« Nous vivons un véritable tsunami », Agnès, présidente du syndicat du travail temporaire CFTC

« Nous vivons un véritable tsunami », Agnès, présidente du syndicat du travail temporaire CFTC

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Mardi 31 mars 2020
Notre drôle de vie

Agnès Marchat, conseillère confédérale CFTC, préside le syndicat du travail temporaire.

Covid-19 et intérim : pouvez-vous nous exposer les différentes problématiques rencontrées à ce jour ? 

Nous vivons un véritable tsunami. Voici quelques chiffres qui traduisent la crise que subit actuellement le monde du travail temporaire : 550 000 emplois (équivalents temps plein) en moins, soit en moyenne – 75 % et pour certaines entreprises spécialisées dans le bâtiment jusqu’à  -90 % !!! Les secteurs de l’aviation et du bâtiment à l’arrêt, les femmes de ménage pas protégées, les caissières débordées par des clients devenus fous furieux : tout part à vau-l’eau…
Seuls quelques secteurs se maintiennent : la logistique, la grande distribution et bien entendu la santé. Mais les conditions de travail y sont parfois déplorables pour nos intérimaires, qui partent travailler avec la peur de contracter le Covid-19. 

Vous êtes présidente du syndicat CFTC du travail temporaire. Comment gardez-vous le lien avec vos adhérents ? Comment les aidez-vous ? 

Fort heureusement, nous avons les réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp), les mails et les visioconférences qui nous aident à maintenir le lien.
Si le premier jour du confinement, en tant que militante impliquée, j’étais atterrée, voire déprimée de ne pouvoir rien faire, j’ai été rapidement ramenée à la réalité car il a fallu s’organiser en urgence. En effet, nous ne pouvions laisser ni nos militants, ni les salariés, ni les instances paritaires sans mode de fonctionnement. Après quinze jours de confinement, je dois être à une dizaine de conférences téléphoniques ou visioconférences, sans oublier les appels, les prises de décisions et votes électroniques.

J’espère que nos militants ont reçu toute la communication nécessaire sur le fonctionnement des instances, mais aussi les informations concernant le Covid-19 car maintenir un lien me paraît indispensable en cette période compliquée

Et au niveau de la branche ? 

Nous nous sommes aussi mis en ordre de bataille avec des prises de décision rapides. En effet, nous allons prendre des mesures dans notre Opco afin que les stagiaires puissent poursuivre leur formation ou bénéficier du chômage partiel. Une ordonnance présentée dans quelques jours devrait permettre à de nombreux intérimaires, dont la mission est interrompue, de bénéficier du chômage partiel. Le Fonds d’action sociale du travail temporaire (Fastt) s’organise également très vite afin que les intérimaires qui vont y faire appel puissent bénéficier de fonds supplémentaires, etc.

Nous avons également mis en place un site de télémédecine. 

Enfin, nous sommes particulièrement vigilants en ce qui concerne la loi d’urgence qui implique un véritable bouleversement du droit du travail ; même si les enjeux de ces mesures sont notamment de réduire les impacts sur l’emploi et de limiter la cessation d’activité, il faut que ces  ordonnances ne soient que temporaires, sous peine de faire un bond en arrière terrible dans nos acquis sociaux.

A titre personnel, quelles mesures ont été prises au sein de votre entreprise depuis l’arrivée du Covid-19 ? Quelle est votre fonction au sein d’Adecco ? 

Je suis membre du bureau de mon CSE et titulaire au CSEC. Nous avons fort heureusement fait une alliance très forte avec certains syndicats pour nous opposer à ce que tente de nous imposer la direction : après un PSE déguisé pendant des mois, elle veut désormais nous contraindre au télétravail dans des conditions pas toujours idéales dans un premier temps, puis dans un deuxième temps au chômage partiel, sans complément de salaire, bien entendu, à la fois pour les permanents mais aussi pour les intérimaires, ce qui va engendrer des problèmes financiers majeurs.

En effet, les salaires chez Adecco sont peu élevés et le chômage va fragiliser nos salariés. Il nous incombe d’être vigilants en permanence avec un public précaire.

En termes de modalité de fonctionnement, la loi oblige les visioconférences pour nos entreprises ; nous avons découvert ce mode de communication lors de nos réunions et avons eu quelques crises de fou rire en nous découvrant dans des tenues inhabituelles. C’est un système convivial et pratique, ce qui est important en ces périodes de confinement.

Avez-vous noté de beaux gestes de solidarité ? (au travail, à la CFTC, dans votre vie quotidienne)

Nous recevons des témoignages superbes de nos militants qui s’investissent, notamment avec la newsletter de la CFTC.

Nous avons proposé notre aide à la mairie et aux commerçants de notre quartier afin d’aider les personnes à faire leurs courses, ou à porter les repas chez les personnes dépendantes… De nombreuses personnes cuisinent pour le personnel soignant et un pâtissier donne des gâteaux ou viennoiseries tous les matins pour nos blouses blanches. J’assiste à du bénévolat spontané, et sans arrière pensée qui me réchauffe le cœur.

Nous sommes confrontés à une crise sans précédent qui terrorise la population. Et nous, à la CFTC, devons être au cœur même de cette crise avec nos valeurs. Nous avons une pensée pour nos familles souvent éloignées, nos amis, nos collègues et tout particulièrement pour les malades atteints par le coronavirus. 
Il faut que nous soyons tous solidaires en cette période tout en respectant le confinement et les gestes barrière qui s’imposent ; il y aura un avant et un après Covid-19 et j’espère que nous en sortirons renforcés, avec des centres d’intérêt recentrés sur des vraies valeurs, des valeurs de famille, des valeurs humaines. Prenez soin de vous !

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