« Il y a des salariés inquiets pour leur emploi”, Macoura Niang, conducteur d’autocar

« Il y a des salariés inquiets pour leur emploi”, Macoura Niang, conducteur d’autocar

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Jeudi 26 mars 2020
Notre drôle de vie

Macoura Niang est secrétaire général du Syndicat CFTC des Transports des Hauts de France. Son secteur est mis à l’arrêt par la crise du Covid 19. Les salariés vont subir des pertes de revenus. Et certains sont inquiets pour leur emploi.

De quelle manière les salariés des transports de voyageurs sont-ils affectés par le Covid 19 ?

Nous sommes totalement impactés, puisque les autocars ne roulent plus. Les bus scolaires aussi sont à l’arrêt. À Lille, des bus, des tramways et des métros circulent encore, mais beaucoup moins. Certaines lignes sont touchées du fait que la Belgique a fermé sa frontière.

Dans le transport de voyageurs, les salariés sont en bonne partie rémunérés par des primes. Donc ils vont subir des pertes de revenus. Certains sont en chômage partiel, ils percevront 70 % de leur salaire. Pour d’autres, les comptes épargne-temps, les RTT, voire les congés payés, sont mis à contribution. D’autres encore sont en arrêt pour garder leurs enfants mais seul un des deux conjoints peut en bénéficier.

L’inquiétude des salariés est donc plutôt d’ordre financier ?

Pour certains, le travail effectué en février sera payé fin mars. C’est donc à partir de fin avril qu’ils vont ressentir la perte de revenus. Les autres la verront tout de suite. Mais il y a des salariés qui sont même inquiets pour leur emploi. Dans mon entreprise, nous avons la chance d’avoir un patron qui privilégie la personne et le maintien dans l’emploi. Mais d’autres employeurs vont en profiter pour licencier.

Le problème, c’est qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer. Les sociétés d’autocars sont dépendantes des agences de voyage. Alors il faudrait déjà que les gens demandent à reporter leur voyage par un système de bons d’achats, plutôt que de se faire rembourser.

Dans quelle situation se trouvent les chauffeurs routiers ?

Beaucoup continuent à rouler. Ce sont surtout ceux qui transportent des produits frais. Les chauffeurs qui sont en première ligne sont évidemment ceux qui livrent les hôpitaux. À l’inverse, ceux qui livrent des meubles, par exemple, ou toutes sortes de produits non essentiels, ont vu leur entreprise fermer.

Les routiers ont parfois été traités comme des pestiférés. Il a été dit que le virus pouvait se transmettre par contact avec les surfaces, par exemple dans les sanitaires. Alors ils étaient indésirables sur les aires de repos. Mais je crois que la situation est revenue à la normale.

Et puis les routiers ne pouvaient pas toujours présenter un justificatif de déplacement professionnel signé le jour-même…

C’est bien à l’employeur de certifier qu’il fait transporter des produits essentiels. Mais il me semble que cette justification devrait pouvoir se faire par mail.

Comment faites-vous pour aider vos adhérents ?

Nous les renseignons sur la réglementation. Nous les responsabilisons afin qu’il respectent bien toutes les consignes relatives au coronavirus. Nous les aidons dans leurs calculs de bulletins de paye. Ce qui nous a le plus été demandé, c’est : “est-ce que mon employeur peut m’obliger à prendre des congés payés tout de suite ?” Et aussi : “est-ce qu’il peut me demander de démissionner ?” Pour répondre, nous nous appuyons sur la réglementation en vigueur et sur les informations avancées par l’Etat.

Ce que je souhaite dire enfin, c’est que l’Etat doit aider les entreprises et qu’en retour, les entreprises doivent aider les salariés. La situation que nous vivons doit aussi amener les états à réfléchir à leur autosuffisance alimentaire. Il faut produire en France et payer les salariés correctement.

 

Propos recueillis par Laurent Barberon