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Enseignants : tout est-il au mieux dans le meilleur des mondes possibles ?

6 octobre 2022 | Fonction publiqueSocial

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Un mois après la rentrée des classes 2022 et aux lendemains de l’ouverture des négociations salariales avec les syndicats des enseignants, lancée par le gouvernement, l’heure est au bilan. Pourquoi une telle désaffection ? Comment améliorer le quotidien des enseignants ? La CFTC décrypte et éclaire.

Enseignants : tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ?

Le beau temps…

« Il y aura un professeur devant chaque classe dans toutes les écoles de France », déclarait Pap Ndiaye en août dernier face au risque réel d’une pénurie d’enseignants pour la rentrée des classes 2022. Pari gagné pour le nouveau ministre de l’Éducation nationale ?

Pour Philippe Lehericey, secrétaire général adjoint du Syndicat national CFTC enseignement public et recherche (CFTC-Epr) et directeur dans le primaire, il semblerait que oui : « En tant que représentant syndical, Dieu sait si je reçois des questions de tous les coins de la France depuis le 1er septembre, mais je n’ai pas reçu d’alerte à ce sujet », précise-t-il.

En effet, afin de pallier les difficultés de recrutement au sein de l’Éducation nationale, qui comptabilise plus de 4 000 postes non pourvus à l’occasion des derniers concours organisés dans le pays, l’occupant du 110 rue de Grenelle avait annoncé le recrutement de milliers d’enseignants contractuels.

S’en sont suivies des opérations de « job dating[1] » un peu partout en France, notamment dans les académies de Toulouse, Versailles, Paris, Amiens et Reims. Ainsi des candidats, aspirants professeurs du second degré, ont défilé pendant 15 minutes devant des recruteurs pour convaincre et espérer enseigner.

Au final, ils sont près de 4 500 à avoir fait leur (r)entrée dans l’Éducation nationale après quelques jours de formation théorique et pédagogique.

De quoi s’exclamer, en chœur avec le fameux Pangloss de Voltaire, que « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles »… mais pas si vite pour les syndicats.

…avant la pluie ?

« Le recrutement par job dating est une pratique que nous critiquons et condamnons à la CFTC, confie Philippe. Comment peut-on recruter des personnes en quelques dizaines de minutes pour ce type de poste ? »

Si le syndicaliste voit d’un bon œil la tentative du gouvernement de solutionner la crise du recrutement qui secoue le ministère, il se questionne sur la crédibilité de cette nouvelle ressource salariale hâtivement intégrée dans les rangs du corps enseignant : « Quand je vois le nombre d’enseignants correctement formés, qui viennent nous [les organisations syndicales, Ndlr] demander de l’aide sur tel ou tel sujet au quotidien, je ne peux que m’inquiéter du sort des contractuels ». Et à raison.

D’après un article du Figaro, daté du 4 octobre, les premiers retours des néoprofs sont plus que mitigés. Le bilan est compliqué et s’ajoute à une situation générale déjà tendue : déception et renoncement au métier, des démissions qui ont triplé en dix ans, la diminution des inscrits aux concours, etc.

Pourquoi une telle désaffection des enseignants ?

Pour Philippe Lehericey, le gouvernement doit d’abord comprendre les racines du problème s’il souhaite mettre en place une solution pérenne. Mais quelles sont-elles ?

Il y a un véritable malaise au sein de l’Éducation nationale, qui se cristallise autour de la question de la considération ou, plutôt, de la déconsidération des enseignants , lâche Philippe avant de préciser que : l’ancien ministre, Jean-Michel Blanquer, l’avait, en partie, compris en déclarant qu’il y avait un problème de rémunération.

Selon l’économiste Lucas Chancel, quand un enseignant débutant au début des années 1980 gagnait l’équivalent de 2,3 fois le Smic, aujourd’hui il touche environ 1,2 fois le salaire minimum.

Un récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) révèle d’ailleurs que les salaires des enseignants français ayant quinze ans d’expérience et les qualifications les plus répandues atteignent, pour le premier cycle du secondaire, l’équivalent de 43 133 dollars en 2021, soit 16 % de moins que ceux de la moyenne dans les pays les plus développés.

Questionné sur le dégel du point d’indice dans la fonction publique et l’objectif formulé par le gouvernement de parvenir à 2 000 euros net par mois pour tous les enseignants à la rentrée 2023, Philippe y voit du positif, même s’il faut encore nuancer :

Que les jeunes enseignants [titulaires, Ndlr] débutent avec un minimum de 2 000 par mois est une très bonne chose, mais que faire des enseignants, qui, après des dizaines d’années, gagnent la même somme ?… Et, avec la crise, nous sommes largement en deçà de ce que nous attendions.

Enseignement : pour la CFTC, la crise demande d’aller plus loin

La question de la revalorisation du salaire des enseignants est essentielle pour répondre à la baisse d’attractivité du métier. Toutefois, pour la CFTC, les considérations matérielles doivent obligatoirement s’accompagner de considérations sociales, humaines. « Malgré la revalorisation salariale, je doute que le nombre d’inscrits aux concours s’améliore l’année prochaine », déclare Philippe.

C’est pourquoi, pour le syndicaliste et directeur d’école, la réforme tant attendue devra aussi prendre en compte les trois axes suivants : le renforcement du soutien apporté aux enseignants, par l’administration, en cas de problème avec un élève, la redéfinition des droits et des devoirs des parents et la gestion respectueuse et bienveillante des ressources humaines de la part du ministère, afin que chaque enseignant voit son intégrité respectée.

« Vous savez, à la CFTC, nous ne sommes pas défaitistes. Nous allons continuer à nous obstiner à demander des rendez-vous avec le ministère, à rencontrer les responsables et à faire entendre nos idées. »

[1] Le principe du job dating est d’inviter des candidats pour des entretiens d’embauche express d’une dizaine de minutes.

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