PSA : la CFTC dit non au 100 % télétravail

PSA : la CFTC dit non au 100 % télétravail

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Lundi 28 juin 2021
Télétravail

Le DRH de PSA voulait faire du télétravail une nouvelle norme. Les possibilités d’y recourir seront seulement élargies. La CFTC a signé, en ce sens, un avenant à l’annexe télétravail de l’accord MBE (motivation et bien-être).

Une fois passées les mesures sanitaires, les salariés de PSA dont le poste est éligible au télétravail vont pouvoir davantage y recourir qu’avant la pandémie. Le télétravail sera ainsi encadré par l’annexe 2 de l’accord sur la motivation et le bien-être (MBE) du 29 janvier 2020. Et par l’avenant à cette annexe, signé le 9 avril 2021.  Le DRH de PSA avait annoncé unilatéralement, en mai 2020, que le télétravail devenait la nouvelle référence de l’organisation du travail. Depuis, le dialogue social a repris ses droits. Le principe du tout-télétravail a été abandonné. Et celui du volontariat a été réaffirmé.

Travailler « pour » PSA ou « chez » PSA ?

Le télétravail a été mis en place chez PSA en 2014. Il a ensuite évolué avec l’accord de 2020, qui, à cause de la Covid-19, n’a pas pu pleinement s’appliquer. « Quand la crise sanitaire est arrivée, tout le monde est passé au télétravail à 100 %, témoigne Franck Don, délégué syndical CFTC. Et la direction s’est aperçue que la performance des salariés n’avait pas baissé, voire qu’elle avait augmenté ».

D’où la volonté de maintenir cette organisation lors du premier déconfinement. Mais les salariés ont réagi, relayés par les syndicats, dont la CFTC. Franck Don met alors en garde contre les conséquences d’un télétravail à 100 % : « Poissy serait tout à coup désertée. Et que deviendraient les gens qui travaillent dans la restauration collective, ceux qui assurent l’entretien des locaux… ? ». Autre argument, le risque d’isolement : « L’être humain est un animal social ». Mais, selon Franck Don, il en va aussi du sentiment d’appartenance des salariés et de la cohésion de l’entreprise. « La plupart d’entre eux aiment leur entreprise et en sont fiers. S’ils ne viennent plus sur site, ils travailleront pour PSA et non plus chez PSA, affirme-t-il. Et le 100 % télétravail pourrait distendre les relations entre salariés, et entre les salariés et leurs managers. »

Un avenant souple, mais résiliable

Le délégué syndical CFTC a été entendu. Le télétravail hebdomadaire continue d’être utilisable 1, 2 ou 3 jours par semaine. Dans la formule mensuelle, le salarié peut télétravailler de 5 à 15 jours par mois et jusqu’à 5 jours au cours d’une même semaine. Jusqu’à l’avenant, c’était 3 jours par mois minimum et 3 jours par semaine maximum. Le choix des jours de la semaine ou le nombre de jours par mois est déterminé en accord avec le manager*.

Franck Don insiste sur ce point : le télétravail repose sur le double volontariat. Il part d’une demande du salarié et nécessite l’accord du manager. Ensuite, pour être éligible, le salarié doit remplir six conditions :

• être suffisamment autonome ;
• posséder des compétences nécessaires au télétravail ;
• avoir la confiance de son manager ;
• travailler au sein d’une équipe dont l’organisation est compatible avec le télétravail ;
• occuper un poste « télétravaillable » ;
• disposer d’un espace de télétravail équipé.

Par ailleurs, le télétravail est encadré par un avenant au contrat de travail. Sur ce point, Franck Don met en garde ses collègues tentés par un déménagement : « Attention, cet avenant est résiliable à tout moment ! ». Auquel cas, le salarié reviendrait au 100 % présentiel. Enfin, l’entreprise participe au finan- cement du mobilier de bureautique à hauteur de 50 % et dans la limite de 150 €. Et verse, à chaque télétravailleur, une prime mensuelle de 10 €. « Le niveau de la prise en charge n’est pas très généreux comparé à d’autres entreprises de la même taille, estime Franck Don. Si l’entreprise réalise des gains sur l’immobilier grâce au télétravail, il serait juste qu’une partie soit reversée aux télétravailleurs. Même s’il y avait, de la part de la direction, une volonté affichée de ne pas opposer les “cols bleus” aux “cols blancs” ». C’est-à-dire de ne pas provoquer un sentiment d’injustice chez les salariés de la production, qui n’ont pas accès au télétravail.

Cohabitation avec le TAD

Un autre dispositif coexiste, par ailleurs, avec le télétravail : le travail à distance (TAD). Les « cols blancs » de PSA disposent, par défaut, d’un volume de 30 jours de TAD par an, réduit à 10 jours s’ils sont télétravailleurs. Contrairement au télétravail, le TAD ne nécessite pas d’avenant au contrat de travail ni d’espace de télétravail équipé. Néanmoins, ces jours doivent être pris en accord avec le manager, avec un délai de prévenance recommandé de 7 jours. Les possibilités de recours au télétravail et au TAD sont élargies par l’avenant du 9 avril 2021. Il est désormais possible de télétravailler par demi-journée (c’était déjà le cas pour le TAD). Et depuis un tiers lieu (à condition d’en informer son manager). De plus, la condition d’ancienneté (12 mois pour le télétravail, 6 pour le TAD) a été supprimée.

Les stagiaires et alternants peuvent désormais recourir au télétravail et au TAD, celui-ci étant ouvert en outre aux CDD. Une information spécifique aux télétravailleurs en matière de santé au travail est prévue, ainsi qu’un renforcement de la prévention des risques psychosociaux. Enfin, la prise en charge des achats de mobilier est rétroactive à compter du 16 mars 2020 (début du premier confinement). Il est trop tôt pour évaluer l’application de l’annexe 2 de l’accord MBE. « Cela commence seulement à se mettre en place , explique Franck Don. Mais nous aurons un gros point de vigilance sur une éventuelle dérive autoritaire obligeant les salariés à télétravailler. Et nous sommes là, si besoin, pour les défendre. » Quoi qu’il en soit, rendez-vous est pris en fin d’année avec la direction pour un bilan… et d’éventuelles rectifications.

 

Laurent Barberon

Crédit photo Une : Unsplash @ Toa Heftiba

 

*À noter qu’il existe aussi le télétravail facilitateur de la mobilité géographique et le télétravail pour événement exceptionnel (neige, pandémie, grève…).