instances nationales, et depuis la loi climat et résilience, l’entrée de l’environnement dans les missions des représentants du personnel en CSE. Dès lors, la question de l’accroissement des missions, mais de la diminution des moyens pose question.

Dans mon entreprise, le travail des élus se décline de plusieurs façons entre ceux qui travaillent l’axe culturel du CSE, ceux qui suivent l’activité économique de l’entreprise et ses axes stratégiques, et ceux qui travaillent sur les grands accords. Dans ces trois dimensions, je remarque que la question de la transition écologique prend de l’ampleur.

D’ailleurs, la création de la commission éco-citoyenneté du CSE de Capgemini Appli en est une parfaite illustration. Créée grâce à l’impulsion d’un élu CFTC, elle évolue en parallèle des activités du CSE dans le but de le faire évoluer et de trouver des axes pour améliorer son travail en matière de transition écologique.

Il a d’abord fallu trouver un budget afin de mettre en place des actions de pédagogie et de sensibilisation. Les premières questions abordées furent celles de l’économie d’énergie et de la finance éthique. Il nous importait aussi de trouver comment nous pouvions généraliser le dispositif dans le but d’améliorer l’offre du CSE et sensibiliser les équipes à la question de la transition écologique. Nous avons donc créé une charte pour impliquer les différents acteurs : membres des commissions, prestataires et salariés. La création de la commission fut compliquée, mais, depuis, nous avons de très bons retours des salariés.

Crédits photo : Pexels

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