« Un accord signe la trace qu’on laissera », Karim, militant CFTC

« Un accord signe la trace qu’on laissera », Karim, militant CFTC

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Mardi 14 août 2018
MILITANTISME

A 43 ans, Karim dirige une section CFTC, qui prône la négociation d’accords

Technicien service desk, Karim travaille depuis 2012 chez Helpline, une entreprise de services du numérique (ex SSII). A 43 ans, il dirige une section CFTC, qui prône la négociation d’accords. 11 ont été signés en deux ans à leur initiative. Bel exemple de bonnes pratiques.

Copains pour toujours

Ils étaient deux collègues, que rien ne pouvait séparer. Pas même leurs divergences en matière d’engagement syndical. L’un militait à la CFTC, l’autre à la CFDT. Leur amitié voire leur complicité a permis aux deux organisations de travailler main dans la main. Avant de quitter l’entreprise il y a deux ans, le premier a demandé au second de le remplacer. Ils partageaient le même désir de renouveler l’image des syndicats. Mieux de démontrer leur efficacité. Karim a donc dit oui sans hésiter. Voilà comment il s’est retrouvé à la tête de la section CFTC en 2017.

Malgré un turn-over élevé qui rend difficile un engagement syndical, la CFTC est majoritaire, à plus de 30 %. En tant que délégué syndical, délégué du personnel et élu CE, Karim parcourt les différents sites, à la rencontre des salariés. « Nous assurons une permanence hebdomadaire sur tous les sites. Nous sommes les seuls à nous déplacer. Nos collègues ont bien compris que nous privilégions des actions sur le long terme. Avec la création du CSE qui institue un maximum de trois mandats, on n’est plus élu à vie. Nous avons quatre ans pour faire le job. » explique le militant.

L’art de la négociation

Activiste dans l’âme, Karim a à cœur la satisfaction des salariés. Son équipe, fidèle aux valeurs de la CFTC, recherche en permanence la construction et l’installation du dialogue social. « Nous ne sommes pas dans une cogestion. Nous sommes partenaires de l’employeur lorsque nous signons un accord. Nous pouvons tout aussi devenir adversaires, si nos acquis sont menacés. Mais nous maintenons le dialogue afin d’entendre les arguments d’en face. »

Cette politique a permis à la section de signer 11 accords en 2 ans. C’est historique. Pour en arriver là, l’équipe n’a pas ménagé ses forces, en bilatérale ni sur le terrain. Elle a dû faire preuve de pédagogie pour « éduquer » la direction, peu habituée au dialogue social. Avant 2017, aucun accord n’avait été signé. Pour Karim, il est important de négocier : « Un accord signe la trace qu’on laissera. Si les salariés soutiennent que tel avantage est l’œuvre de la CFTC, nous aurons accompli notre mission ».

Des accords innovants

Sous l’impulsion de la CFTC, les dernières négociations périodiques obligatoires (ex NAO) apportent de nouveaux droits. Les salariés peuvent désormais bénéficier de deux demi-journées pour des dons de sang ou de plaquettes. Une première. D’où vient cette idée ? Certains salariés participaient à cette cause et regrettaient de ne disposer d’aucune aide. Il n’en fallait pas plus à la CFTC pour faire de cette remontée de terrain une proposition de texte appelée contribution citoyenne de l’entreprise. « Donner son sang, c’est aider à défendre la vie. Cela correspond tout à fait à nos valeurs. » précise Karim. La CFTC aurait voulu aller plus loin dans cette logique de solidarité. Elle a défendu l’idée de demi-journées dédiées à la collecte de dons pour les associations. Proposition non retenue. L’organisation, sinon l’équipe, serait trop en avance…

Un rendez-vous à la préfecture, dans une ambassade, à la CAF ou chez un médecin ? La CFTC a là aussi, initié et signé un accord qui octroie deux demi-journées pour des rendez-vous administratifs. Quel que soit le motif. L’idée défendue : le temps reste un plus non négligeable lorsqu’on ne peut tout résoudre avec de l’argent.

Une expertise reconnue

Des avantages pécuniaires, la CFTC en a acquis aussi. Des indemnités kilométriques pour vélo (25 cents/km), le doublement de la prime carburant (200 euros), des journées de déménagement alors que la convention Syntec (dont dépend Helpline) n’en prévoit pas…

Autre avancée CFTC : l’accord sur le droit à la déconnexion. L’ébauche de texte proposée a été validée telle quelle. Preuve de la qualité des élus CFTC. Ces derniers révolutionnent les choses… sans force. Juste avec « leur capacité de négociation ».

Conscient de cette expertise, l’employeur sollicite désormais la CFTC de manière proactive sur les futurs sujets de négociation. Objectif : recueillir les axes de discussion. « Cela démontre la qualité du dialogue social instauré par nos équipes au sein de l’entreprise » conclut avec fierté Karim.

 

Chantal Baoutelman
Crédit photo : Bernard Gouédard