« On pense à notre santé mais aussi aux conséquences économiques », Claude, chauffeur viticole, militant CFTC

« On pense à notre santé mais aussi aux conséquences économiques », Claude, chauffeur viticole, militant CFTC

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Vendredi 27 mars 2020
Notre drôle de vie

Chauffeur viticole au Domaine Schlumberger (68), depuis quarante et un ans, Claude, 58 ans, connaît bien la CFTC. Membre du CSE depuis trente ans, DS dès 1999, trésorier adjoint du Bureau de la Fédération agriculture… Bref, Claude est au cœur de l’information et livre ses impressions sur la drôle de situation actuelle.

Quel est votre quotidien depuis l’arrivée du Covid-19 dans votre région ?

On gère la crise au mieux. Avec mon directeur, que je côtoie régulièrement dans les différentes commissions où je siège, nous nous entendons bien. On travaille main dans la main pour trouver des solutions. C’est bien pour ça que je suis à la CFTC : pour trouver le meilleur compromis pour tous. Nous sommes dans l’Est, qui est très touché par le virus. Les gens ont peur, la pression est montée en milieu de semaine dernière, ce que je peux comprendre.

Certains, notamment ceux qui travaillent à l’accueil du public et dans les caves, sont désormais au chômage partiel. D’autres, à la production, là où j’officie, ont préféré se mettre en arrêt maladie. Mais la majorité d’entre nous sommes restés au travail malgré cette peur. J’ai organisé avec mon directeur une réunion d’information avec tout le monde et on a mis en place des conditions sanitaires encore plus strictes, pour les rassurer : tous les matins, je viens plus tôt pour désinfecter à l’alcool à 70 % les 10 véhicules que nous utilisons. Les consignes ? Pas plus d’une personne par rangée dans les camionnettes. Et on dispatche les salariés dans les vignes, pour qu’ils ne travaillent pas à proximité. La pression est un peu retombée. Heureusement, parce que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas travailler.

Les considérations économiques sont au cœur des préoccupations ?

Oui, avec la santé. On risque la double peine : il ne rentre aucun revenu dans l’entreprise aujourd’hui, puisque l’accueil du public et donc le point de vente, est fermé. Et en parallèle, en ce moment, se joue un pan extrêmement important de la production du vin : toutes les baguettes de la vigne doivent être attachées sur du fil pour qu’il y ait du raisin, et donc des récoltes. On ne peut pas risquer de ne pas avoir de production cette année. La direction a déjà fait une estimation : elle prévoit une perte conséquente sur trois ans. Soit un retour vingt ans en arrière. Il va falloir que les banques nous soutiennent. On pense à notre santé, bien sûr, mais aussi aux conséquences économiques de cette crise.

Alors, pourquoi ne pas faire appel, à l’instar de la proposition de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, aux salariés au chômage technique pour vous aider ?

Dans le domaine où je travaille, nous avons pu nous organiser avec un prestataire qu’on connait déjà. Nous nous sommes assurés que cette société respecte bien toutes les mesures sanitaires, en particulier pour ne pas exposer nos propres salariés au virus. La société intervient avec son propre matériel et ses propres véhicules. Je connais par ailleurs le besoin de main-d’œuvre de beaucoup d’agriculteurs. Un agriculteur dans le coin n’a personne pour récolter ses asperges. S’il n’en trouve pas très rapidement, la production va être fichue. L’appel de Didier Guillaume est donc le bienvenu. Nous faisons la même démarche à la Fédération Agriculture. Mais attention, on propose de vrais emplois. Il ne s’agit pas de postuler pour prendre l’air pendant le confinement, mais de travailler. Il s’agit souvent de tâches pénibles.

Voir aussi : la fiche conseils « activité agricole » sur le site du ministère du Travail