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Salaires en berne, surcharge de travail : A Zeeman, distributeur textile néerlandais, la CFTC sonne l’alerte

5 juin 2026 | Rémunération & Pouvoir d'achatSocial

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A l’appel de la CFTC, les salariés de l’enseigne de vêtements néerlandaise Zeeman – qui compte autour de 350 magasins en France- se sont mis en grève le 9 mai dernier. Alors que les négociations annuelles sur les salaires restent gelées, les salariés déplorent des rémunérations stagnantes et proches du SMIC et un durcissement des conditions de travail. Explications avec Christelle Fumel, responsable magasin près de Reims, et déléguée syndicale CFTC pour Zeeman France.

Christelle, en préambule, pourriez-vous nous présenter brièvement l’activité de Zeeman ?

Zeeman est un distributeur de textile néerlandais, implanté dans plusieurs pays européens. L’entreprise est ce qu’on appelle un « discounter » : elle propose des vêtements à bas prix. En France, le groupe compte 345 magasins et près de 1600 salariés. Je suis moi-même responsable de magasin à Saint-Brice-Courcelles, en périphérie de Reims.

Ce 9 mai, une partie des salariés de Zeeman s’est donc mise en grève, à l’appel de la CFTC et d’autres syndicats du groupe. Quel a été l’élément déclencheur de cette mobilisation ?

C’est multifactoriel, mais la direction a notamment refusé de poursuivre les négociations annuelles obligatoires, entamées en novembre 2025. C’est malheureusement un problème qui devient récurrent :  depuis 2024, les NAO ne progressent pas, les salariés n’ayant pas eu de hausse de salaire – autre que symbolique – depuis.

Pourquoi les NAO de 2026 se retrouvent dans cette impasse ?

Au départ, Zeeman nous a proposé une enveloppe de 300.000 euros pour augmenter les salaires. C’est assez ridicule, pour une entreprise qui embauche près de 1600 salariés en France…Comme ça ne progressait pas, certains syndicats ont lancé un premier mouvement de mobilisation en avril, mais la CFTC n’y avait pas participé : entre temps, l’enveloppe que la direction nous proposait de consacrer aux salaires était en effet passée de 300.000 à 570.000 euros.

C’était toujours très insatisfaisant – ça représente à peine 300 euros par salarié –  mais nous estimions que ça laissait une marge de manœuvre à la négociation. Pour trouver un entre-deux, la CFTC a proposé une solution intermédiaire : déployer des augmentations de salaires planchers – de toutes façon prévues par un accord de branche signé fin avril – mais aussi permettre aux salariés français de Zeeman de bénéficier d’un 13e mois, dont la somme serait progressivement distribuée, en trois ans. Malheureusement, cet entre-deux a été refusé par l’employeur.

Concrètement, comment cette stagnation des rémunérations impacte les salariés ?

Beaucoup des salariés de Zeeman France travaillent à mi-temps et sont à peine payés plus que le SMIC. Globalement, les responsables de magasin et leurs assistants sont un peu plus augmentés, mais les vendeurs sont vraiment très peu revalorisés, leurs rémunérations restant proches du salaire minimum. Les salariés ne sont donc pas incités à rester dans l’entreprise sur la durée et le turnover de Zeeman en France est considérable (NDLR : on dénombre 1 621 embauches pour 2 132 sorties d’effectif en 2024. Cette année-là, 79 % des fins de contrat s’expliquaient par des CDD non renouvelés, mais plus de cinq cents salariés en CDI avait aussi quitté leur poste, pointait Mediapart). Ajoutons que la crise des prix des carburant n’arrange rien et fragilise encore davantage nos salariés les plus précaires.

Zeeman est une enseigne internationale, qui compte plus de 1 200 magasins aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique, en Espagne etc…. Est-ce que les salariés du groupe dans ces autres pays font face aux mêmes difficultés que vous ?

Non, et une bonne partie du problème est là ! La France représente 25% du chiffre d’affaires de Zeeman, nous somme le 3e marché de l’entreprise. Pourtant, à titre de comparaison, les salariés de Zeeman en Belgique et en Espagne touchent respectivement un 13e et un 14e mois. Tout cela est évidemment très injuste et inéquitable.

Au-delà même de la question des salaires, la CFTC pointe un durcissement des conditions de travail, au sein des enseignes françaises du groupe.

Oui, le mécontentement des salariés dépasse la simple question des rémunérations. Globalement, les gens nous disent qu’on leur en demande de plus en plus. Etant moi-même responsable de magasin, je le constate d’ailleurs sur le terrain. Je vous donne un exemple: aujourd’hui, un magasin reçoit une livraison par semaine, contre 1 toutes les 2 semaines auparavant, ce qui nous laissait plus de temps pour la traiter. Certains magasins sont notamment livrés le jeudi ou vendredi, jour où nous devons mettre en place les folder (NDLR : des panneaux et supports publicitaires), donc il faut s’occuper de tout à la fois. Ça accélère et alourdit significativement notre charge de travail, car nos effectifs par magasin sont réduits : nous sommes à certaines reprises deux, voire parfois même seuls 3 à 4 heures dans la journée. Certains de nos fonctionnements sont aussi archaïques : je fais encore mes inventaires à la main, avant de rentrer les données manuellement sur ordinateur. Il faudrait investir, pour automatiser au moins en partie ce genre de procédé.

L’employeur n’a pas agi pour améliorer la situation ?

En partie. Ils nous ont par exemple changé nos caisses, qui étaient obsolètes. Mais globalement, cela reste encore trop lent et limité.

Suite au mouvement de grève du 9 mai, pensez-vous que Zeeman serait susceptible de répondre favorablement à certaines de vos propositions, comme la mise en place d’un treizième mois ?

Actuellement, l’employeur ne semble pas disposé à agir en ce sens. Il continue de proposer une enveloppe de 570.000 euros d’augmentation de salaire pour les 1600 salariés français du groupe. Les NAO restent donc gelées. Nous savons aussi que le groupe va fermer – mais aussi ouvrir – des dizaines de magasins dans plusieurs pays d’ici 2028, mais nous ne savons pas combien d’enseignes en France seraient concernées. Tout cela manque malheureusement de transparence. La CFTC ne pense quoi qu’il arrive pas appeler à un nouveau mouvement de grève, parce que nous savons que c’est délicat pour les salariés, qui perdent une journée payée de travail. Mais nous ne sommes absolument pas résignés et réfléchissons à d’autres modalités d’actions.

Tous propos recueillis par AC

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