Semaine pour l’emploi des personnes handicapées

Semaine pour l’emploi des personnes handicapées

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Lundi 19 novembre 2018
Concertation Handicap

Peut-on vraiment simplifier l’offre de services aux personnes en situation de handicap ?

La deuxième phase de la concertation sur le handicap, qui s’est déroulée entre juillet et octobre 2018, visait à simplifier l’offre de services. La CFTC a fait des propositions en ce sens mais a mis aussi en avant la formation, notamment en alternance, comme moteur de l’insertion professionnelle et du maintien dans l’emploi. A l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, du 19 au 25 novembre, le Gouvernement devrait dévoiler une nouvelle série de mesures.

Au printemps dernier, une première phase de concertation avait réuni partenaires sociaux, associations, chefs d’entreprise et DRH au secrétariat d’Etat aux personnes handicapées. Elle avait donné lieu à une série de mesures destinées à favoriser l’emploi des travailleurs handicapés. Celles-ci ont été intégrées à la loi Avenir professionnel, promulguée le 5 septembre 2018.

La Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (19 au 25 novembre 2018) devrait être l’occasion, pour le Gouvernement, d’annoncer une nouvelle série de mesures, suite à la deuxième phase de la concertation, qui s’est déroulée entre juillet et octobre 2018. Il s’agit cette fois-ci de simplifier l’offre de services. La CFTC a fait des propositions en ce sens et en a profité pour expliquer en quoi l’alternance peut aider les personnes en situation de handicap les plus éloignées de l’emploi à en retrouver le chemin.

Simplifier l’accès aux aides et services

Aujourd’hui, un salarié qui se retrouve en situation de handicap a affaire à plusieurs institutions : la médecine du travail déclare l’inaptitude, l’Assurance maladie indemnise, les Caisses d’allocations familiales (CAF) proposent des prestations sociales, les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) accompagnent, Pôle emploi et les Cap Emploi aident à trouver un emploi. Tous ces acteurs proposent une multitude d’aides et de services aux personnes en situation de handicap et/ou à leurs employeurs. Autant d’interlocuteurs, de formulaires à remplir, de dossiers à monter…

Or, qu’il s’agisse de « la PME avec un salarié qui a un problème de santé ou du demandeur d’emploi, tout le monde demande la mise en place d’un interlocuteur public de référence qui pourrait répondre à leurs questions », explique François Cosker, délégué handicap confédéral CFTC.

Cependant, « le système est complexe parce qu’il doit répondre à des situations complexes, avec des demandes et des besoins d’une grande diversité », poursuit-il, dans des champs aussi différents que la mobilité, l’indemnisation ou l’accompagnement. Sans oublier que le handicap peut se cumuler avec une autre problématique donnant droit à des aides spécifiques (jeune âge, pauvreté, domiciliation dans un quartier prioritaire, etc.). « En simplifiant le système, le risque est de ne pas pouvoir prendre en compte la spécificité de chaque situation », met en garde Jean-Michel Tessier, secrétaire général adjoint en charge du dossier Handicap à la confédération.

La CFTC a néanmoins proposé, lors de la concertation, de mettre en place un guichet unique, c’est-à-dire un lieu, virtuel ou réel, de premier accueil et d’aiguillage vers les différentes administrations. Une alternative serait de créer un accueil de niveau 1 dans toutes les institutions concernées (Pôle emploi, Assurance maladie, CAF…). Chacune d’elles devrait être en mesure de délivrer un premier niveau d’information aux personnes en situation de handicap et de les orienter le cas échéant vers d’autres institutions. C’est déjà, plus ou moins, le rôle des référents professionnels des MDPH mais « si l’on veut leur confier cette mission, il y aurait 10 000 postes à créer, estime Jean-Michel Tessier, ce qui ne va pas dans le sens des politiques publiques actuelles. »

« Il n’est pas facile de trouver une solution simple à un problème complexe, résume-t-il, nous attendons avec intérêt les mesures du Gouvernement. » Celui-ci, en tout cas, « a la volonté d’avoir une vision globale pour faire fonctionner le système, reconnaît-il, et le fait que nous soyons consultés sur un temps long est un point positif. »

La formation au service de l’insertion

Au-delà de l’accès aux aides et services, la CFTC se préoccupe de la situation professionnelle des personnes handicapées, dont le taux de chômage (19 %) est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Selon François Cosker, 100 000 personnes sont licenciées pour inaptitude chaque année, un tiers d’entre elles environ retrouvent le chemin de l’emploi, et parmi les autres, un certain nombre de personnes s’éloignent durablement de l’emploi. Celles-ci « ont besoin de retrouver un savoir-être professionnel », insiste-t-il.

C’est là que l’employeur a son rôle à jouer. À l’instar de Jean-Marc Borello, auteur du rapport « Donnons les moyens de l’inclusion » remis à la ministre du Travail en janvier 2018, la CFTC estime en effet que « l’employeur doit contribuer à ce que les personnes retrouvent une employabilité et doit considérer que cela fait partie de sa responsabilité sociale », affirme Jean-Michel Tessier. De ce point de vue, l’expérimentation du CDD Tremplin annoncée le 12 juillet (lire l’encadré ci-dessous) va, selon lui, dans le bon sens.

Par ailleurs, la CFTC croit au rôle de l’alternance pour favoriser l’insertion et le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap. Il semble en effet plus efficace de mettre d’abord les personnes en situation d’emploi, pour ensuite les former. La CFTC a proposé plusieurs mesures en ce sens :

  • Proposer une offre de formation en alternance, souple et modulable, qui tienne compte des contraintes inhérentes au handicap, avec des étapes de remise à niveau si nécessaire, et la possibilité de suivre une formation longue sans quitter les effectifs de l’entreprise.
  • Permettre des groupements d’entreprises pour favoriser les reclassements.
  • Faciliter l’orientation tout au long de la vie pour tous les salariés et leur donner un socle de compétences de base. Lorsque le handicap survient, les salariés concernés seraient ainsi mieux armés.

Enfin, Jean-Michel Tessier entend balayer devant sa porte : « la CFTC, elle aussi, a une marge de progression, et doit encore développer sa culture handicap, déclare-t-il, nous devons nous demander comment nos militants peuvent inciter les employeurs à mieux prendre en compte la question du handicap ». « C’est pourquoi nous avons créé le Réseau des référents handicap », conclut-il. Celui-ci se réunira d’ailleurs en séminaire à Tours, les 29 et 30 novembre 2018, et accueillera la conseillère Emploi de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées.

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Laurent Barberon