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« Le planning des négo de l’année est complètement mis à mal », Louis, DSC chez Cetelem

6 mai 2020 | SocialVisages du syndicalisme

Chez Cetelem, la direction accorde peu de crédit aux syndicats. Louis Grabey, délégué syndical central CFTC, témoigne de la situation en période de Covid-19.

Concrètement, chez Cetelem, comment s’organise l’activité ?

Il existe en gros deux types de population. Les salariés des fonctions supports et les salariés des centres d’appel. Les premiers étaient équipés de téléphone et d’ordinateur portable parce que, en temps ordinaire, certains télétravaillent un jour par semaine ou sont en « flexoffice »*. Ils sont passés en télétravail à 100 % début mars, dès le confinement. Les seconds travaillent sur PC fixes. Aujourd’hui, après une période de mise en place, une partie importante des salariés des centres d’appel télétravaille. Mais ce n’est pas obligatoire. C’est pourquoi on trouve 7 à 10 % de ces effectifs sur site. De nombreux salariés sont aussi en arrêt de travail pour garde d’enfants ou pour cause de fragilité. Celles et ceux qui télétravaillent étaient venus chercher leur ordinateur de bureau – et parfois deux écrans – avec leur voiture personnelle.

Pour les salariés qui travaillent sur site, des dispositions particulières sont-elles prises ?

Ceux qui viennent sur site se voient remettre deux masques par jour pour l’aller et le retour en transports en commun. S’ils se déplacent en voiture, les frais de stationnement sont remboursés sur justificatif s’il n’y pas suffisamment de places sur le parking de l’établissement. Par ailleurs, les cantines sont fermées et, pour compenser, l’employeur a augmenté le montant de sa participation pour le repas de midi. Et enfin, à leur poste de travail, les salariés sont assis à un ou deux mètres les uns des autres. Sans oublier la mise à disposition de gel hydroalcoolique.

Et pour vous-même … ?

Je suis confiné avec ma femme et mes trois enfants qui télétravaillent… leurs cours ! J’exerce mon mandat de délégué syndical central différemment puisque je ne peux plus me déplacer pour voir les salariés ou pour participer aux réunions. En cette période, mon activité est largement constituée de téléconférences. Avec mon employeur, avec les salariés pour prendre de leurs nouvelles, échanger, m’assurer que tout va bien pour eux… Mais aussi avec les adhérents CFTC et avec mes collègues militants avec lesquels on réfléchit aux prochaines étapes. Et également avec les autres organisations syndicales (OS). Quant aux réunions mensuelles du CSE, elles ont lieu par téléphone.

Dans ces conditions, comment se passe le dialogue social ?

Le planning des négo de l’année est complètement mis à mal. Un nouvel échéancier est en discussion, afin de reprendre en juin les négociations de trois accords qui arrivent à échéance et dont on aimerait qu’ils continuent à vivre : Égalité professionnelle, Génération et Handicap. Chez Cetelem, le responsable des relations sociales est peu disponible pour les négo parce qu’il est accaparé par la cellule de crise Covid-19.

Dans la gestion de la crise liée à l’épidémie de Covid-19 justement : comment êtes-vous associés en tant qu’OS ?

On ne peut pas parler de négociation. Il s’agit plutôt de discussions, voire de consultation ou même de simples informations descendantes. Globalement, ça se passe plutôt mal. Les premières décisions de l’employeur sur l’organisation du travail sont tombées sans consultation préalable des OS. Nous avons fait part de notre mécontentement…

Par la suite, ça s’est amélioré ?

Pas vraiment ! L’entreprise a d’abord imposé sept jours de repos… puis trois nouveaux jours après la prolongation du confinement. Au motif de la solidarité, alors même que le versement des dividendes aux actionnaires est seulement suspendu et non pas stoppé ! Concrètement : le salarié doit prendre des congés payés ou des ATT (= RTT). L’entreprise refuse de mettre en place le chômage technique. Et nous sommes préoccupés par le sort des personnes en arrêt de travail pour garde d’enfant car ce dispositif a pris fin le 1er mai. En effet, chez Cetelem, la moyenne d’âge est située entre 40 et 45 ans et nous avons de très nombreux parents.

Le déconfinement est lancé. Comment cela est-il envisagé chez Cetelem ?

C’est un autre point qui ne nous satisfait pas. Nous discutons avec la direction de la méthode de déconfinement depuis plusieurs semaines mais du côté des OS, et en particulier à la CFTC, on demande un accord de déconfinement. Ce qui offrirait la possibilité de vraies négociations… Aujourd’hui, l’objectif de la direction est que l’ensemble des salariés reprenne le travail début juin, par roulement d’un tiers sur site et deux tiers en télétravail. La seule chose sur laquelle nous sommes d’accord avec la direction, c’est : « faire les choses progressivement », sachant que des différences régionales sont possibles.

* bureau flexible en français : le flex office consiste en l’absence d’un poste de travail attitré à un salarié sur son lieu de travail. Le salarié peut travailler depuis un bureau libre dans sa propre entreprise, un espace de réunion, une salle de coworking, un café, de chez lui, … 

Propos recueillis par Stéphanie Baranger

La CFTC chez Cetelem

Cetelem est la marque commerciale de BNP Paribas Personal Finance (PPF), la filiale dédiée au crédit à la consommation de BNP Paribas.

En France, Cetelem emploie un peu moins de 6 000 salariés, sur 8 sites. Louis Grabey est l’un des trois délégués syndicaux centraux (DSC) CFTC de Cetelem. La CFTC est la 2e organisation syndicale (OS) représentative, avec un peu plus de 27 %.

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