“Quand on fait ce métier, on a ça dans l’âme”, Florence, aide-soignante

“Quand on fait ce métier, on a ça dans l’âme”, Florence, aide-soignante

Partager

Mardi 24 mars 2020
Crise du Covid-19

Florence Hodel, membre du conseil confédéral CFTC, est aussi aide-soignante à Mulhouse. Son établissement s’est entièrement réorganisé afin d’accueillir les malades du Covid 19. Forcée de rester chez elle depuis trois semaines, elle a hâte de reprendre le travail… Et de se sentir enfin utile.

Comment a évolué votre travail depuis la mesure de confinement ?

Ces trois dernières semaines, j’étais en arrêt maladie pour un problème de santé qui n’a rien à voir avec le coronavirus. Mais je suis en contact avec mes collègues. Ils m’ont appris que les établissements de la Fondation du Diaconat ont été entièrement réorganisés, aussi bien les locaux que les équipes. Cela afin de prendre en charge les patients atteints du Covid 19. Cependant, nous ne disposons pas de lits de réanimation, sauf deux à Colmar. Nous n’accueillons donc pas de patients sous assistance respiratoire, mais seulement ceux qui sont stabilisés et ont besoin d’oxygène à haute dose. 

J’ai aussi appris que l’un de nos gynécologues était décédé dimanche du Covid 19. C’est très triste. De plus, j’ai des collègues atteints par la maladie.

Les patients sont confinés dans leur chambre ?

Oui. Ils ne reçoivent pas de visite. Nous en accueillons 30 sur le site de Fonderie, 34 sur celui de Roosevelt, 24 à la clinique de Colmar, et 20 au Neuenberg.

Comment vivez-vous cette période ?

Je suis sous le choc. J’essaie de soutenir mes collègues à distance. En ce moment, nous exerçons un autre métier que celui auquel nous sommes habitués. Les horaires et les équipes ont changé. Des personnes de tous les services sont mobilisées.

Que pensez-vous des gens qui applaudissent à leur fenêtre à 20 heures ?

C’est bien. Mais il y a aussi trop de personnes qui ne respectent pas le confinement. Hier, dix personnes ont été vues regroupées sur une aire de jeux. À Mulhouse, un couvre-feu a été instauré : on n’a pas le droit de sortir entre 21 heures et six heures du matin.

Votre arrêt est-il prolongé à cause du Covid 19 ?

Non, je vais retourner au travail mercredi. Je souhaitais anticiper mon retour. Mais il valait mieux que j’attende un peu pour revenir en forme.

En fait, chez moi, je me sens inutile. J’ai hâte de reprendre mon service. Quand on fait ce métier, on a ça dans l’âme. C’est dans ces moments-là qu’on se sent le plus utile et le mieux reconnu. 

Avant l’arrivée du Covid 19, nous étions en grève dans le secteur public. Maintenant nous sommes mis à contribution. Mais j’espère que la reconnaissance va perdurer au-delà de l’épidémie. Nous observons aussi une prise de conscience de la part du public, qui ne se rend plus aux urgences pour des problèmes bénins. C’est peut-être aussi par peur de contracter la maladie. Quoi qu’il en soit, j’espère que cette prise de conscience continuera après.

 

Propos recueillis par Laurent Barberon
Crédit photographique : Bernard Gouédard