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Intelligence artificielle: comment protéger l’emploi des jeunes ?

20 octobre 2026 | Emploi & MobilitéSocial

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Selon une étude conjointe de la Banque de France et du Laboratoire de l’innovation et du futur du travail (LIFT), les embauches des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés à l’IA se sont contractées de près de 30%. Décryptage avec Logan Bovi, adhérent CFTC fraichement diplômé en administration publique, qui revient ici sur les craintes légitimes que ces nouvelles technologies suscitent chez les lycéens et étudiants.

Alors que le mouvement lycéen et étudiant français continue de susciter une mobilisation importante, les revendications des jeunes manifestants se font avant tout l’écho d’un manque de moyens alloués à l’éducation nationale. Certains slogans et protestations ont aussi semblé traduire une forme de peur de l’avenir, notamment alimentée par l’émergence d’une technologie susceptible de bouleverser le monde du travail et de l’emploi : l’intelligence artificielle générative. Une crainte qui pourrait bien être pour partie fondée, selon les résultats d’une étude du Laboratoire de l’innovation et du futur du travail (LIFT) menée avec la Banque de France, publiée jeudi 8 octobre.

Cette enquête statistique a notamment scruté les embauches et chaque fin de contrat dans les établissements du secteur privé, de janvier 2019 à mars 2026. Ses résultats sont assez éloquents. Dans les métiers les plus exposés à l’intelligence artificielle (opérateurs de traitement de texte, interprètes et traducteurs, journalistes, cadres chargés d’études économiques, techniciens d’opérations bancaires, etc…) les embauches des 21-29 ans en CDI ont chuté depuis l’accélération de l’usage de l’IA dans le monde du travail : en mars 2026, leur nombre était de 28,3 % inférieur à celui de novembre 2022. Chez les 30-49 ans et les 50 ans et plus, les embauches reculent aussi dans ces catégories de métiers exposées, mais dans des proportions bien moindres.

« Les jeunes se demandent purement et simplement : est-ce qu’on ne va pas être remplacé ? »

« Malheureusement, ces résultats ne font que confirmer les inquiétudes entretenues par la communauté étudiante vis-à-vis de l’IA » avance Logan Bovi, secrétaire départemental de la CFTC finance publiques dans la Région grand est. A 23 ans, ce jeune contrôleur des finances publiques est revenu sur les bancs de l’université en 2026, pour obtenir sa licence d’Administration publique. « J’ai pu observer une différence majeure dans le rapport à l’IA entre le moment où j’ai fini ma L2 – il y a un peu plus de trois ans – et l’année dernière, où j’ai repris mes études…Quand l’IA était surtout une curiosité au départ, c’est désormais d’abord un objet de préoccupation majeur. Les jeunes se demandent purement et simplement : est-ce qu’on ne va pas être remplacé ? »

De fait, la baisse de près de 30% des embauches des jeunes diplômés dans les métiers les plus impactés par l’IA semble indiquer une réallocation d’une partie des taches initialement allouées aux salariés dit « juniors » vers l’intelligence artificielle. « Ce que fait très bien l’IA, même mieux qu’un humain, c’est réaliser des tâches faciles à codifier, que l’on peut décrire très précisément dans leurs modalités et finalités, et où la marge d’autonomie est faible. Ce qui correspond aux postes d’entrée, des stagiaires aux salariés juniors », confirmait dernièrement au Monde l’économiste Antonin Bergeaud, co-auteur de l’étude du LIFT. Parallèlement, on observe également une baisse significative des fins de contrats en CDI de 23 % dans ces mêmes métiers les plus exposés. Dit plus simplement : les travailleurs déjà en poste – conscients que l’IA peut potentiellement fragiliser leur employabilité – choisissent de ne pas prendre de risques et de conserver leur travail actuel, plutôt que de chercher une autre opportunité professionnelle.

Sans juniors aujourd’hui, pas de séniors demain

Conséquence : le marché de l’emploi se verrouille. Surtout au détriment des nouveaux entrants, qui voient les offres d’emploi répondant à leurs qualifications se raréfier. Outre cette difficulté grandissante de l’accès à l’emploi des jeunes diplômés, d’autres problématiques risquent de se poser à moyen-long terme, pour le tissu économique : « Il faut aussi que les entreprises prennent conscience que s’appuyer sur des séniors qui utilisent l’IA ne peut pas être la seule solution, reprend Logan Bovi. Après tout, qui va remplacer ensuite ces travailleurs séniors, si aucun junior n’a été formé en amont ? »

Le jeune homme voit l’IA être de plus en plus utilisée dans son environnement professionnel. « Personnellement, j’estime que le virage de l’IA est obligatoire. On ne pourra bientôt plus faire sans. Je pense d’ailleurs que l’IA peut être un formidable instrument pour les salariés. Mais il faut que ça reste un outil de complément du travail, pas de remplacement des travailleurs! » Il insiste dès lors sur la nécessité de repenser la formation, pour ensuite refonder le travail lui-même. « A l’université, il n’y a pas de cadrage général vis-à-vis de l’IA : à la fac, chaque professeur fait un peu comme il veut. Certains interdisent son utilisation, d’autres l’autorisent pour faire des recherches, d’autres, encore, proposent d’utiliser l’IA en précisant chaque passage où elle a été utilisée…A mon sens, il y a surement un entre-deux à trouver ici. »

Intégrer l’IA à la formation et l’éducation

Parallèlement, les employeurs exigent de plus en plus de leurs jeunes recrues un niveau de maitrise avancé des outil d’IA. « C’est aussi pour ca que beaucoup d’étudiants se disent qu’il faut que ces compétences soient organiquement intégrées à leur formation, acquiesce Logan Bovi. Même si les jeunes sont à l’aise avec ces nouvelles technologies, bien rédiger un prompt, ce n’est pas forcément intuitif, ça s’apprend. » Encore très nouvelle, l’intégration de l’IA à l’éducation, la formation et au travail reste donc un enjeu majeur, qui nécessite des réponses d’ampleur : « Pour répondre aux craintes que l’IA suscite, notamment sur l’emploi des jeunes, il y a plein de réflexions macroéconomiques à mener, conclut Logan Bovi. Comme syndicat,on peut tracer un chemin afin qu’elle reste un outil au service des salariés. » A cet égard, la CFTC milite notamment pour que les employeurs et les représentants des salariés négocient le déploiement d’un grand accord national interprofessionnel (ANI), qui cadrerait les usages de l’IA en entreprise.

Tous propos recueillis par AC