« L’État doit prouver qu’il VEUT et PEUT être un État stratège », Cyril Chabanier sur France Inter

« L’État doit prouver qu’il VEUT et PEUT être un État stratège », Cyril Chabanier sur France Inter

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Mardi 20 octobre 2020
Passage média

Plan de relance, crise sanitaire, élections TPE... Retrouvez Cyril Chabanier, président de la CFTC, dans l'émission Expression directe, sur France Inter (diffusion le 17 octobre 2020).

À écouter ou réécouter sur France Inter

 

 

Comment la CFTC aborde-t-elle ce dernier trimestre d’une année qui restera hors normes à bien des égards ?

Elle l’aborde avec le sérieux et le sens des responsabilités qui la caractérise depuis toujours. Avec une pleine conscience également de ce que la période qui s’ouvre est capitale pour le pays, pour nos concitoyens ! Les congés estivaux ont pu nous donner l’impression d’un possible retour à la normale ou presque… On voit malheureusement que les apparences étaient trompeuses. La seconde vague de l’épidémie est là. Quant à la vague tant redoutée des plans sociaux, elle s’abat aujourd’hui sur nos entreprises et nos emplois.

Comment la CFTC agit-elle dans un tel contexte ?

Les agents dans les hôpitaux et les centres de santés,  les infirmières à domicile, se dévouent corps et âmes. Nous devons leur en être reconnaissants. Et cette reconnaissance passe par les revalorisations salariales que nous réclamons. Ailleurs, dans les entreprises, dans les administrations ou dans les divers établissements d’enseignement, nos militants donnent le meilleur d’eux-mêmes pour garantir la parfaite application des protocoles sanitaires. Il en va de la santé, de la sécurité des travailleurs et de leurs familles !

Pour ce qui est de la crise économique, la CFTC prend toute sa part dans la concertation qui s’ouvre avec le gouvernement et les partenaires sociaux. Cette concertation qu’on appelle « agenda social » traite principalement du contenu et des conditions de mise en œuvre du plan de relance.

Justement, comment la CFTC juge-t-elle ce plan de relance ?

Pour bien le juger et le jauger il faut distinguer les moyens financiers mobilisés (+ de 100 Milliards d’euros !) et l’utilisation de ces moyens ! Qu’il s’agisse du plan national ou du plan européen, tout le monde (ou presque) s’accorde à reconnaître l’importance des moyens mis sur la table. 

Ne pas mobiliser les fonds nécessaires à la sauvegarde de nos entreprises et de nos emplois reviendrait à insulter l’avenir, le nôtre et plus encore celui de nos enfants. Ce serait une faute politique ! La CFTC fait donc sienne la formule présidentielle « quoi qu’il en coûte ! ». Une formule qu’elle enrichit cependant en ajoutant : « … à condition d’équilibrer, de cibler et de conditionner la dépense publique ».

Qu’entendez-vous par là ?

Équilibrer la dépense d’abord, c’est privilégier l’emploi, mais c’est aussi veiller sur les plus fragiles de nos concitoyens. Tous n’ont pas pu épargner durant le confinement, tous ne sont pas couverts par les premières mesures gouvernementales, je pense notamment aux demandeurs d’emplois. Veillons à ce que la crise et ses effets ne les condamnent pas à une précarité sans issue !

Et en quoi consiste précisément votre appel à cibler la dépense ?

Cibler la dépense, c’est partir du constat que toutes les entreprises ne sont pas impactées de la même manière par la crise. Certaines d’entre elles doivent leurs difficultés à l’épidémie exclusivement. Prenons l’exemple des cinémas, des hôtels ou encore des restaurants : leur santé économique et financière n’était pas particulièrement en péril avant la crise.

Dans ces cas, le dispositif d’activité partielle de longue durée (l’APLD) doit jouer à plein pour sauvegarder le maximum d’emplois et ce, jusqu’à ce que nous soyons débarrassés du virus et que nos habitudes de consommation reviennent. Je rappelle que ce dispositif permet à une entreprise de diminuer le temps de travail de ses salariés, et de recevoir pour les heures non travaillées une allocation de l’État avec comme contrepartie, l’engagement à préserver les emplois.

Vous conviendrez que toutes les entreprises n’étaient pas en forme avant la crise ?

On est d’accord ! Les annonces de plans sociaux qui alimentent tristement la chronique (Bridgestone, Smart) démontrent que la crise sanitaire a aussi et surtout pour effet d’aggraver les difficultés qui existaient déjà. C’est pour ces entreprises que l’État doit prouver qu’il VEUT et PEUT être un État « stratège » !

Qu’il s’agisse de prêts garantis ou autres formes d’aides directes et indirectes de l’Etat, les sommes investies doivent non seulement préserver l’emploi mais aussi le consolider. C’est-à-dire qu’il nous faut penser puis enclencher les transitions professionnelles vers les métiers d’avenir. Pour ce faire, les sommes investies doivent contribuer à accélérer les transitions énergétique et numérique. Il en va de la montée en gamme de nos produits et de nos services comme de la montée en compétences des travailleurs, cette dernière s’accompagnant généralement d’une hausse de rémunération.

Dans le contexte actuel, est-il raisonnable et réaliste de conditionner ces dépenses ?    

Il y a des entreprises qui se portent bien et c’est heureux ! Ces entreprises qui bénéficieront, entre autres, des baisses d’impôts de production vont mécaniquement accroître leurs marges bénéficiaires. À l’heure où s’engage une réflexion sur le partage de la valeur, donc des richesses, la CFTC milite pour que ces bénéfices soient équitablement répartis.

Une part pour la rémunération, une pour la formation des travailleurs et une autre pour investir dans l’appareil productif. Nous demandons également à ces entreprises épargnées par la crise d’être solidaires de leurs consœurs en difficulté. Par exemple, mettre la pression sur les sous-traitants serait plus que jamais intolérable. Un tel comportement devra être sanctionné par l’État qui finance les aides !

Ces sous-traitants sont souvent des très petites entreprises, dépourvues de représentants du personnel. Leurs salariés sont-ils les grands oubliés du plan de relance ?

Pas par la CFTC en tous cas ! Dans les branches, nos négociateurs veillent par exemple à ce que les accords instaurant l’activité partielle de longue durée bénéficient aux salariés des très petites entreprises.

Dans les entreprises de plus grandes taille, les élus CFTC s’assurent que la déclinaison du plan de relance dans leur établissement ne s’opère pas au détriment des très petites entreprises qui jouent un rôle primordial dans leur écosystème. C’est, pour la CFTC, l’occasion de mettre en pratique ce principe qui lui est cher de solidarité entre les travailleurs !

Mais pour mieux les protéger, il faut que dans les TPE les salariés se rapprochent des syndicats, et VOTENT.

Et bien sûr c’est mieux s’ils votent pour la CFTC. Il y a encore trop de travailleurs de ces entreprises qui méconnaissent leur droit. C’est vrai en temps normal et ça l’est encore davantage en temps de COVID où les règles peuvent évoluer très vite.