Canicule : face au réchauffement climatique, la France avance, mais trop lentement
16 juillet 2026 | Social
Alors que la France vient de traverser son troisième épisode caniculaire de 2026, la capacité de l’Etat à respecter ses objectifs de lutte contre le réchauffement climatique est parfois critiquée et interrogée. Mais qu’en est-il factuellement ? Pour la CFTC, les rapports et données à disposition dessinent un constat clair : si une baisse des émissions territoriales de gaz à effet de serre depuis 1990 peut être mise au crédit des gouvernements successifs, l’action publique ne s’est pas assez montrée à la hauteur de l’urgence. Les engagements pris par la France font notamment encore l’objet de trop nombreux retards, voire de renoncements.

Alors que la France vient de connaître une canicule sans précédent, certaines instances et acteurs de la société civile ont pu dénoncer l’insuffisance des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le réchauffement climatique et s’y adapter. A cet égard, la CFTC juge utile de rappeler quelques données et tendances essentielles, afin de pouvoir jauger si la France est réellement à la hauteur des objectifs climatiques et environnementaux qu’elle s’est fixée.
Des avancées indéniables, mais insuffisantes
En préambule, il convient d’abord de préciser que l’empreinte carbone de la France a diminué de 20 % depuis 1990. Une baisse pour partie réalisée grâce à la mise en œuvre d’un certain nombre de politiques publiques et de normes visant au respect d’objectifs climatiques et environnementaux. Les émissions intérieures françaises (activités économiques et ménages) ont ainsi diminué de 34 % alors que les émissions importées n’ont augmenté que de 2 %. L’empreinte carbone hexagonale décroît par ailleurs, en moyenne, de 2,3 % par an depuis 2009. Si ces progrès sont notables et incontestables, de nombreuses instances et organismes référents alertent sur l’insuffisance des efforts déployés par l’Etat. La Cour des Comptes par exemple, qui – dans son 1er rapport annuel sur la transition écologique – constate que « malgré des progrès », la France n’est pas sur la bonne trajectoire pour atteindre ses objectifs climatiques et environnementaux.
A ce titre, le pilotage global de l’Exécutif a parfois manqué de rapidité et de continuité, à l’image de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC3), qui devrait être adoptée par décret ce jeudi 16 juillet. Ce texte fondamental – il définit une feuille de route qui doit permettre à la France d’atteindre la neutralité carbone en 2050 – était initialement prévu pour être adopté courant 2024. Mi février dernier, le Gouvernement avait par ailleurs publié la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui fixe les objectifs de consommation et de production d’énergie, ainsi que les priorités d’investissement pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Toutefois, ce document doit être pour partie cadré par la Stratégie Nationale Bas Carbone (qui sera donc publiée après), ce qui soulève un problème de cohérence évident.
Trop de reculades et de reports
Le pilotage des politiques environnementales a aussi parfois pu connaître des reculs regrettables, à l’image du rétropédalage (soutenu par la France) sur les directives européennes CS3D et CSRD. La première vise à ce que les grandes entreprises préviennent les risques environnementaux et sociaux associés à leur activité, puis prennent des mesures afin de les réduire, voire de les éliminer. La CSRD renforce pour sa part les obligations des entreprises sur la publication d’informations sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance. Mi- novembre 2025, un vote du parlement européen – salué par le président de la république – avait toutefois largement réduit la portée et l’impact de ces directives. Par communiqué, la CFTC avait alerté sur ces renoncements, qui retardent la transition écologique et renforcent la vulnérabilité des entreprises françaises face au changement climatique.
Dans un ordre d’idée similaire, la CFTC ne peut que regretter la baisse générale des moyens alloués à l’écologie. Illustration avec le Fonds Vert, dont la surface budgétaire s’est largement réduite ces dernières années. Lancé en 2023, ce dispositif vise à accompagner les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique. La rénovation énergétique et thermique des écoles – pour la plupart peu ou pas adaptées au réchauffement climatique – fait notamment partie de ses attributions, qui comprennent aussi la prévention des inondations ou la renaturation des villes. Toutefois, les dotations de ce dispositif sont passées de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 650 millions en 2026, du fait des coupes et gels budgétaires décidés par l’Exécutif. Cette baisse drastique des financements réduit des capacités d’investissement locales parfois déjà très limitées, tout particulièrement dans certains territoires exposés. On peut notamment penser aux Outre-mer, qui sont en première ligne face aux bouleversements climatiques.
Le coût de l’inaction est bien supérieur à celui de l’action
Début avril 2026, un rapport du Haut conseil pour le climat (HCC) soulignait d’ailleurs un écart important entre les investissements actuellement consentis par les collectivités (environ 7,7 milliards) et les besoins réels pour atteindre les objectifs climatiques (estimés à 19 milliards). A cet égard, la CFTC rappelle que le coût de l’inaction écologique sera toujours beaucoup plus conséquent que celui de l’adaptation et de l’atténuation. Les scénarios du réseau pour le verdissement du système financier (NGFS), groupe de banques centrales dont la Banque de France est membre, montrent que les investissements en faveur d’un scénario « neutralité carbone » permettraient de limiter la diminution de PIB engendrée par les changements environnementaux, par rapport à un scénario à politiques constantes.
S’agissant de la France, le scénario de statu quo des politiques menées face au dérèglement climatique entraînerait une perte considérable de 11,4 points de PIB à l’horizon 2050. Cette perte serait toutefois ramenée à seulement 7 points en cas de mise en œuvre immédiate de politiques d’atténuation (zéro émissions nettes en 2050), y compris en tenant compte du coût de la transition. La CFTC convient que le coût de la transition écologique est conséquent et peut sembler dissuasif, compte tenu de l’actuel niveau d’endettement de la France. Néanmoins, repousser ces investissements massifs à plus tard ne fera, à terme, que repousser et aggraver le problème, reportant paradoxalement et injustement l’effort sur les générations futures.
AC