A Lyon, la CFTC accompagne un lanceur d’alerte et dénonce des risques de pollution
24 mars 2026 | Social
Ex-adjoint de site en charge du curage des égouts à la Métropole de Lyon et adhérent CFTC, Jacques Lopez a obtenu le statut de lanceur d’alerte après avoir dénoncé des dysfonctionnements liés au déchargement de boues à Brignais, une commune du Rhône. Il est accompagné dans ses démarches par Franck Garayt, égoutier de profession et président du syndicat CFTC à la Métropole de Lyon. Ce dernier revient ici sur les manquements constatés par notre organisation, qui a déposé plainte en décembre 2025, pour « rejets illicites d’effluents » et « mise en danger d’autrui. »

Franck, quel est le point de départ de ce dossier?
En réalité, on peut davantage parler de dossiers – au pluriel donc. C’est Jacques Lopez, qui travaillait alors dans le service de la Métropole de Lyon en charge du curage des égouts- qui a dénoncé ces dysfonctionnements. En l’occurrence, nous parlons ici de 2 stockages qui nous semblent insuffisamment sécurisés – et donc susceptibles de porter atteinte à l’environnement – et d’un déchargement de boues hydrocarburé dans un bassin du 5e arrondissement de Lyon.
Parmi ces 3 cas de figure, le plus récent est celui de Brignais, où la CFTC considère que le déchargement de boues de curage d’égouts – en septembre 2024 – n’a pas été fait dans les règles. Que s’est-il passé ici ?
Pour que vous puissiez tout bien comprendre, il faut d’abord que je vous parle brièvement du métier d’égoutier et des taches qui y sont allouées. En premier lieu, il faut savoir que toutes les « boues » (excréments, graviers, plastiques, papiers, feuilles, etc.) ne circulent pas toujours de manière fluide par les égouts jusqu’à une station d’épuration. Quand les tuyaux sont embourbés, des égoutiers (en l’occurrence, ici, une soixantaine d’agents basés à Gerland) se déplacent en camion dans divers lieux de l’agglomération, pour procéder à leur curage et débouchage. II faut ensuite traiter ces boues dans une station d’épuration, qui – dans le cas de figure qui nous intéresse – était en panne en septembre 2024. Dans l’urgence, l’administration a donc décidé d’aller vider nos camions sur un site situé à Brignais. On parle ici d’au moins 70 tonnes de déchets, ce n’est pas rien.
Ce site n’était donc pas habilité à recevoir ces déchets ?
Selon plusieurs collègues de Jacques qui étaient alors sur place, ce site n’était en effet pas approprié au stockage, notamment du fait d’un risque d’infiltration de l’eau dans la nappe phréatique. Plusieurs égoutiers ont donc alerté Jacques. En substance, ils lui ont dit : « Là où on va vider, ça ressemble à une décharge, pas à un centre d’épuration. »
Suite à cet évènement, comment ont réagi Jacques Lopez et la CFTC ?
En décembre 2024, nous avons accompagné Jacques, pour faire part de plusieurs dysfonctionnements dans le service au Directeur du cycle de l’eau de la Métropole de Lyon. Nous l’avons alerté sur les irrégularités que nous avions identifiées à Brignais mais aussi sur d’autres sites, comme j’ai pu le mentionner au début de notre entretien. Sur le coup, ça s’est bien passé. Cependant, le 8 janvier 2025, Jacques Lopez a reçu un courrier lui expliquant qu’il allait être muté « dans l’intérêt du service » …
Ça ressemble à une sanction…
Dans l’esprit oui, même si, au regard de la loi, ce n’est pas répréhensible : en tant que fonctionnaire, nous sommes titulaires de notre grade, pas de notre fonction. En revanche, nous avons tout de même attaqué l’arrêté de mutation, parce qu’il occasionnait pour Jacques Lopez une perte financière. Selon notre avocat, quand une perte de rémunération est constatée, on peut légalement prouver qu’il s’agit d’une sanction déguisée. Plus globalement, nous avons évidemment commencé à comprendre que Jacques était sanctionné car nous avions fait remonter un certain nombre d’informations auprès du directeur.
Que s’est-il passé ensuite ?
Jacques a été très choqué. Il s’est mis un temps en arrêt maladie. Parallèlement, je me suis entretenu avec une bonne partie de la hiérarchie. Finalement, nous sommes entrés en contact avec le directeur de la mission du contrôle interne et de la gestion des risques de la métropole de Lyon. C’est lui qui a classé Jacques comme lanceur d’alerte – afin de le protéger d’éventuelles sanctions additionnelles de l’employeur – et a déclenché une enquête administrative.
Quelles ont été les conclusions de l’enquête ?
Globalement, elles font état – conformément à ce que pointaient Jacques Lopez et la CFTC – d’un suivi et d’un contrôle insatisfaisants de modalités de stockage temporaires de boues. Parallèlement, elles stipulent aussi que le risque de pollution peut être écarté à Brignais, mais seulement sous la réserve de l’agencement correct d’un dispositif propre à séparer les hydrocarbures que les boues peuvent contenir « qui n’a ici pas été vérifié par la Métropole. » En outre, l’enquête pointe aussi « plusieurs limites » dans la gestion de ce dépôt de boues à Brignais, « qui appellent à des ajustements. »
Mais certaines irrégularités ont-elles déjà été strictement constatées ?
Oui. Vous devez savoir que, quand les agents de la métropole de Lyon sortent de leur périmètre, ils doivent avoir un ordre de mission. Le cas échant, pour aller à Brignais, l’ordre de mission a été établi rétroactivement. Dans un ordre d’idée similaire, quand les agents publics se rendent sur un site qui n’appartient pas à la Métropole, nous sommes normalement tenus d’établir un protocole de sécurité. Mêmes causes, mêmes effets : ils ont produit un protocole de sécurité antidaté. Sur ce volet-là, l’administration a d’ailleurs reconnu des manquements.
Le syndicat CFTC de la Métropole de Lyon a déposé plainte en décembre 2025, pour « rejets illicites d’effluents » et « mise en danger d’autrui ». Comment envisagez-vous la suite ?
La Métropole, sur la base des recommandations d’un rapport d’observations – a apporté des pistes d’amélioration et formalisé de nouvelle procédures. A mon sens, il aurait toutefois été plus sain qu’ils reconnaissent plus nettement leurs erreurs et qu’on redéfinisse ensemble de meilleurs processus de travail…S’agissant de nos dépôts de plainte – étant donné les éléments que nous avons fourni au dossier – je suis à peu près certain que nous allons gagner. Quant à Jacques Lopez, il ne pourra malheureusement pas revenir dans son service. A la CFTC, nous avons des valeurs, et il l’a admirablement démontré. Il devrait être promu aujourd’hui, pas rétrogradé.
AC
