La citoyenneté vue par l’enseignement libre

La citoyenneté vue par l’enseignement libre

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Snec-CFTC : un colloque sur l’éducation à la citoyenneté

L’enseignement chrétien n’est pas en reste, en matière de citoyenneté républicaine. C’est ce qu’ont démontré les participants au colloque organisé par le Syndicat national de l’enseignement chrétien (Snec-CFTC), le 4 avril 2017, à l’occasion du cinquantenaire de Snec Informations, le magazine du syndicat.

L’événement s’est déroulé au Conseil économique, social et environnement (CESE), et a réuni plus de cent personnes : représentants du monde de la recherche, de l’enseignement catholique, de la jeunesse chrétienne, du travail, et de la confédération CFTC. Il en ressort qu’une citoyenneté effective suppose une éducation de la personne, centrée sur la vertu.

Une crise du « nous »

« Crise du « nous » », c’est ainsi que Marc Vanesson, délégué général de « Vers le Haut », centre d’études et d’actions dédié aux jeunes, aux familles et à l’éducation, nomme avec éloquence le malaise dans la civilisation.
Les citoyens, de plus en plus isolés, ne parviennent plus à partager une culture commune. On ne se connaît pas, on ne se comprend pas. C’est un véritable « choc des incultures », qui conduit à la violence, au repli identitaire et à l’ignorance de l’autre ; « à la barbarie », affirme même Francis Castelain, ancien président du Snec-CFTC.

Tout le contraire de la citoyenneté, en somme. On pense, entre autres, aux comportements inadaptés de certains élèves, en cours ou pendant la minute de silence après les attentats de janvier 2015. Un défaut de savoir-être qui les poursuivra au-delà de leur scolarité…
Devant ce constat, Vers le Haut propose de réarmer les jeunes d’une culture commune ; de favoriser la mixité sociale à l’école ; de recréer des liens entre populations, notamment via le tissu associatif ; et de souder les jeunes entre eux autour d’actions de solidarité. Bref, d’enclencher un cercle vertueux de la citoyenneté.

Cultiver la vertu, cultiver les personnes

« Plutôt que de former des citoyens, explique Pascal Balmand, secrétaire général de l’enseignement catholique, nous préférons former des personnes, la personne englobant le citoyen ».
L’enseignement chrétien forme des personnes en leur apprenant à cultiver « des vertus », et sachant que « l’essentiel se joue dans le quotidien de la classe ». Quand la valeur du « vivre-ensemble » consiste à « essayer de ne pas trop se taper dessus », la vertu de la fraternité, elle, apprend à faire de son ennemi un ami, selon les termes de Pascal Balmand.

Cette citoyenneté vertueuse passe par une mise en pratique, plutôt que par des cours théoriques. Une conviction affirmée à plusieurs reprises au cours de la journée. Les petites choses qui font la vie de la classe engagent en effet la personne dans son entièreté. « Quand le travail sur la politesse porte ses fruits, c’est une grande victoire », témoigne, avec émotion, Annie Toudic, nouvelle présidente du Snec-CFTC, et professeur dans un établissement agricole accueillant des élèves en difficulté.

L’engagement dans la Cité

La citoyenneté s’apprend aussi par l’engagement des jeunes. Dans les programmes de l’enseignement moral et civique (EMC), et depuis bien longtemps dans les établissements privés sous contrat, des projets de classe ou d’établissement, souvent à caractère humanitaire, sont prévus.
Les associations de jeunesse prolongent ce type d’engagement, comme en témoignent Etienne Herboud, représentant les scouts et guides de France, et Simon Coutand, du MRJC (Mouvement rural de jeunesse chrétienne), deux mouvements qui conjuguent fraternité et engagement depuis leur création.

Paul Wintenberger, professeur d’histoire-géographie et d’EMC, explique que la jeunesse s’engage plus tardivement qu’autrefois et davantage dans les associations que dans la politique. « Dans des choses concrètes », ajoute Vladimir Djordjevic, responsable du groupe Jeunes à la CFTC, qui mise sur les prochains départs à la retraite d’un grand nombre de syndicalistes pour recruter des jeunes.

Si l’enseignement chrétien a encore prouvé au cours de cette journée qu’il disposait de ressources pour se renouveler, il n’en demeure pas moins que la famille reste un maillon essentiel dans l’apprentissage de la citoyenneté. Pour Marc Vanesson, « on demande trop souvent à l’école de se substituer à la famille ». Au contraire, « il faut réaffirmer les parents comme éducateurs », l’école se chargeant de l’instruction. « Le défi des politiques familiales, poursuit-il, est le soutien à la parentalité, afin que les parents transmettent la confiance à leurs enfants. »
En effet, la fonction parentale est de plus en plus difficile à exercer, et doit être appuyée par la Cnaf, affirme son président Jean-Louis Deroussen, également conseiller spécial du président de la CFTC.

Laurent Barberon.

Crédit photographique : Bernard Gouédard