Suivez-nous

Comment le logement est devenu le premier frein à la natalité

7 octobre 2026 | Politique FamilialeSocial

  • Partage

Les chiffres sont éloquents : en 2025, la France enregistrait son plus faible taux de natalité depuis 1919, le nombre moyen d’enfant par femme dégringolant à 1.56. Le désir de parentalité n’a pourtant pas quitté les français : en 2025, le nombre idéal d’enfants était en effet évalué à 2.3 par famille, selon l’Institut national d’études démographiques (INED). Si les causes de ce grand écart sont multifactorielles, un coupable est déjà identifié : le prix record des loyers et les difficultés grandissantes de l’accès à la propriété. Explications avec Alain Kauffmann, administrateur CFTC au sein du Groupe Action Logement, l’un des organismes de référence du logement social et intermédiaire en France.

En France, autour de 645.000 naissances ont été enregistrées en 2025. C’est près de 24% de moins qu’en 2010. Si elle s’accélère, la tendance n’est pas exactement nouvelle : depuis un peu plus de 15 ans, le taux de natalité français ne cesse de baisser, année après année. Si les déterminants qui expliquent cette baisse sont pluriels, un semble ressortir particulièrement des études d’opinion : l’accès au logement et à la propriété. Fin 2025, une grande consultation citoyenne sur la natalité conduite par l’assemblée nationale avait sondé pas moins de 30.000 participants.  Les couts de la vie – l’accès au logement en tête de liste – avaient alors été désignés comme le premier frein à la natalité par 28 % des Français.

Un problème que ne connait que trop bien Alain Kauffmann. Mandaté CFTC, il officie comme vice-président d’Action Logement services, une filiale du Groupe Action Logement, organisme qui détient 20% du parc social français : « Dans les métropoles, le prix du foncier a tout simplement explosé ces 30 dernières années. Il y a eu beaucoup de spéculation… Parallèlement, le vieillissement d’une partie du parc HLM a conduit à de nombreuses démolitions, et la reconstruction qui suit prend du temps. Tout cela s’additionne, la crise du logement persiste et dure. »

Action Logement, c’est quoi exactement ?

Pilier du logement social et intermédiaire en France, Action Logement gérait en 2024 un budget estimé à 1.9 milliard d’euros. Ces fonds sont issus d’une contribution obligatoire des entreprises (la PEEC) de plus de 50 salariés. Ils sont ensuite alloués à la construction et au financement de logements sociaux à destination des salariés des entreprises ayant versé la PEEC.

Action Logement est par ailleurs un organisme dont le pilotage est paritaire : ses orientations budgétaires et gestionnaires sont définies par les partenaires sociaux, dont la CFTC.

Une corrélation directe entre manque d’accès au logement et dénatalité

Parallèlement, les évolutions sociétales ont aussi changé en profondeur le rapport au logement : « Il y a de plus en plus de familles monoparentales, avec une hyper concentration dans les zones tendues, notamment dans les grandes villes » reprend Alain Kauffmann. Résultat : Les Français ont globalement perdu – ces dernières années – l’équivalent de 18 mètres carrés de pouvoir d’achat immobilier. « Moins d’espace de vie, c’est notamment moins d’espace pour accueillir un enfant. La corrélation est assez évidente ». Evidente et démontrée : selon un sonsage Ipsos de 2024, près de 40% des moins de 30 ans ont repoussé un projet d’enfant, en raison des difficultés à se loger. Paris, dont le taux de natalité est l’un des plus faible de France, est l’une des illustrations les plus extrêmes du phénomène. Dans la capitale, le loyer médian a atteint environ 26,60 € par m² et par mois en 2026, contre environ 13 € à 14 € par m² au milieu des années 1990. Sur la même période, selon les données de l’Insee, le salaire net moyen dans le secteur privé a seulement augmenté de 13,9 % en euros constants. « Mais ce qui est inquiétant, c’est que ce n’est plus exactement une problématique propre à Paris et à d’autres grandes villes françaises comme Lyon et Bordeaux, alerte Alain Kauffmann. Ces tensions sur le logement, originellement observées dans les grandes métropoles, touchent désormais aussi les villes de taille moyenne. »

« Le logement est devenu un problématique sociologique grave »

Dès lors, comment agir ? Pour Alain Kauffmann, la réponse politique, d’où qu’elle vienne, n’est pas encore à la hauteur des enjeux : « Quand on regarde les programmes des divers partis, aucun d’entre eux ne prend ce dossier à bras le corps. » A l’étranger, la littérature scientifique sur la corrélation entre natalité et accès au logement désigne tout de même quelques initiatives qui ont connu un succès indéniable. Par exemple au Brésil, où l’attribution de certains logements sociaux à bas coût ou subventionnés se fait parfois par tirage au sort. Ces « loteries brésiliennes », telles qu’elles sont parfois désignées, ont notamment permis à des jeunes couples – à priori plus précaires financièrement et économiquement – de pouvoir se loger à un prix modéré. Le résultat est probant : chez les 20-25 ans, le fait de gagner la loterie immobilière a ainsi augmenté de 32 % la probabilité d’avoir un enfant et de 33 % le nombre total d’enfants au sein de cette tranche d’âge.

D’autres solutions, plus classiques, peuvent par ailleurs être citées : le développement de prêts à taux zéro jeunes pour améliorer l’accès précoce à la propriété, la hausse du nombre de logements familiaux en zones tendues etc…  « Ce sont évidemment des mesures dont le recours est soutenu par la CFTC » déroule Alain Kauffmann. Y compris au sein d’Action Logement, qui déploie des dispositifs comme Action cœur de Ville, qui vise à développer une offre nouvelle et attractive de logements locatifs, dans certains centres urbains. Si ces initiatives ne sont pas sans mérite, le vice-président d’Action Logement services veut aussi conclure en rappelant quelques fondamentaux : « Le prix du foncier et des loyers reste le coeur du sujet. Pour la CFTC, il faut que tout le monde acte une bonne fois pour toutes que le logement est devenu un problématique sociologique grave. Et agir en conséquence. »

AC