Le syndicalisme, une histoire de couple

Le syndicalisme, une histoire de couple

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Vendredi 21 décembre 2018
Catherine et Yvon Herrero

Catherine, femme de ménage de 54 ans, et Yvon, jeune retraité de 62 ans, sont mariés depuis 40 ans. Respectivement présidente et secrétaire général du syndicat CFTC santé-sociaux du Lot-et-Garonne, ils nous expliquent comment ils concilient leur engagement et leur vie personnelle.

Comment vous êtes arrivés à la CFTC ?

Catherine : C’est mon mari qui m’a poussée à adhérer à un syndicat. J’ai choisi la CFTC pour le C final, qui correspond à mes convictions. C’était en 2009.

Yvon : Elle a pris sa carte et… la mienne !

Aujourd’hui, vous dirigez le syndicat santé-sociaux du département.

Catherine : Oui. Nous avons repris un syndicat en dormance, tenu à bout de bras par Florence Sanchez, qui était à la fois présidente, secrétaire générale, trésorière et référente des assistants maternels. Nous nous sommes appuyés sur cette structure qui ne comptait que des assistants maternels pour former un véritable syndicat santé sociaux. En quatre ans, nous avons réussi à faire 21 adhésions de salariés non assistants maternels. Soit des hospitaliers, des aides médico-sociales en instituts, des aides à domicile etc. Ces nouvelles adhésions enrichissent le syndicat.

Yvon : Attention, le syndicat ne se résume pas à nous deux. Il y a toute une équipe derrière. Bénévoles et adhérents, tous ont envie de s’investir auprès des salariés. Nous prenons les décisions collégialement.

Catherine : Tout à fait. Je suis présidente du syndicat depuis quatre ans mais j’ai toujours autant besoin des autres. Mon mari pour des questions juridiques. Mais aussi les autres membres du conseil, ou de la fédération pour m’aider à répondre aux questions que je ne maîtrise pas. Cela me permet d’apprendre et d’avancer.

A quoi ressemble votre quotidien ?

Yvon : Du lundi au dimanche, nous sommes CFTC. Le jour comme la nuit. Nous vivons et nous dormons CFTC.

Catherine : Nous assurons toute la gestion financière et administrative du syndicat de chez nous. Les dossiers problématiques peuvent devenir très vite envahissants.

Yvon : Hormis ces cas, nous sommes ravis de partager notre engagement. Notre organisation est la suivante : je suis le spécialiste des questions juridiques. J’ai aussi créé un tableau excel pour gérer le syndicat. Catherine, elle, s’occupe du relationnel.

Vous faites tout, ensemble ?

Catherine : Lorsque mon mari a pris sa retraite de l’armée, nous avons commencé à travailler ensemble dans la même association. Nous nous sommes d’abord engagés auprès de ces salariés et désormais à la CFTC. Alors, non, on ne se quitte plus. En même temps, nous avons signé pour cela il y a plus de 40 ans (rires).

Comment vous vous êtes rencontrés ?

Catherine : Nous nous sommes rencontrés très jeunes. Chez ses parents. Nous nous sommes mariés quand j’avais 17 ans et lui, 25 ans. Malgré les difficultés que tout couple connaît parfois, on n’a pas envie de « tout plaquer ». Je crois que ça durera encore un moment (rires).

Dans le mouvement, qu’est-ce qu’on dit de vous ?

Catherine : Souvent, on nous appelle les amoureux.

Yvon : Dans les réunions où l’on ne connaît personne, je préviens que nous sommes en couple. On est plutôt bien accueilli.

Des anecdotes à nous raconter ?

Yvon : Lors des stages, certains formateurs nous séparent. Ils disent : « le couple infernal là… »

Catherine : « Les Herrero, on ne vous veut pas ensemble ». C’était le cas à la formation Communication orale.

Yvon : A Paris aussi lors de la formation des dirigeants.

Catherine : Cela arrive souvent finalement.

De quoi êtes-vous le plus fiers ?

Catherine : Notre résultat aux dernières élections TPE : 10,92 %. Il s’agit là du résultat d’une belle collaboration entre les syndicats santé sociaux et CSFV (commerce-service-force de vente).

Yvon : L’union départementale ou les équipes santé-sociaux ?

Catherine : Les équipes santé-sociaux et CSFV. Mais, chacun a abattu un travail conséquent. Cela a rejailli sur tout le département.

CB : J’assiste à un petit désaccord ?

Catherine : Il ne s’agit pas d’un désaccord mais d’un éclairage.

Yvon : Voilà, c’est toujours comme ça (rires).

Avez-vous essayé d’embarquer d’autres de vos proches dans cette aventure syndicale ?

Catherine et Yvon : Nous avons essayé, en vain. Pour l’instant. Seule notre fille aînée, en proie à des difficultés dans son entreprise, nous parle de ses conditions de travail et vient nous demander conseil. Nos plus jeunes enfants, eux, cherchent en priorité un emploi.

Yvon : Le seul moment où nous ne parlons pas de la CFTC, ce sont les repas de famille.

Etre en couple vous aide à mieux vivre votre engagement ?

Catherine : Oui, surtout dans les difficultés.

Yvon : Nous avons découvert des gens formidables à la CFTC. Du moins un grand nombre…

Catherine : C’est sur ce genre de sujet que nous ne partageons pas le même point de vue. On ne peut pas s’entendre avec tout le monde… Dans ce cas précis, je demande à Yvon de ne pas prendre les choses à cœur. D’autres fois, c’est moi qui m’emporte. Alors, il me rassure et m’aide à positiver. Etre à deux permet d’aborder les choses qui fâchent et de se soutenir mutuellement.

A l’inverse, qu’est-ce que votre engagement à la CFTC apporte à votre couple ?

Catherine : Dans les séminaires ou formations, nous fréquentons des militants de différents métiers, des métiers parfois inconnus de notre univers. C’est tellement instructif. Par exemple, lors d’un séminaire régional sur la mise en place du CPF, j’étais complètement perdue. Je ne comprenais rien aux explications. A côté de moi, se trouvait un militant, ingénieur chez Thalès. Qui m’a avoué : « je n’y comprends pas plus ». Cela m’a décomplexée. La CFTC aplanit les différences sociales.

Appliquez-vous particulièrement les valeurs de dialogue et de négociation de la CFTC à votre couple ?

Catherine : Nous nous rejoignons sur de nombreux sujets. Nous favorisons le dialogue au lieu des « coups de gueule ». On ne s’engueule quasiment pas.

Yvon : Juste pour le programme télé (rires). Dans ce cas, je vais cueillir des fraises dans le jardin ou chacun s’installe à un bout du canapé (rires).

Catherine : Dormir sur le canapé, cela n’est jamais arrivé… Même en cas de désaccord grave, nous discutons et cherchons une solution. Toujours dans un esprit constructif, à la manière de la CFTC.

 

Propos recueillis par Chantal Baoutelman