Les femmes restent les plus concernées

Les femmes restent les plus concernées

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Mardi 6 novembre 2018
Discrimination

1 personne sur 4 confrontée à des propos ou comportements stigmatisants. C’est ce que révèle le 11e baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi, publié le 27 septembre. Pire, certaines catégories sociales subissent la triple peine : non seulement, elles sont discriminées, mais elles sont aussi dévalorisées voire harcelées.

« Encore aujourd’hui, les propos et comportements sexistes, homophobes, racistes, liés à la religion, handiphobes ou liés à l’état de santé au travail, sont minimisés dans les milieux de travail, en particulier lorsqu’ils tentent d’être justifiés par l’humour » écrivent le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT). Or ces attitudes « ne sont pas un épiphénomène ». En effet, une personne sur quatre déclare avoir déjà fait l’objet de propos ou comportements sexistes, homophobes, racistes, handiphobes, liés à la religion ou à l’état de santé au travail. Au moins une fois dans les 5 dernières années.

C’est le chiffre qui ressort du 11e baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi publié fin septembre. Le document a été réalisé par le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la base d’une enquête conduite en 2016 sur un échantillon de 5117 personnes.
Selon cette enquête, parmi les attitudes les plus offensantes, les propos sexistes (14 %) et racistes (9 %) viennent en tête. Ils sont suivis des propos liés au handicap (5 %), à la religion (5 %) et des comportements homophobes (3 %). Ces attitudes hostiles se retrouvent de manière comparable dans le secteur public (27 %) et privé (25 %). Seuls les travailleurs indépendants sont légèrement moins touchés (22 %), du fait d’un contexte de travail plutôt isolé.

Qui sont ces victimes de discrimination ?

La discrimination au travail concerne davantage certains groupes sociaux. Les femmes de 18 à 44 ans perçues comme non-blanches* (54 %), les femmes en situation de handicap (43 %) et les hommes homosexuels ou bisexuels (40 %) sont les plus exposés. Deux constats s’imposent.
Le premier : les femmes restent les plus discriminées.
Le second : l’exposition aux propos et comportements discriminatoires est bien déterminée par les caractéristiques individuelles : sexe, orientation sexuelle, origines perçues, handicap, peu importe notre position dans la hiérarchie socioprofessionnelle.

*D’après le rapport, « Les discriminations directes liées à l’origine réelle ou supposée sont généralement fondées sur les caractéristiques apparentes d’une personne. Il est donc pertinent de s’intéresser à la manière dont les personnes pensent être vues par les autres plutôtque de leur demander à quelle(s) origine(s) elles s’identifient. Les sujets répondants avaient la possibilité de ne pas se prononcer. Les personnes perçues comme étant noires, arabes, métisses ou asiatiques seront pour les besoins de l’étude regroupées sous l’appellation « personnes perçues comme non-blanches ».

L’effet cumulatif d’attitudes hostiles au travail

Le 11e baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi met en évidence un continuum d’attitudes hostiles au travail. Pour 86 % des personnes interrogées, les propos et comportements blessants se sont accompagnés d’autres formes d’hostilités telles qu’une dévalorisation de leur travail et/ou des discriminations. Certaines catégories de personnes sont donc discriminées, dévalorisées voire harcelées.

Le Défenseur des droits rappelle qu’en cas de recours de la victime, ces situations sont susceptibles d’être juridiquement qualifiées de harcèlement discriminatoire. Le harcèlement discriminatoire se définit comme : « Tout agissement lié à [un motif prohibé], subi par une personne et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ».
Il peut s’agir de blagues ou plaisanteries, propos déplacés, incivilités, brimades, mise à l’écart du collectif, changement d’affectation inexpliqué, reproches sans lien avec le travail effectué, fixation d’objectifs irréalisables, surcharge de travail ou sous-occupation, attribution de travail inutile ou sans lien avec les compétences de la personne, dévalorisation du travail, refus ou retard dans la mise en œuvre de l’aménagement du poste de travail d’une personne en situation de handicap…

Deux autres points importants à retenir : les agissements n’ont pas besoin d’être répétés pour qu’une situation puisse être qualifiée de harcèlement discriminatoire, un acte unique peut suffire. Par ailleurs, le harcèlement discriminatoire peut être reconnu même si l’auteur des faits a agi sans intention de nuire. Les propos doivent, en effet, toujours s’analyser au regard de la perception et du ressenti provoqués chez la personne qui les reçoit.

La responsabilité de l’employeur peut être engagée

Face à ce constat, le rapport rappelle que l’employeur, privé ou public, a une obligation de sécurité vis-à-vis de son personnel. Il est tenu de prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ce dernier. Ce qui suppose que l’employeur réagisse lorsqu’il prend connaissance des situations de discrimination. Le Défenseur des droits recommande ainsi d’intégrer la lutte contre ces comportements dans une démarche de prévention des risques professionnels. Dans cette optique, il publie à l’intention des employeurs une fiche pratique sur le harcèlement discriminatoire au travail.
Cette recommandation va dans le sens de la CFTC qui préconise depuis toujours la sensibilisation de l’ensemble du personnel aux propos et gestes stigmatisants. Vous êtes victime de discrimination, ne restez pas seul. Parlez-en à vos représentants du personnel (DP, membres du CHCST, DS) : les élus CFTC vous apporteront aide, conseil et accompagnement.

Chantal Baoutelman

Crédit photographique : StockSnap / Pixabay