« Grâce au bon dialogue instauré, nous avons pu être réactifs », Romain, salarié de Lactalis et militant CFTC

« Grâce au bon dialogue instauré, nous avons pu être réactifs », Romain, salarié de Lactalis et militant CFTC

Partager

Lundi 18 mai 2020
Notre drôle de vie

Romain, 33 ans, travaille dans l’usine Lactalis de Craon. DS très impliqué, il s’est vite retrouvé assailli par les angoisses de ses collègues, mais souligne la bonne volonté de chacun, salariés et direction, en ces temps troublés.

Comment se déroulent vos journées depuis le début de la crise du Covid-19 ?

Assez normalement. Nous traitons le lait et notre activité est essentielle à la vie de la Nation ; il n’était donc pas question d’arrêter de travailler. Ça l’était encore moins lorsque nous avons constaté une envolée des commandes : notre usine produit le Chaussée aux Moines, un fromage de marque mais très abordable. Or, comme il n’y a plus de cantine, de restaurant d’entreprise et que les gens mangent chez eux, la demande a explosé, au point que nous ne sommes pas capables d’y répondre. Pourtant, tout le monde travaille, sauf les parents qui devaient garder leurs enfants ou les personnes à risque. Je veux d’ailleurs souligner la bonne volonté des 430 salariés du site, qui se sont portés volontaires dès le début de la crise. Mais, chose incroyable, nous avons embauché des intérimaires supplémentaires ! Des personnes qui ne voulaient plus être confinées. On parle beaucoup du monde médical et agricole qui se donnent, mais nous aussi.

Personne n’a eu peur de venir travailler ?

Il y a eu dix jours assez angoissants pour tout le monde. À titre personnel, je n’ai pas peur de tomber malade. Mais il a fallu encaisser les angoisses des collègues et y apporter des réponses en ma qualité de DS. J’ai ainsi fait des journées de douze-treize heures, car j’ai cumulé mon poste de travail et mes missions d’élus. C’était épuisant physiquement et nerveusement. Tout le monde pense que le DS a la science infuse, toutes les réponses ; je suis vite devenu le bureau des plaintes. Je me faisais harceler, en toute bienveillance, je ne pouvais pas faire 10 pas sans qu’on me tombe dessus. Les questions liées à la crainte d’attraper le virus et à la gestion des absences pleuvaient, et comme je suis très impliqué, j’essayais d’y répondre le plus efficacement possible. Ça a été compliqué. Mais une fois qu’on a rappelé à tous que nous pratiquions déjà largement les mesures d’hygiène qui nous protègent, qu’on a ajouté et affiché quelques « mesurettes » ‒ laisser les portes ouvertes, désinfecter les poignées de porte ‒ les angoisses se sont calmées. Tous ont vu qu’ils ne tombaient pas comme des mouches. Et la peur de venir travailler s’est transformée en plaisir de pouvoir sortir de chez soi en venant à l’usine !

Tout se passe dans une bonne ambiance, donc.

Oui. Pourtant, j’ai bien cru qu’une seconde crise allait succéder à la première, la « crise infantile » que nous avons subie en 2018 et dont nous sortons à peine. Finalement, grâce au bon dialogue instauré depuis cette crise avec la direction, nous avons pu être réactifs, et je crois que nous avons fait du bon boulot au CSSCT puisque les salariés ont rapidement compris que les mesures maximales étaient prises pour assurer leur sécurité. D’ailleurs, personne n’est tombé malade depuis le 17 mars.