“Certaines précautions sont préconisées mais leur application est impensable”, Annie Toudic, présidente du Snec-CFTC

“Certaines précautions sont préconisées mais leur application est impensable”, Annie Toudic, présidente du Snec-CFTC

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Mercredi 15 avril 2020
Notre drôle de vie

Annie Toudic, présidente du Syndicat National de l’Enseignement Chrétien, réagit à l’annonce de la reprise des cours à partir du 11 mai. Le Snec-CFTC s’inquiète des conditions d’accueil des élèves. Et préconise des mesures drastiques afin d’assurer la sécurité des personnels comme des élèves.

Le président de la République a déclaré que les établissements scolaires allaient rouvrir le 11 mai. Comment accueillez-vous cette annonce ?

Emmanuel Macron a dit que les établissements allaient ouvrir mais sans expliquer comment nous allons faire. Son intervention pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Si bien que les enseignants sont anxieux quant aux conditions de la reprise.

Pour les tout petits, la distance sociale n’existe pas, quand il s’agit, par exemple, de les aider à mettre leur manteau ou de les consoler. Elle ne peut donc tout simplement pas être mise en oeuvre. 

En outre, nous allons réunir dans un même lieu un grand nombre de personnes venant d’endroits différents. Cela génère un risque important de contaminations.

En admettant que tout le monde porte un masque, la sécurité des enfants et des enseignants ne serait-elle pas garantie ?

Nous venons d’envoyer un courrier au ministre de l’Education nationale. Nous lui demandons de mettre en place des mesures telles que la mise à disposition de gel hydroalcoolique et de masques. Comment cela sera-t-il organisé ? C’est la grande inconnue. 

Par ailleurs, dans les bâtiments anciens, il y a bien souvent des couloirs étroits dans lesquels il est impossible de respecter la distance sociale. 

Les établissements peuvent en outre présenter des problèmes de ventilation selon qu’ils sont équipés ou non d’une VMC [ventilation mécanique contrôlée, NDLR].

Peut-on tout de même envisager de faire porter un masque à tous les élèves ?

Cela dépend. Dans les salles, peut-être, mais que se passera-t-il par ailleurs dans les cours de récréation ? Il y aura des moments où nous ne gérerons plus. 

Je pense également à la restauration collective. Même si nous ne faisons pas entrer tout le monde à la cantine en même temps, comment allons-nous faire respecter la distance sociale ? Le même problème se pose dans les internats. 

À ce jour, vous a-t-on donné un rendez-vous pour discuter des conditions concrètes de la reprise ?

Non. Emmanuel Macron a dit qu’il allait consulter les organisations syndicales. Celles de l’enseignement public, oui, mais pas nous, pour l’instant. Or nous aimerions bien pouvoir donner notre avis. Donc nous demandons à être consultés. Nous savons que les établissements vont rouvrir progressivement mais nous ne savons pas selon quels critères. 

Jean-Michel Blanquer non plus n’a pas été très précis. Il a dit qu’au ministère, ils allaient travailler sur la question. Mais nous constatons jusqu’ici qu’ils ne savent pas comment s’organise la vie d’une école. Certaines précautions sont préconisées mais leur application est impensable ! Ce qui est possible pour des adolescents ne l’est pas forcément pour de jeunes enfants !

Que pensez-vous de l’organisation du baccalauréat de cette année ?

Les épreuves sont remplacées par le contrôle continu. Sur ce point, nous n’avons pas le choix, vu la durée du confinement et étant donné que l’épreuve de philosophie était prévue le 17 juin. 

Mais alors, pourquoi maintenir l’épreuve anticipée orale de français ? Sachant que la préparation des oraux devra se faire dans un temps très limité ! Les professeurs de lettres ont d’ailleurs lancé une pétition.

Par ailleurs, dans chaque rectorat, une commission d’harmonisation des notes du bac doit se mettre en place pour limiter l’effet “établissement” sur les notes du contrôle continu. C’est une nécessité pour préserver l’équité entre les élèves.

Quelle latitude ont les chefs d’établissement dans l’enseignement privé ?

Ce sont eux qui, dans les faits, vont organiser la reprise des cours. Dans les établissements privés, les enseignants sont représentés au CSE au même titre que les salariés, mais il n’y en a pas partout. Là où c’est possible, il faudra donc prévoir une consultation du CSE et de sa CSSCT [Commission Santé Sécurité Conditions de Travail, NDLR] là où ils existent.

Votre interlocuteur n’est pas seulement le ministère de l’Education nationale mais aussi le Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique. Dialoguez-vous avec lui ?

Nous avons alerté le SGEC sur les conditions d’accueil des enfants de soignants mais nous n’avons pas été entendus. Leur priorité était d’accueillir ces enfants. Mais les conditions d’accueil ont été laissées à la libre appréciation des chefs d’établissements.

Au Snec-CFTC, nous demandions à réfléchir ensemble à la sécurité des personnes, notamment en mettant en place une coopération entre établissements. Notre priorité est la défense et la santé des personnels. 

En outre, l’accueil de ces élèves reposait sur le volontariat. Mais que fait-on là où il n’y a pas de volontaires ? On en désigne d’office.

Jusqu’ici, comment les enseignants du privé ont-ils été accompagnés pendant la période de confinement ?

Le SGEC a communiqué sur les ressources mises à disposition des enseignants pour assurer à distance la continuité pédagogique. Cela a mis en lumière la présence ou l’absence, avant le confinement, d’un travail en équipe dans les établissements. Dans le lycée agricole où je travaille, par exemple, un comité de pilotage a été mis en place. Le but est d’accompagner les enseignants, notamment en leur proposant des procédures et des tutos pour utiliser les outils numériques. Nous communiquons aussi entre nous par téléphone, mail et visioconférence. Les élèves aussi s’entraident beaucoup. C’est ce qu’a révélé notre enquête auprès des familles. Mais ils en avaient déjà l’habitude. Au CSE, nous allons proposer de pérenniser ce comité de pilotage, afin de poursuivre ce travail d’innovation pédagogique.

Propos recueillis par Laurent Barberon