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Face à la hausse des prix du carburant, la filière pêche se mobilise

24 septembre 2026 | Social

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Le ton monte sur les littoraux. Face à la hausse des prix du carburant, qui les plonge dans une situation intenable, des marins-pêcheurs ont bloqué des raffineries. Pour apaiser le climat social, le gouvernement vient d’annoncer le relèvement de certaines aides allouées aux pêcheurs français. Bruno Dachicourt – conseiller mer et littoral à la Fédération CFTC de l’Agriculture –explique pourquoi ce sentiment de ras-le bol-ne peut pas être circonscrit à la seule question des hydrocarbures, les acteurs de la filière pêche devant notamment composer avec une réglementation européenne perçue comme trop éloignée des réalités du terrain.

Bruno, des pêcheurs ont récemment bloqué certains dépôts de carburant, un mouvement parti des côtes méditerranéennes. Pourquoi une telle colère aujourd’hui?

En Méditerranée, c’est une véritable accumulation de choses. Evidemment, il y a d’abord le prix du carburant, qui continue de grimper. Pour limiter l’impact de ces hausses, des aides de l’Etat – validées par la Commission européenne-  existent mais les pêcheurs restent très dépendants de la variation du prix des hydrocarbures. A titre d’illustration, si l’on doit débourser plus de 60 centimes par litre, notre activité n’est actuellement plus rentable…

Notre mobilisation a heureusement permis de faire comprendre au gouvernement que ce n’était plus tenable : le Premier ministre a ainsi annoncé ce mercredi le relèvement de 25 à 35 centimes d’euros par litre le montant de l’aide accordée aux pêcheurs français. C’est une bonne chose, mais d’autres problèmes structurels demeurent et la filière pêche reste en souffrance.

Quels sont ces problèmes structurels ?

D’abord, les pêcheurs français et européens sont soumis à une pression réglementaire étouffante. La Commission européenne nous impose notamment un plan de gestion pour préserver les ressources naturelles, qui réduit sans cesse le nombre de jours en mer que peuvent passer les bateaux. Cela enferme nos professionnels dans un terrible « effet ciseaux » : d’un côté, le coût des sorties en mer explose à cause du gasoil. De l’autre, on leur réduit leur nombre de jours de pêche autorisés… Ils n’ont donc plus la possibilité d’amortir leurs frais, en passant plus de temps en mer pour se refaire. La CFTC juge qu’il est bien sur légitime de protéger la biodiversité. Toutefois, il faudrait aussi davantage tenir compte de ces aspects sociaux- économiques réels. Et donc, ne pas seulement suivre les avis de la Commission européenne, qui est souvent déconnectée du terrain sur le sujet.

Concrètement, où se situe cette déconnexion ?

Les réglementations européennes sur la pêche sont paramétrées selon des modèles qui regroupent des données récoltées sur plusieurs années – parfois jusqu’à 10 ans. Mais une décennie, c’est long : entre le Brexit, le réchauffement climatique ou l’installation d’éoliennes en mer, notre environnement a changé, les ressources aussi ! Je vous donne un exemple pratique : aujourd’hui, on trouve aussi bien du thon dans la Manche qu’en Méditerranée. Pourtant, les pêcheurs de la Manche ne se voient pas attribués de quotas pour ces poissons, contrairement à leurs homologues du sud de la France. Enfin, les contraintes administratives explosent : tout est déclaratif, même les petits bateaux de moins de 12 mètres doivent être géolocalisés… Les marins, surtout ceux qui officient sur de petites embarcations, sont soumis à une surveillance qui leur semble excessive.

En Guadeloupe, les pêcheurs face au fléau des sargasses

De retour d’un déplacement professionnel en Guadeloupe, Bruno Dachicourt tient aussi à alerter sur le cas particulier des pêcheurs Antillais. Déjà confrontés aux mêmes difficultés économiques que les métropolitains, ils font face à une urgence écologique et matérielle majeure : les sargasses.

Ces algues envahissent les côtes et usent prématurément les équipements (moteurs de pêche, électronique embarquée…). Les volumes sont devenus colossaux : on parle aujourd’hui de milliers de tonnes d’algues qui s’échouent chaque année sur les côtes de l’île. Le ramassage est devenu un défi logistique permanent et couteux pour la collectivité.

Pour faire face à l’ampleur du phénomène, un Groupement d’Intérêt Public, le GIP Sargasses, a été créé. Il permet de mutualiser les moyens techniques et financiers entre l’État, les intercommunalités et la région, pour éviter que chaque commune littorale ne doive affronter seule ce fléau.

Le syndicat des marins-pêcheurs CFTC a officiellement exprimé son soutien aux pêcheurs méditerranéens, qui ont été les premiers à se mobiliser et à bloquer des raffineries. Le mouvement de protestation s’est-il étendu à d’autres façades maritimes ?

Bien sûr, on a par exemple vu des pêcheurs se mobiliser dans le sud de la Bretagne. Sur d’autres côtes, les sources de tension s’accumulent aussi. Par exemple dans la Manche, où l’ile britannique de Jersey vient d’interdire la pêche dans une vaste partie de ses eaux aux bateaux français. La pêche artisanale y subit aussi la concurrence déloyale de bateaux de plus de 25 mètres, qui rentrent dans la zone de 12 miles des eaux françaises (NDLR : dans cette bande d’eau de mer – qui s’étend jusqu’à 22,2 kilomètres des côtes – l’État riverain exerce sa pleine souveraineté et réserve en principe la pêche à ses propres navires). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais vous voyez bien que les obstacles à contourner sont nombreux, pour réaliser notre métier dans de bonnes conditions. Ces difficultés freinent d’ailleurs les vocations, à l’heure où l’on peine à remplacer les salariés du secteur partant à la retraite.

Aujourd’hui, 78% du poisson que l’on consomme en France est importé, selon FranceAgriMer. Comment considérer ce chiffre ?

C’est beaucoup et cela illustre aussi la nécessité de soutenir notre filière pêche nationale ! Pour la CFTC, protéger les pêcheurs et les métiers qui leur sont associés, c’est aussi répondre à ces enjeux de souveraineté alimentaire, qui sont déterminants.

Tous propos recueillis par Paul Mercier