Présidence française de l’UE 2022 : le moment ou jamais

Présidence française de l’UE 2022 : le moment ou jamais

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Jeudi 14 janvier 2021
Union Européenne

En janvier 2022, la France prendra la présidence du Conseil de l'Union européenne, qu’elle exercera pendant tout un semestre. Pour cette occasion, le secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, a rassemblé les organisations syndicales au cours d’une réunion de travail. L’occasion, pour la CFTC, de rappeler ses positions sur les enjeux clés d’une Europe sociale, solidaire, écologique et souveraine.

Pour la CFTC, la présidence française du Conseil de l’Union européenne doit permettre de restaurer la confiance entre nos concitoyens et les institutions européennes. Confiance que seule une Europe plus solidaire, parce que plus sociale, mais aussi plus souveraine, sera à même d’apporter. L’Europe est l’échelle la plus pertinente, non seulement pour diagnostiquer les crises, mais aussi pour mettre en œuvre les solutions qui visent à y remédier.

Des forces et faiblesses exacerbées par la pandémie

Les défis qui nous attendent sont nombreux et de différents types : sanitaires, économiques, sociaux, industriels, climatiques, numériques, culturels, politiques, etc. Et la pandémie, qui sévit encore actuellement, a accéléré et aggravé leurs effets cumulés. Face à cette situation, l’Europe s’est montrée capable du meilleur… comme du pire.

Des manquements à la solidarité la plus élémentaire ont en effet été constatés entre les pays membres. C’est ainsi que l’Italie a dû s’approvisionner en masques et respirateurs à l’autre bout du monde, pendant que ses voisins préservaient soigneusement leur stock ! Mais, d’un autre côté, les dirigeants de l’Union européenne ont réussi à s’accorder pour l’élaboration d’un grand plan de relance. Les Etats se sont même mis d’accord pour mutualiser la dette imputable à la crise sanitaire ! Signe que l’Union veut encore, et peut encore, se donner une chance, au service de ses citoyens.

Reste, toutefois, à rendre effectif ce plan ambitieux ! Les retards annoncés sont préoccupants. Comme l’affirmait déjà la CFTC à l’occasion d’un récent comité exécutif de la CES, “il est inimaginable que ce plan, si nécessaire (certains plans nationaux y sont indexés), puisse se transformer en symbole d’une incapacité à se saisir des questions essentielles avec toute la réactivité attendue. »

Lire aussi : la CES réunie pour concrétiser la promesse d’une Europe sociale 

De ce point de vue, l’un des enjeux de la présidence française consistera, avec l’ensemble de ses partenaires, à imaginer, définir et introduire la souplesse qui fait défaut dans les rouages de l’Union européenne. Pour réagir mieux, et plus vite.

La crise, le moment ou jamais

Dans ce contexte, la présidence française de l’UE aura la difficile tâche d’incarner et d’insuffler le rebond. Le mot « crise » renvoie à la notion de danger, mais il évoque tout autant la nécessité de décider, de trancher. Autrement dit, la crise, c’est le moment ou jamais d’agir ! Et les thématiques de travail ne manquent pas.

  • Construisons une Europe de la Santé !

Pour la CFTC, la santé doit devenir une compétence européenne. La crise sanitaire a montré la nécessité d’une telle évolution. Ce sont les professionnels de santé, et l’ensemble de nos concitoyens européens, qui payent aujourd’hui le prix fort pour le manque d’une vision commune aux Etats membres. Qu’il s’agisse d’information, de formation, d’éducation, ou de coordination des dispositifs d’intervention en temps de crise, les budgets alloués pour chacun des systèmes européens de santé gagneraient en efficacité s’ils étaient mutualisés et ciblés selon les priorités et autres urgences.

Lire aussi : la CFTC salue le renforcement de l’Europe de la santé 

  • Relocalisons nos industries !

Pour la Santé, mais également pour d’autres secteurs, les difficultés d’approvisionnement devront conduire les européens à relocaliser certaines activités. Comment comprendre et accepter demain que 80% des principes actifs d’un médicament soient produits en Asie ? Que nous importions les batteries et panneaux photovoltaïques servant notre transition énergétique ?

L’Europe dispose de la « taille critique » pour concevoir, fabriquer, écouler, recycler tous les biens et services nécessaires à son indépendance, et à plus forte raison quand ils mettent en jeu sa sécurité, sanitaire, alimentaire ou encore énergétique.

Lire aussi : “Tous nos activités socio-économiques dépendent de l’énergie”, Pierre-Jean Coulon 

  • Construisons l’Europe sociale… et écologique !

Parce que de nombreux consommateurs européens ne disposeront pas d’un pouvoir d’achat suffisant pour s’offrir des biens et services produits selon les normes sociales européennes, nous devons défendre une politique européenne monétaire, budgétaire, et évidemment sociale, qui soit à même de compenser les écarts de niveau de vie entre les Etats membres. La présidence française peut être le moment de la mise en place effective d’un salaire minimum européen. Mais les salaires ne constituent qu’une dimension de l’Europe sociale tant attendue.

Au-delà du simple revenu, c’est tout un socle européen de droits sociaux qu’il va nous falloir mettre en place ! Pour ce faire, la CFTC suggère une initiative française durant sa présidence, à savoir l’organisation d’un colloque post-Covid sur le socle des droits fondamentaux et sociaux. Ce colloque viserait à cerner des déclinaisons concrètes, porteuses de sens pour les Etats membres comme pour les citoyens européens, de ces droits fondamentaux et sociaux : droit à l’éducation, droit au numérique, droit au logement décent, droit à l’énergie ou encore droit à des transports accessibles et durables, etc.

Le Pacte vert pour l’Europe, initié en 2019 par la Commission européenne devra lui aussi, accélérer la concrétisation de ses trois principales missions : créer de l’activité supplémentaire en Europe (donc créer des emplois), favoriser l’innovation et les solutions européennes (par exemple, ne plus importer d’Asie 85% des panneaux solaires installés en Europe) et, bien sûr, réduire les émissions de gaz à effet de serre. Là encore, c’est le moment de concilier et réconcilier l’économie, le social et l’écologie.

  • Pour une Europe du dialogue social !

Les partenaires sociaux européens veulent peser sur les réformes et sur les finalités qu’elles poursuivent, sur la société qu’elles dessinent. Ils demandent à être plus et mieux impliqués dans la définition des grands choix qui sont devant nous et qui conditionnent notre avenir commun.

Le temps donné au dialogue social n’a jamais été et ne sera jamais un temps perdu. Il est un investissement nécessaire à l’appropriation des réformes. Sans lui, la greffe ne prend pas, et les supposés bienfaits des réformes ne sont pas au rendez-vous. Il en résulte un désamour croissant de nos concitoyens français et européens pour l’Europe. Nous avons les moyens et la maturité, aujourd’hui, pour édifier un dialogue social européen sincère, pour contribuer à renforcer chez tous nos concitoyens le sentiment, l’envie d’appartenir à cette formidable aventure, l’aventure européenne !

Crédit photographique : Unsplash / Timon Studler