Qualité de vie au travail et performance : quels sont leurs liens ?

Qualité de vie au travail et performance : quels sont leurs liens ?

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Vendredi 14 juin 2019
Santé au travail

Le thème de la 16e Semaine pour la qualité de vie au travail, organisée par l’ANACT du 17 au 21 juin, invite à réfléchir aux liens qui unissent "qualité de vie au travail (QVT) et performance(s)".

L’amélioration des conditions de travail profite-t-elle aussi aux entreprises ? Comment combiner obligations de rendement et épanouissement des salariés ? S’ils peuvent sembler à la fois évidents et difficiles à établir, ces liens sont au fondement même de la démarche QVT. Les notions de “qualité de vie au travail” et de “performance” sont alors à penser de manière globale et décloisonnée.

Des liens inscrits au cœur de la démarche QVT

La qualité de vie au travail désigne l’ensemble des actions destinées à améliorer, de façon combinée, les conditions de travail des salariés et la performance globale des entreprises. Ce lien est établi dès le préambule de l’ANI (accord national interprofessionnel) signé par les partenaires sociaux, dont la CFTC, en juin 2013 :

“La qualité de vie au travail désigne et regroupe sous un même intitulé les actions qui permettent de concilier à la fois l’amélioration des conditions de travail pour les salariés et la performance globale des entreprises, d’autant plus quand leurs organisations se transforment. […]”

Dès lors, la QVT ne renvoie pas à des mesures isolées visant à améliorer le simple confort du salarié sur son lieu de travail, mais bien à une démarche globale et stratégique, pensée à l’échelle de l’entreprise. Elle met en relation trois dimensions :

  • Les conditions de travail et d’emploi
  • La capacité d’expression et d’action
  • Le contenu du travail

Ces trois dimensions regroupent elles-mêmes de nombreux aspects de la vie au travail (aménagement des postes, outils, politique de santé, mesures de sécurité, autonomie, reconnaissance, relations entre collègues, qualité du management, conciliation des temps de vie, employabilité, etc.). L’objectif ? Donner à chaque collaborateur les moyens d’agir pour améliorer son travail, et par ricochet faire progresser les performances de l’entreprise.

Vers un élargissement des critères de performance

Parce qu’elle met en relation qualité de vie au travail et performance, la QVT oblige à repenser ce que l’on entend par “performance(s)”. Sur quels critères une entreprise peut-elle évaluer son efficacité ? La mesure de la performance se réduit-elle à des chiffres et à une suite d’indicateurs financiers ?

Pour la CFTC, les liens entre qualité de vie au travail et performance ne font pas de doute. Ces liens sont pluriels, s’établissent de manière transversale et pérenne, ne pouvant pas être pensés comme de simples liens de cause à effet. La qualité de vie au travail nécessite d’élargir les critères de qualité et de performance afin d’englober tous les aspects : financiers (production, chiffre d’affaires, bénéfices…), mais aussi sociaux (nombre d’accidents du travail, niveau des rémunérations…), environnementaux (déchets produits, bilan carbone…) et organisationnels (qualité de l’offre, réactivité, relation client…). La QVT n’enferme pas la performance dans une vision purement quantitative ou productiviste : elle l’inscrit dans une démarche positive et durable, corrélée à des objectifs d’ordre social et humain, tendant vers des effets économiques à plus ou moins long terme.

La QVT devient alors un formidable levier de compétitivité pour les entreprises. Elle leur permet notamment d’innover, de faciliter les changements, de monter en gamme, de se démarquer et de s’imposer au sein d’un marché toujours plus concurrentiel (notamment face à des pays à faible coût de main d’œuvre). Pour que ce levier fonctionne, un diagnostic interne doit être réalisé auprès de tous les acteurs de l’entreprise, suivi d’un plan d’action défini sur mesure grâce au dialogue social et au dialogue professionnel. Il n’existe pas de “recette miracle” : chaque structure doit trouver son propre équilibre, mettre en place une démarche QVT adaptée à ses enjeux, à ses besoins et à son rythme de progression.

Qualité de vie au travail et performance : des liens concrets et avérés

L’amélioration des conditions de travail permet de préserver la santé des salariés  et d’éloigner les risques (risques psychosociaux  notamment). Elle favorise leur engagement individuel et collectif. Assiduité, motivation, productivité, créativité, émulation, fierté d’appartenance… Autant de leviers indispensables à l’épanouissement du salarié, en tant que travailleur et individu. Dans une dynamique gagnant-gagnant, et parce qu’elle permet une meilleure efficacité sur le long terme, la QVT profitera aussi à l’employeur. Des conditions de travail peu favorables auront, à l’inverse, des répercussions directes sur l’entreprise : fort taux d’absentéisme, retards dans la production, désorganisation du travail, recours à la sous-traitance ou à des contrats temporaires, hausse des cotisations versées à la Sécurité sociale, turnover…   

CHIFFRE CLÉ

42 % des absences en entreprise sont liées à la qualité de vie au travail et à l’insatisfaction des salariés, selon le cabinet de conseil Ayming. Ce facteur arrive en tête dans toutes les catégories d’âge, devant les arrêts pour accident du travail/maladie professionnelle (31 %).

Source : Ayming, Baromètre de l’Absentéisme et de l’Engagement 2018

De nombreuses études à travers le monde s’attachent à montrer qu’un lien étroit existe entre qualité de vie au travail et performance, fournissant des preuves concrètes de leur indissociabilité. Les impacts positifs de la QVT, tant sur le salarié que sur l’entreprise, sont régulièrement mis en lumière, notamment en France par divers rapports et baromètres (ANACT-ARACT, Terra Nova, Cegos, Malakoff Mederic…).

Les entreprises en prennent progressivement conscience. De plus en plus attentives à la santé et à la satisfaction de leurs salariés, elles intègrent la QVT à leur plan stratégique, sous l’impulsion du dialogue social et de ses différents acteurs (représentants du personnel, délégués syndicaux…). La démarche qualité de vie au travail modifie les approches. Elle incite à passer d’une simple logique d’obligation (prévenir les risques pour répondre aux dispositions légales) à un vrai choix stratégique : développer le travail comme source d’épanouissement et de bonne santé pour en faire un levier de compétitivité.

 

Crédit photographique : Maxime Agnelli / Unsplash