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Horaires adaptés, budgets sanctuarisés : comment vraiment lutter contre la canicule à l’école ?

2 juillet 2026 | Fonction publiqueSocial

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Alors qu’une nouvelle vague de chaleur devrait frapper l’Hexagone à partir de ce samedi 4 juillet, les élèves et professeurs de l’enseignement public et privé doivent composer avec des établissements scolaires encore très insuffisamment équipés et préparés pour faire face au réchauffement climatique. Des manques sur lesquels revient ici Romain Martignoles, président de la CFTC Enseignement & Formation, qui esquisse aussi des pistes d’adaptation pour l’avenir.

Romain, comment jauger la gestion de cet épisode caniculaire, dans et par les établissement scolaires français ?

La situation est très difficile pour tout le monde. Chacun s’adapte comme il peut mais, en fonction des établissements et des zones géographiques, les moyens et équipements déployés pour s’adapter à ce type d’évènements climatiques extrêmes sont très asymétriques. A Perpignan, dans l’institution privée où j’enseigne, nous avons pu mettre à disposition des lycéens qui passent le baccalauréat certaines des parties de notre établissement qui sont climatisées. Mais tout le monde n’a pas cette possibilité : la qualité de vie au travail des enseignants lors de ces épisodes caniculaires est beaucoup plus dégradée dans certains lieux d’enseignements que dans d’autres.

Comment expliquer ce manque de préparation et d’adaptation au réchauffement climatique ?

C’est multifactoriel. Dans le privé comme dans le public, ça fait des années que les syndicats alertent sur le sujet, mais les solutions mises en œuvre – quand il y en a – ne sont pas vraiment à la hauteur des enjeux. Bien sûr, l’Education nationale et l’Exécutif ne sont pas exempts de reproches, mais ne peut pas non plus tout leur mettre sur le dos.

C’est-à-dire ?

Il faut bien comprendre que le fonctionnement de l’éducation nationale est très décentralisé. Les dispositions prévues par le code du travail et déployables dans le secteur privé – notamment pour encadrer l’activité des entreprises et de leurs salariés en cas de fortes chaleurs – ne s’y appliquent pas. La modulation des horaires, les fermetures d’établissement, mais aussi les budgets alloués au renouvellement des bâtiments pour les adapter au réchauffement climatique sont avant tout la résultante de décisions prises au niveau local. La gestion des bâtiments de l’enseignement public est d’ailleurs soit du ressort des communes, soit des régions, soit des départements, mais pas de l’éducation nationale.

Dans l’enseignement privé, c’est encore autre chose : les bâtiments scolaires sont la propriété des organismes de gestion d’enseignement catholique, les OGEC (NDLR : l’Etat et les collectivités locales, qui assurent la majorité des financements des établissements privés subventionnés, peuvent toutefois investir dans ces infrastructures).

Les politiques locales n’ont donc pas été à la hauteur à ce sujet ?

Sans doute, même s’il faut aussi se rendre compte de l’ampleur du problème : en France, les locaux d’enseignement constituent la plupart du temps de l’immobilier ancien, ces bâtiments n’ayant pas été conçus en fonction de problématiques climatiques modernes. Les moyens à mobiliser sont non seulement massifs dans le public comme dans le privé, mais ils ne sont pas uniformes. Dans le privé, je dirais même que les besoins sont encore plus importants à ce sujet.

Pourquoi cela ?

Les locaux des établissements de l’enseignement privés sont en moyenne encore plus anciens que ceux de l’enseignement public, car ce sont pour la plupart de vieilles institutions. En conséquence, ils sont aussi souvent moins bien isolés, et il est plus difficile de les rénover pour les adapter au changement climatique. A titre d’exemple, l’un des trois bâtiments de l’établissement dans lequel je travaille est une vieille construction d’époque, qui date du 19e siècle. C’est une vraie passoire thermique et il y a des contraintes importantes si on veut effectuer des travaux, car on ne peut pas dénaturer la façade. Tout cela coute très cher, donc les adaptations nécessaires se font toujours attendre.

En quoi peuvent concrètement consister ces adaptations ?

En fonction de la couleur politique d’une région ou d’un département, les investissements et équipements déployés pour s’adapter au réchauffement peuvent être très différents. En nombre d’abord, du fait de budgets plus ou moins conséquents alloués à la gestion de ce problème. Mais aussi du point de vue des modalités d’action : certaines collectivités locales vont notamment opter pour davantage de climatisation, d’autres pour plus de végétalisation et d’isolation thermique. 

Certaines initiatives gouvernementales, à l’image du Fonds Vert depuis 2023, visent aussi à accompagner les collectivités territoriales, dans leurs investissements au service de la transition écologique. Quel bilan fait la CFTC de ces dispositifs de soutien ?

On ne peut pas dire que rien n’a été fait, mais ces politiques ont manqué de continuité. Les moyens à disposition du Fonds Vert ont par exemple considérablement baissé. Ses dotations sont passées de 2,4 milliards d’euros en 2024, à 837 millions pour 2026, du fait des coupes budgétaires décidées par l’Exécutif. Si on veut vraiment progresser, il faudrait notamment sanctuariser un budget sur l’accompagnement de la transition écologique dans les établissements scolaires.

Outre la clarification et le maintien de ces lignes budgétaires, les établissements scolaires peuvent-ils aussi s’organiser différemment, lors de ces épisodes climatique extrêmes ?

Bien sûr. A cet égard, la CFTC juge qu’il faudrait notamment regarder ce qu’il se fait du côté des DROM-COM, en déployant un calendrier scolaire plus adapté aux conditions climatiques, notamment via des journées de classe et de travail qui débutent plus tôt. Ce sont des choses qui ne coutent pas trop cher à mettre en œuvre, même s’il faut intégrer d’autres variables à leur implémentation, comme la problématique des transports scolaires ou des crèches. Ensuite, on pourrait également s’inspirer du code du travail pour qu’il soit interdit de faire cours, si un certain seuil de température est dépassé. Charge ensuite aux pouvoirs publics locaux et aux gestionnaires d’établissement scolaires de mettre en œuvre les solutions qu’ils jugent les plus adéquates, pour ne pas atteindre ce seuil et protéger les professeurs et les élèves de la chaleur. Quoi qu’il en soit, il va falloir prévoir et s’adapter beaucoup plus en amont, car ces épisodes caniculaires risquent malheureusement de se multiplier et de s’intensifier.

Tous propos recueillis par AC

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