« Les addictions constituent un sujet de dialogue social », Geoffroy de Vienne, conseiller confédéral

« Les addictions constituent un sujet de dialogue social », Geoffroy de Vienne, conseiller confédéral

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Lundi 4 mars 2019
Santé au travail

La plateforme RSE (responsabilité sociétale des entreprises) a publié le 13 janvier un rapport sur « la prévention des conduites addictives » en entreprise. Interview de Geoffroy de Vienne, conseiller confédéral en charge de la RSE et de l’épargne salariale, corapporteur de ce texte.

Quelle est l’origine de ce projet ?

En France, les consommations de substances psychoactives concernent plus de 20 millions d’actifs en 2016 (sur 29 millions !) La question mérite de s’y pencher ! Et nous l’avons fait à la plateforme RSE, où je représente la CFTC. Suite à une saisine du gouvernement, nous avons en effet mis en place un groupe de travail sur les addictions en milieu professionnel. Notre mission : proposer des mesures pour « encourager les entreprises à s’engager dans des démarches volontaires visant à réduire les consommations à risque d’alcool, de tabac et de stupéfiants ».

Que dit ce rapport ?

Le rapport émet plusieurs recommandations parmi lesquelles l’attention à porter à la qualité de vie au travail et l’association des parties prenantes internes (salariés, médecine du travail, CSE, DRH, managers) aux actions d’information. Si le texte nous satisfait dans l’ensemble, nous regrettons que notre recommandation sur la responsabilité collective n’ait pas été retenue. Pour la CFTC, la prévention ne relève pas seulement de la responsabilité de l’entreprise dans son rôle d’employeur, mais aussi du corps social. Prenons l’exemple d’un conducteur de train dépendant à l’alcool. Si tout le monde le sait, mais que personne ne donne l’alerte par indifférence ou par crainte de tomber dans la délation, la responsabilité, en cas de catastrophe, est bien collective.

Quel est le rôle des représentants du personnel ?

Les représentants du personnel ont un rôle de veille pour identifier les personnes en difficulté et un devoir d’accompagnement dans la mesure du possible. L’élu se doit de prendre les devants et de proposer ses services au salarié dépendant. À lui de les accepter ou pas. Toutefois, si l’état de santé de la personne devient un danger pour elle-même ou pour la collectivité, l’élu peut exercer son droit d’alerte. Par ailleurs, la prévention des addictions au travail doit être un sujet de dialogue social. Il s’agit, pour les IRP, de participer à la définition d’une politique en la matière, d’en mesurer la bonne application et de ne pas hésiter à émettre des alertes en cas d’insuffisance.

Ne craignez-vous pas que vos recommandations demeurent autant de vœux pieux ?

Le rapport n’a pas de valeur d’obligation. Nous avons formulé des recommandations. Libre au gouvernement à qui nous avons rendu le texte de les utiliser ou pas, dans le cadre de son plan de mobilisation contre les addictions. Il faut surtout que l’entreprise et les partenaires sociaux prennent les choses en main. J’ignore quelle place le patronat (représenté également à la plateforme RSE) compte donner à ce rapport, mais, nous, les syndicats, nous avons un rôle essentiel à jouer. Nous pouvons faire jouer la « responsabilité sociétale » de l’entreprise pour y instaurer un dialogue social de qualité incluant la question des addictions*.

Y a-t-il de « bons élèves » en matière de prévention des addictions ?

La réussite de la démarche de prévention repose sur l’implication de tous les acteurs de l’entreprise. Certains l’ont compris, d’autres un peu moins. La SNCF, par exemple, a mis en place un dispositif cohérent de pratiques de prévention comprenant l’aménagement de lieux adaptés (centres de soins, espaces d’échanges, etc.) et l’installation d’un « groupe sentinelle » composé de médecins du travail particulièrement impliqués sur le sujet. EDF a également réalisé des formations à destination des médecins du travail et des équipes médicales.

Après avoir « auditionné » des entreprises des secteurs « tabac » et « alcool », nous avons constaté que celles-ci n’ont pas l’intention, du moins à court terme, de faire évoluer leurs activités vers des produits moins « porteurs d’addiction », même si elles fournissent des efforts d’information sur les risques inhérents à la consommation de leurs produits. C’est pourquoi il nous faut agir.

* Ce sont notamment vers les entreprises les plus « responsables » que sont orientés les capitaux issus de l’épargne salariale. Un argument pour inciter les entreprises à améliorer le dialogue social en leur sein.

 

Propos recueillis par Chantal Baoutelman