« J’ai milité avec des personnes qui m’ont inspirée », Alice Ultsch

« J’ai milité avec des personnes qui m’ont inspirée », Alice Ultsch

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Jeudi 4 juillet 2019
MILITANTISME

Alice Ultsch est née à Cocheren, en Moselle. Son père était employé des chemins de fer et sa mère, femme au foyer. Elle, tout au long de sa vie, se consacrera à la CFTC.

Vous êtes au service de la CFTC depuis soixante-neuf années. Commençons par le commencement : racontez-nous vos premiers pas à la CFTC…

J’ai été embauchée par le syndicat des mineurs CFTC, à Merlebach (aujourd’hui Freyming-Merlebach, en Moselle, ndlr) le 1er novembre 1950.

J’avais un brevet et un CAP de sténodactylo et comptabilité et j’étais parfaitement bilingue français-allemand. Ce qui était très utile au quotidien car, à cette époque, dans notre région frontalière, une partie de la population ne maîtrisait pas la langue française et parlait le patois francique, qui est un dérivé de l’allemand. Les publications CFTC étaient réalisées dans les deux langues : La Voix du Mineur Lorrain / Der Querschlag mais aussi les communiqués de presse, les circulaires, les tracts et les affiches.

En quoi consistait votre travail ?

J’ai tout de suite tenu des permanences sociales dans des villes du bassin houiller, comme L’Hôpital ou Forbach, mais également dans les locaux du syndicat. Et cela pendant plusieurs années. J’effectuais aussi les travaux de secrétariat et les tâches administratives. Et je gérais les cotisations qui étaient collectées manuellement dans les sections syndicales de plus de 100 villages du bassin. À cette époque, je rédigeais les décomptes et les bordereaux à la main et sur papier.

Étiez-vous vous-même adhérente à la CFTC ?

J’ai adhéré à la CFTC dès mon embauche ! C’est pourquoi la scission de novembre 1964 est un de mes souvenirs les plus pénibles. J’ai fait partie de ceux qui sont restés fidèles à la CFTC, non seulement parce que j’y travaillais, mais aussi parce que j’y militais activement… Et j’ai pris part à la reconstruction de la CFTC et du syndicat des mineurs dans le bassin houiller sans compter mon énergie et mes heures.

Vous avez aussi connu la grève de 1963 ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

Elle reste gravée dans ma mémoire. Le syndicalisme chrétien représentait une force dans le bassin houiller de Lorraine. J’ai partagé le quotidien des mineurs dans cette période difficile de grève dure et longue. Pendant cinq semaines, j’ai passé des journées et des soirées à mettre en page les tracts et les affiches pour faire passer sur les puits les informations sur les négociations avec la direction. Le « cartel intersyndical » se réunissait chaque jour au Café de la mairie, à côté du syndicat des mineurs, et j’en étais l’appui administratif. Nous n’avions ni ordinateurs ni moyens de reproduction modernes. Les tracts étaient imprimés à la force des bras, et les mains dans l’encre.

D’autres événements vous ont-ils marquée au cours de votre parcours avec la CFTC ?

Parmi mes souvenirs les plus marquants, je citerai la venue de Robert Schuman, le père de l’Europe, au congrès des mineurs, à Merlebach, alors que je venais de commencer à y travailler. Il a, dans son discours, exposé son projet d’unification des industries européennes du charbon et de l’acier dans une communauté européenne. Ça ne s’oublie pas !

Aujourd’hui encore, vous vous rendez chaque jour au local des mineurs ?

Oui. Depuis ma retraite, en 1996, je continue à œuvrer bénévolement du lundi au vendredi pour le syndicat. J’assure l’accueil, ainsi que le standard téléphonique ; j’accompagne des personnes qui viennent nous voir pour des démarches administratives ; je rédige des courriers et je traduis des textes en allemand pour les caisses de retraite d’outre-Rhin… Je fais de la relecture depuis de nombreuses années pour La Comète, le magazine de la fédération CFTC CMTE (chimie mines textile énergie, ndlr) réalisé par ma fille, Martine Ultsch, qui travaille depuis trente-cinq ans à la CFTC. J’ai également exercé la fonction de trésorière du syndicat des mineurs retraités pendant neuf ans, jusqu’à la fusion en 2007 des syndicats actifs et retraités, où j’ai assuré jusqu’en 2010 la fonction de trésorière adjointe. Je suis encore à ce jour réviseur aux comptes du syndicat.

Pour quelles raisons êtes-vous attachée à la CFTC ?

Pour ses valeurs humaines et morales. La CFTC est pour moi comme une seconde famille. J’y ai travaillé et milité avec des personnes de valeur qui m’ont inspirée dans mon engagement. J’ai pu côtoyer au fil des ans des personnalités de la CFTC qui m’ont particulièrement marquée, telles que Joseph Sauty (président confédéral) et Henri Meck (qui a œuvré à l’implantation de la CFTC au sein des houillères de Lorraine), mais également Jean Bornard (alors qu’il était encore président de la fédération des Mineurs dans les années 70, avant qu’il ne devienne président confédéral) et tant d’autres ! Sans oublier Robert Mourer, un grand homme de la CFTC Mineurs du Bassin houiller de Lorraine.

Quels principaux changements observez-vous dans la vie syndicale ?

Pendant toutes ces années, j’ai vu évoluer le syndicalisme. Les mentalités ont changé. Même si les temps ont été difficiles, j’ai vécu mes meilleurs moments pendant les quarante premières années de mon activité. Aujourd’hui, je sens que l’individuel a quelque peu pris le dessus sur le collectif.

Qu’auriez-vous envie de dire aux plus jeunes qui entrent dans la vie professionnelle ?

Que le syndicalisme CFTC est fondamentalement attaché au respect de la personne. La Confédération, qui fête ses 100 ans cette année, mérite d’être connue et reconnue. On constate que le syndicalisme est en perte de vitesse mais, dans les congrès et les forums auxquels je participe, je vois tout de même que les jeunes s’investissent à la CFTC et dans leurs entreprises. C’est une bonne chose pour l’avenir de la Confédération et pour la défense des salariés. J’ai confiance en notre jeunesse pour changer les choses.

 

Stéphanie Baranger

Crédit photographique : Bernard Gouédard