L’édito de Cyril Chabanier : défendre nos intérêts dans un monde qui bascule
3 février 2026 | Social

Cela ne vous aura pas échappé, nous vivons l’un de ces moments où l’équilibre du monde bascule vers un horizon encore très indéterminé. Ce basculement trouve l’un de ses théâtres les plus violents dans le commerce mondial. La guerre commerciale n’est plus une simple formule mais une réalité faite de droits de douane punitifs qui freinent nos exportations et menacent, par ricochet, la pérennité de nos emplois en France et en Europe. Face à cela, la CFTC ne peut rester silencieuse.
Le constat de nos fragilités
La crise sanitaire a été un révélateur brutal de nos dépendances. Comment accepter que nous ne puissions plus produire le paracétamol ou les puces électroniques indispensables à notre quotidien, sans dépendre de l’Asie? Plus grave encore, sous la pression des géants technologiques américains, c’est notre souveraineté numérique et informationnelle qui s’effrite. Quand deux tiers de nos paiements numériques en zone euro dépendent de réseaux transatlantiques, ce n’est plus de l’échange, c’est une vulnérabilité systémique. Une autre « bascule » s’impose pour protéger nos industries, nos emplois et, in fine, notre liberté.
Pour un protectionnisme intelligent
L’heure est à l’invention d’un « protectionnisme intelligent ». Entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’un repli sur soi. La CFTC n’oublie pas que l’ouverture des échanges a historiquement porté les progrès de l’humanité. Mais nous ne pouvons plus être les « idiots utiles » d’une mondialisation dont nous serions les seuls à respecter les règles.
Ce protectionnisme appelle un État et des institutions européennes « stratèges », capables d’investir massivement là où nous ne pouvons rester dépendants. L’urgence est à la réindustrialisation. Si les fonds publics sont un levier, ils devront s’accompagner d’une mobilisation des capitaux privés pour financer les solutions françaises et européennes de demain. Ils devront cibler les industries dont le statut « prioritaire » devrait être démocratiquement tranché, je pense notamment à l’émergence d’une filière de recyclage des matières premières qui nous font cruellement défaut.
C’est tout le sens de notre engagement dans l’alliance pour le « Fabriqué en France ». Au cœur de cette alliance, la CFTC veillera à ce que le « Made in France » ne devienne pas le prétexte à un dialogue social bâclé ou à une réduction des droits des salariés.
Des atouts et des motifs d’espoir
Malgré la rudesse du diagnostic, des motifs d’espoir subsistent. D’abord, la relocalisation industrielle est un formidable moteur de cohésion nationale. Une usine qui s’implante, c’est un territoire et une économie locale qui revivent. Ce sont des écoles qui rouvrent et des familles qui se stabilisent. Ensuite, la France possède des atouts technologiques majeurs, de Mistral AI pour l’intelligence artificielle à Vsora pour les puces haute puissance, sans oublier notre indépendance dans le secteur de la Défense.
Réunies, les puissances « moyennes » prêtes à défendre leurs modèles démocratiques (UE, Royaume-Uni, Canada, Japon…) rivalisent avec les USA, première force économique mondiale. Un rapport de force qui peut leur permettre demain de produire et commercer entre elles. De s’ouvrir ensuite au reste du monde en conditionnant nos échanges au respect de normes sociales et environnementales élémentaires.
Promouvoir ce protectionnisme de la raison, sensibiliser les consommateurs à l’achat citoyen et privilégier nos échanges avec ceux qui partagent nos valeurs. C’est à ce prix que nous protégerons le travail et la dignité de chacun !
Par Cyril Chabanier, président de la CFTC
