Grève de la fonction publique : après les mégafeux estivaux, les pompiers mobilisés en masse ce 29 septembre
29 septembre 2026 | Fonction publiqueSocial
« Les pompiers sont en rupture capacitaire : nos services ne peuvent plus fonctionner correctement, du fait de l’appauvrissement de la fonction publique » nous confiait dernièrement Michaël Pacanowski, président du syndicat national des sapeurs-pompiers SPASDIS- CFTC. Pour cette raison, nos adhérents CFTC chez les pompiers se mobilisent ce 29 septembre aux côtés de nos autres militants dans la fonction publique. Ludovic Goblet, vice-président du syndicat national des sapeurs-pompiers SPASDIS- CFTC, revient ici sur les manques matériels et humains cruciaux auxquels doivent faire face les soldats du feu.

Ludovic, autour de 120.000 hectares ont déjà brulé en 2026, la France n’avait jamais perdu autant de surface forestière en un an. Comment cet été a-t-il été vécu dans vos organisations respectives ?
Ludovic Goblet : Ca a été très difficile. Lors des incendies de 2022 dans la forêt des Landes, on avait perdu 12.000 hectares et on s’était dit que c’était le plus gros feu qu’on avait jamais vu. Mais là, 42.000 hectares ont brulé rien qu’en Gironde ! Sur le terrain, nous avons notamment été témoin de fournaises très puissantes, qui génèrent leur propre météo et vents tourbillonnants. Ça devient vite incontrôlable, on a d’ailleurs bien vu qu’il nous a fallu plusieurs jours pour stabiliser la situation.
Ces incendies, comme la sécheresse de l’été 2026, illustrent-ils une forme d’incapacité des responsables politiques à répondre à l’urgence climatique ?
Ludovic Goblet : Quand on voit ca, il y a un sentiment de gâchis qui prédomine. Si les pouvoirs publics nous avaient écouté, ainsi que les différents rapports du GIEC, nous ne serions pas dans cette situation. Pour la CFTC SPASDIS, ce ne sont pas que les gouvernements successifs mais l’ensemble de la classe politique – y compris départementale et locale – qui est en faute ici. Donner aux pompiers les moyens de bien faire leur métier pour protéger les gens et les habitations, c’est pourtant essentiel et peu clivant politiquement.
Parlons des carences de moyens constatées alors. A quels manques les sapeurs-pompiers doivent-il faire face ?
Ludovic Goblet : Ils sont nombreux, c’est difficile d’être exhaustif à ce sujet. S’agissant des feux de forêt, il faut par exemple se figurer qu’en 2026, les pompiers n’ont pas assez de cagoules filtrantes efficaces, pour se protéger des particules fines cancérigènes. Quant aux véhicules d’incendie, nous avons purement et simplement perdu 1000 unités en 10 ans (NDLR : suite à l’incendie de Gabian, qui avait mis en exergue l’inaptitude de certains camions de pompiers pour faire face aux feux). Jugés insuffisamment sécurisés, ces milliers de camions n’ont pas été remplacés. Ces dernières années, un pacte capacitaire de l’Etat a tout de même mobilisé 135 millions d’euros en achat de matériel, mais ça nous a seulement permis de recouvrer 50% des véhicules perdus lors de la dernière décennie. Notre capacité à faire face aux évènements climatiques extrêmes est bien sur significativement impactée par ces carences matérielles. Ceci dit, pour les SDIS et les sapeurs-pompiers, les feux de forêt ne sont en réalité que la partie émergée de l’iceberg de nos problèmes.
C’est-à-dire ?
Ludovic Goblet : Il faut bien comprendre que les secours d’urgence aux personnes (SUAP) représentent 87% des interventions des sapeurs-pompiers. Le nombre total de nos interventions a par ailleurs explosé, du fait du vieillissement de la population : nationalement, on en comptait 3.5 millions par an au début des années 2000, pour près de 5 millions aujourd’hui. Le nombre de sapeurs-pompiers est, lui, peu ou prou resté le même. On voit bien que ce n’est pas tenable. Nous demandons donc la création de 21.000 postes de sapeurs-pompiers. Ce n’est pas un chiffre qui sort de nulle part : il correspond au nombre de postes qui sont occupés par des sapeurs papiers volontaires.
L’Inspection générale de l’administration a d’ailleurs souligné une dérive du modèle des sapeurs-pompiers volontaires, qui seraient sur-employés pour pallier le manque d’effectifs professionnels…
Ludovic Goblet : Ce rapport stipule qu’un pompier volontaire ne doit pas dépasser 600 heures annuelles de garde (soit 11 heures par semaine). Mais aujourd’hui, certains volontaires peuvent effectuer jusqu’à 1600 heures de garde par an ! Même si on sait qu’il sera très difficile d’obtenir les 21.000 postes que j’avais mentionné auparavant, l’intersyndicale espère au moins obtenir une enveloppe budgétaire pour recruter davantage de pompiers professionnels. Il faut notamment éviter aux pompiers volontaires ce phénomène de surmenage, qui n’est devenu que trop courant.
Les budgets de l’Etat et de la Sécurité sociale pour 2027 seront votés dans les mois à venir. Qu’espérez-vous de cette séquence budgétaire ?
Ludovic Goblet : La CFTC-SPASDIS a été reçue mi-aout, avec l’intersyndicale des sapeurs-pompiers, par le Ministre de l’intérieur, Laurent Nunez. Le Beauvau de la sécurité civile, qui sera présenté courant septembre, est supposé répondre à certaines de nos demandes. Globalement, nous avons senti une réelle volonté d’agir de la part du Ministre, mais il ne nous a communiqué aucune donnée chiffrée, donc nous ne pouvons pas ressortir satisfait d’une telle réunion. Je voulais par ailleurs finir notre entretien en rappelant une chose qui me semble importante: aucune de nos revendications ne portent sur les salaires ou les primes. Ce n’est pas pour nous que nous demandons davantage de moyens, mais pour les citoyens.
AC