Vente de SFR : face aux risques de plan social, comment protéger les salariés ?
7 juillet 2026 | Emploi & MobilitéSocial
Après une première offre d’achat avortée mi-octobre, le scénario redouté par les salariés de SFR s’est confirmé: début juin, un protocole d’accord de vente a acté la cession de l’opérateur de télécommunications – propriété de l’homme d’affaires Patrick Drahi depuis 2014 – à ses concurrents historiques, le trio Bouygues-Orange-Iliad, qui devrait se partager les actifs du groupe. Une décision qui plonge les salariés de SFR dans l’incertitude, alors que cette vente pourrait occasionner la perte de milliers d’emplois.

C’est un séisme dans le secteur des télécommunications dont les salariés de SFR se seraient bien passés. Rentable, mais plombée par une dette incompressible depuis son rachat par l’hommes d’affaire Patrick Drahi en 2014, la firme au carré rouge a tristement vu acter sa probable disparition, ce 6 juin dernier : un protocole d’accord de vente avait alors été signé entre l’opérateur de télécommunications et ses trois concurrents, Bouygues, Orange et Iliad (la maison mère de Free, NDLR). Suite à l’annonce de ce rachat de 20 milliards d’euros, les inquiétudes sont logiquement grandes parmi les salariés de SFR. Alors que les activités de l’entreprise devraient être à peu près équitablement cédées à son trio d’opérateurs concurrents, le maintien en emploi des 8000 salariés de la firme interroge.
« Aujourd’hui, les 3 opérateurs acheteurs nous disent qu’ils seront capables de proposer des postes à l’ensemble des salariés actuels de SFR » explique Franck Guédé, délégué central CFTC de SFR. Mercredi 24 juin, au sortir de la première réunion que les membres du CSE de SFR ont pu avoir avec les acquéreurs, les représentants syndicaux restaient toutefois sceptiques. « En réalité, nous avons de gros doutes sur l’applicabilité de cette mesure, explique Franck Guédé. Nous savons d’ores et déjà que de très nombreux postes à SFR vont faire doublon avec des postes équivalents dans les entreprises acheteuses. Ça vaut aussi bien pour une partie des fonctions techniques, que pour les commerciaux, le service marketing, la communication etc… »
Des maintiens en emploi incertains
Illustration avec les salariés de SFR qui travaillent en boutique, dont le sort reste pour le moins flou: « Il y aura forcément un souci sur la partie distribution, anticipe Franck Guédé. Nous avons 293 boutiques et le trio de repreneurs n’en reprend que 40 chacun. Le consortium d’acheteurs dit vouloir s’engager à faire basculer sur d’autres postes les personnes officiant dans les boutiques restantes, mais avec quel accompagnement ? Sur quels emplois ? Est-ce qu’ils vont gonfler leurs effectifs de vendeurs par boutique ? On ne sait pas vraiment » A ce jour et à plus court terme, le trio de repreneurs s’est seulement engagé – par communiqué – à offrir une garantie d’emploi pour tous les salariés de SFR jusqu’en 2029. En attendant cette date butoir, SFR entamera une transformation par phases, qui aboutira à la dilution de ses activités et services au sein d’Orange, Bouygues et Iliad. Le « closing » – soit la vente effective et officielle de SFR à ses concurrents- constitue la première étape de ce processus et est espéré par le trio d’acheteurs au second semestre 2027. « Jusqu’au closing, SFR reste toutefois concurrent de Bouygues, Orange et Iliad, pointe Franck Guédé. Il faut rester compétitif, apporter de la qualité sur le réseau, dans la relation client, dans les offres proposées…. Les salariés doivent donc continuer de fournir une qualité de service exemplaire, tout en sachant, à terme, que leur emploi pourrait faire doublon et être supprimé…Professionnellement et psychologiquement, c’est très difficile à vivre. »
Après le closing, une structure éphémère – SFR SA – sera enfin créé, afin d’assurer la transition entre certaines des activités de SFR et leur intégration à Bouygues, Orange et Iliad. Cette société – qui devrait intégrer 2400 des salariés de SFR – devrait notamment travailler à la migration des clients fixes et mobiles de l’opérateur de télécommunications vers le trio d’entreprises acquéreuses, sur une période fixée de 30 mois à 5 ans. « Là encore, quand SFR SA aurait fait son office et fermera, on ne sait pas davantage ce qu’il adviendra précisément de ses salariés », regrette Franck Guédé.
Un rachat qui doit encore avoir l’aval des autorités de la concurrence
Alors qu’une première phase de pourparlers commence début juillet entre les partenaires sociaux et le trio d’acheteurs, la CFTC aura pour objectif de négocier une batterie de mesures ambitieuses, pour accompagner et protéger au maximum les salariés. « Nous allons d’abord demander à ce que la garantie d’emploi de 3 ans – à laquelle se sont engagés les acquéreurs par communiqué – soit étendue à minima jusqu’à juin 2030, reprend Franck Guédé. Si le closing est effectué mi 2027, il n’est en effet pas logique que ce maintien en emploi ne soit assuré que jusqu’en janvier 2029 » Par la suite, si un plan de suppression de postes prend effectivement forme, la CFTC voudra aussi s’assurer que les salariés de SFR soient armés pour y faire face. « S’il y a un plan social, on aimerait qu’il épouse au maximum la forme d’un plan de départs volontaires, poursuit Franck Guédé. Quoi qu’il arrive, il faudra que des mesures d’accompagnement pour la formation/reconversion soient déployées. D’une part pour les salariés qui pourraient partir, en vue de leur permettre de trouver plus aisément un autre emploi. D’autre part pour ceux qui restent, afin que ces derniers puissent basculer sereinement vers d’autres postes et fonctions, au sein des 3 opérateurs acheteurs. »
Une dernière variable subsiste, et pas des moindres : le rachat de SFR par ses concurrents historiques reste soumis à sa validation par les autorités de la concurrence, à Paris ou à Bruxelles, qui pourraient ne pas se prononcer avant dix-huit mois. « Il n’est pas impossible que l’une de ces instances bloque cette vente, même si ça ne semble pas être le scénario le plus probable, juge Franck Guédé. Mais ce dossier est quoi qu’il en soit très politique. » Après les élections présidentielles de 2027, l’éventualité de voir le nouveau gouvernement élu agir pour stopper la cession de SFR n’est en effet pas complément écartée par les mandatés syndicaux de l’entreprise. « Le nouveau pouvoir en place pourrait estimer que cette vente serait susceptible de générer trop de casse sociale » conclut Franck Guédé. « Les cartes pourraient donc être rebattues, en notre faveur. Il faudra voir comment tout cela peut tourner et s’adapter en conséquence. »
AC