« Ce n’est pas créer une injustice que de rémunérer à 100 % un salarié qui se forme », Maxime Dumont, conseiller confédéral CFTC

« Ce n’est pas créer une injustice que de rémunérer à 100 % un salarié qui se forme », Maxime Dumont, conseiller confédéral CFTC

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Jeudi 9 avril 2020
Crise du Covid-19

Maxime Dumont, conseiller confédéral, est « monsieur formation professionnelle » à la CFTC. Au nom de la Confédération, il propose de mettre à profit cette drôle de période pour se former.

Dans un de ses communiqués, la CFTC incite à ce que « ces périodes d’activité partielle boostent les actions de formation, notamment les formations à distance »… 

C’est évidemment une très bonne idée. Les entreprises sont obligées de mettre leurs salariés au chômage partiel à cause du confinement : pourquoi ne pas utiliser ce temps intelligemment, en proposant la formation professionnelle, en particulier aux ouvriers et employés, qui ont moins que les cadres le réflexe de se former. 

À situation exceptionnelle, modalités exceptionnelles : ces formations ne peuvent se faire qu’à distance… Sont-elles aussi efficaces qu’en présentiel ?

Il ne faut surtout pas opposer les deux types de formation. La formation en présentiel a le mérite de montrer un geste, de permettre de voir les erreurs des autres personnes présentes et donc d’en tirer des leçons. Certaines se font encore actuellement : par exemple, les personnes qui font le ménage doivent être formées sur les nouveaux produits, les nouvelles procédures à appliquer. Il est évident qu’elles ne peuvent aller à l’école pour apprendre. Donc l’Afest (Action de formation en situation de travail) fournit un tuteur qui apprend à chaque personne le geste. Dans le domaine du transport, des formations sur simulateurs permettent de guider des conducteurs tout en respectant les consignes sanitaires en vigueur.

Mais, effectivement, dans la configuration actuelle, les Mooc (Massive on line courses) ou formations en e-learning sont privilégiées. Seul un ordinateur suffit. C’est assez simple. Les Mooc ou e-learning sont des formations extrêmement pertinentes : nous sommes au XXIe siècle, et il faut changer nos codes éducatifs. Tout ne s’apprend plus sur les bancs de l’école. Cette crise du Covid est juste un accélérateur d’intégration des nouveaux codes. Par exemple, on imagine que des formations de métier de bouche, type pâtisserie, sont impossibles à faire en ligne. Détrompez-vous. Un Mooc, outre l’enseignement théorique, montre à travers des vidéos exactement les gestes, les réflexes à adopter pour réussir à se former de façon pertinente.

Pensez-vous que cette prise de conscience va être pérenne, ou qu’on reviendra au bon vieux présentiel une fois l’épidémie passée ?

Comme je le disais, cette crise permet juste l’intégration de nouveaux codes qui existent déjà hors formation professionnelle. Vous, quand vous ne savez pas faire quelque chose, quel est votre réflexe ? Vous allez sur internet chercher des tutos. Ce n’est rien d’autre que de la formation à distance.

La CFTC demande aussi une rémunération à 100 % des personnels qui se forment. À une époque où des efforts sont demandés à tous, comment le justifiez-vous ?

C’est tout à fait normal. Le salarié qui travaille à domicile est rémunéré à 100 %. Or, la personne qui se forme fait une démarche, un effort. Pour suivre un Mooc, le trouver, le choisir, il faut fournir une préparation individuelle avant la connexion. Ça prend du temps. Ensuite, il y a le temps de la connexion, puis l’appropriation des contenus, pour valider la session. On parle de la même démarche que pour le télétravail ; il est donc normal qu’il y ait une égalité de traitement. Le salarié pourrait tout à fait décider de ne rien faire et être payé à 84 % au chômage partiel. Ce n’est donc pas créer une injustice que de rémunérer à 100 % ce salarié. Qui plus est, cette personne formée va contribuer à booster son entreprise quand celle-ci redémarrera son activité.