« Je dédie mes mercredis à mes collègues », Isabelle, militante CFTC

« Je dédie mes mercredis à mes collègues », Isabelle, militante CFTC

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Vendredi 3 août 2018
MILITANTISME

Isabelle Paul a 45 ans et roule pour la CFTC

Isabelle Paul a 45 ans. Elle a démarré comme conductrice à Voyages Cordier il y a 20 ans. Déléguée du personnel, élue CE et vice-présidente du syndicat Transports Pays-de-la-Loire, elle nous raconte son métier.

Quels sont vos horaires ?

Je travaille à plein temps. Il m’arrive de commencer à 5h15 le matin, d’avoir par exemple trois heures de coupure sur place et de terminer tard le soir. Le transport de voyageurs demeure une activité spécifique. 80% de notre activité reste le transport scolaire. Les salariés peuvent partir 13 heures d’affilée comme 5. Les heures de coupure, très courant dans notre secteur, sont payées à seulement 25 % ou à 50 % selon notre convention collective. Mon entreprise est l’une des rares du département à payer ces heures d’attente à 100 % car nous avons signé un accord en ce sens.

Et les salaires dans le secteur ?

Personnellement, je gagne environ le SMIC pour 163 h par mois. Cette moyenne peut atteindre 260 h en période haute.
Dans le transport de marchandises, les salariés travaillent en moyenne 200 h par mois. A l’international, ils partent le dimanche soir pour rentrer le vendredi ou le samedi soir. Leur salaire de base se situe entre 1600 et 2000 € nets par mois. Cela peut effectivement aller jusqu’à 3000 € car le salaire net des routiers est calculé en fonction des frais de déplacement. A la retraite, le désenchantement peut être total. Le montant de la pension n’inclut pas les frais de déplacement et cela peut représenter une grosse perte de pouvoir d’achat.

Le métier reste-t-il masculin ?

Cela n’est plus vrai. Le métier se féminise, surtout dans le transport de voyageurs. Lorsque j’ai commencé ma carrière, il y a 20 ans, on comptait environ 20 % de femmes. Aujourd’hui, cette proportion a doublé. La raison est simple : le secteur embauche fortement à mi-temps. Il attire de nombreuses femmes en quête d’une source ou d’un complément de revenus. Hélas, elles se rendent compte que la flexibilité de nos horaires ne permet pas d’avoir une deuxième activité, ni d’être disponible autant qu’elles le voudraient pour leur famille. De plus, certaines se retrouvent à payer des frais de garde alors que leur salaire moyen stagne à 600 € net par mois.

A quels défis devez-vous faire face ?

Nos collègues du transport de marchandises rencontrent les mêmes problématiques : horaires variables et décalés, salaire bas, manque de personnel… A cela s’ajoute une moyenne d’âge élevée, 40-45 ans. Soit une population vieillissante, que nous n’arrivons pas à remplacer lorsqu’elle part à la retraite. L’attractivité de nos métiers reste l’un des défis majeurs de notre secteur et l’une des questions sur laquelle nous travaillons au syndicat Transports Pays-de-la-Loire.

Conductrice de car et militante, comment gérez-vous vos mandats ?

A sillonner les routes, je ne suis pas toujours présente dans l’entreprise. Mais, je dédie mes mercredis à mes collègues. Beaucoup s’interrogent sur les salaires, ou la convention collective. Cette parenthèse hebdomadaire me permet de répondre à leurs questions. Depuis qu’ils savent que je siège à la Carsat, ils me sollicitent davantage au sujet de la retraite. De la même manière, grâce à mon mandat au Ceser, je peux remonter leurs demandes à notre principal donneur d’ordre, la région, ou leur expliquer les décisions de celle-ci. Je peux donc concrètement les aider grâce à mes mandats. Être utile est mon moteur. Mon fils l’a bien compris. Interrogé en CE2 sur le métier qu’il souhaitait exercer plus tard, il a répondu : « Je veux faire syndicaliste pour aider les gens comme maman. » C’est une image positive de notre mission. Et la preuve que la relève est assurée (rires).

Chantal Baoutelman
Crédit photo : Bernard Gouédard