« C’est le métier qui rentre…»

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Mardi 31 juillet 2018

Les accidents du travail, s’ils sont moins graves chez les jeunes, sont beaucoup plus fréquents

Un adage éculé qu’on entend trop souvent en justification de blessure, d’usure précoce, ces « empreintes » imprimées sur le corps par le travail. Face à l’accidentologie galopante chez les jeunes, le seul rempart dont nous disposons est la prévention.

« Le taux de lésions professionnelles non mortelles chez les jeunes (moins de 25 ans, ndlr) est, au sein de l’Union européenne, supérieur de 40 % à celui des autres tranches d’âge. » Ainsi Cyril Cosme, directeur du bureau de l’OIT, l’Organisation internationale du travail, a-t-il introduit la conférence du 3 mai dernier à Paris sur « les jeunes et la culture de prévention ». Articulée autour de la présentation d’une étude de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) sur l’accidentologie des jeunes travailleurs, cette rencontre a permis de mettre l’accent sur l’aspect crucial de la prévention.

Les causes

Les accidents du travail, s’ils sont moins graves chez les jeunes, sont beaucoup plus fréquents. Il y a plusieurs raisons à cela :

  • Le développement physiologique moindre ( les effets d’une exposition à une substance toxique en sont alors démultipliés).
  • Une plus grande vulnérabilité, provoquée par un moindre savoir-faire.
  • La place précaire des jeunes dans le monde professionnel, d’où la volonté de « plaire » jusqu’à la mise en danger.

Les chiffres

Parmi les 755 participants à l’étude et au cours des deux ans de suivi, 158 accidents du travail ont été rapportés. Les jeunes ayant déclaré avoir reçu un enseignement en santé et sécurité au travail (SST) durant leur cursus ont eu deux fois moins d’accidents que les autres. Ceux ayant suivi la formation « sauveteur secouriste du travail » ont eu 30 % de moins d’accidents.

Les remèdes

Preuve est donc faite que le risque d’accident baisse lorsque la prévention est intégrée dans la formation initiale. À la veille de la réforme de l’apprentissage, le constat est d’impor tance. La CFTC voulait d’ailleurs rendre obligatoire la certification des maîtres d’apprentissage et tuteurs, à ces fins de sécurité, avec remise à niveau régulière. Avis partiellement entendus, puisque, sans devenir obligatoire, la formation sera a priori encouragée.

Évidemment, cette analyse est étendue aux enseignements universitaires, notamment dispensés aux cadres et managers de demain. L’objectif est qu’à long terme, les salariés deviennent euxmêmes acteurs de la prévention.

Les vertus de l’intergénérationnel

« Dans les petites entreprises, l’intégration des jeunes se fait souvent en roue libre, explique Thiébaut Weber, secrétaire général de la Confédération européennedes syndicats (CES). Elles n’ont pas toujours de représentants du personnel pour négocier des accords de qualité en ce domaine […]. C’est pourquoi un accord-cadre “sur le vieillissement actif et la solidarité intergénérationnelle” a été signé en Europe. On y retrouve des éléments qui figuraient dans l’excontrat de génération, la question notamment de la transmission, de l’accompagnement des jeunes dans les gestes et postures à acquérir. » Un rappel selon lequel aucune démarche de prévention n’est réellement viable sans un transfert de compétences, un partage d’expérience des seniors. Cela relève du bon sens… mais a tendance à être négligé.

 

Maud Vaillant

 

Crédit photo : Life of Pix / Everypixel