Ford Blanquefort : Une triste histoire

Ford Blanquefort : Une triste histoire

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Lundi 27 mai 2019
Métallurgie

4 mars 2019 : le plan de sauvergarde de l'emploi(1) de Ford Aquitaine Industries est validé. Après des mois d’incertitude et d’espoirs déçus, les salariés de l’usine Ford de Blanquefort sont malheureusement assurés d’une chose : l’arrêt de la production est fixé au 1er août prochain.

Le constructeur automobile avait annoncé en février 2018 qu’il ne voulait plus investir sur le site de Blanquefort. En janvier 2019, la Direccte2 refusait de valider le plan de sauvegarde de l’emploi. Le 25 février, l’ultime offre de Punch3 pour la reprise du site était refusée par Ford. En mars, une nouvelle mouture du PSE est finalement homologuée.

Pour Jean-Luc Gassies, le DS CFTC de l’entreprise, cette fermeture est « une catastrophe humaine ». Avec la CFTC, il « réclamait depuis des années une diversification du site industriel. Le secteur de la métallurgie en France connaît de nombreux dégâts industriels et humains. Il nous faudrait mener une réflexion à une échelle plus grande ! »

Le DS rappelle qu’en 2000, « plus de 3 000 personnes travaillaient chez Ford Blanquefort ». On y fabrique des boîtes de vitesse automatiques depuis 1972. « Aujourd’hui, les bâtiments industriels et une partie des machines sont vétustes », déplore Jean-Luc Gassies. De poursuivre : « Le site est à moitié vide depuis 2011 et un premier PSE en 2006 ».

Fin décembre 2018, ils étaient exactement 849 salariés. Moyenne d’âge : 51 ans. « Nous ne sommes plus aujourd’hui que 690, précise Jean-Luc Gassies. Beaucoup font valoir leur droit à la préretraite [le PSE permet de partir jusqu’à sept ans avant la retraite à taux plein] et une dizaine de salariés ont trouvé du travail ailleurs… »

Les salariés éligibles au départ en préretraite ont jusqu’à fin juin pour adhérer au dispositif. Les autres – entre 400 et 550 personnes – devraient être licenciés en septembre. Leurs dossiers seront transférés à un cabinet de reclassement – pour le choix duquel les représentants du personnel ont été exclus.

Confiance dans l’accompagnement CFTC

« Notre travail, dans les mois qui viennent, témoigne Jean-Luc Gassies, c’est d’accompagner les salariés via une commission de suivi. D’abord jusqu’au 1er août. Puis au moins jusqu’en 2021. »

Malgré la fermeture imminente, l’élection d’un CSE a eu lieu (après moult reports), le 11 avril. La CFTC est la 2e organisation syndicale, avec plus de 26 % des voix dans le premier collège (ouvriers, employés) et près de 20 % au total. C’est plus qu’aux dernières élections, signe de la confiance que la CFTC inspire.

L’outil de production ? Jean-Luc Gassies ne sait pas du tout ce qui en sera fait : « Une ligne d’assemblage sera peut-être récupérée par Ford, tout comme d’autres machines d’usinage ». Ford est aussi propriétaire des terrains. Le transfert des bâtiments et du foncier pourrait se faire pour 1 € symbolique au bénéfice des collectivités territoriales concernées. « C’est en discussion entre avocats, ça prendra du temps ». Dans tous les cas, « il restera du personnel RH et des employés jusque mi-2021 pour démonter les machines, sécuriser le site… », affirme le DS CFTC. Sans parler de la dépollution nécessaire ! À court terme, il semble bien compliqué qu’un projet puisse voir le jour.

 

Stéphanie Baranger

 

(1) Initialement dénommé « plan social », le plan de sauvegarde de l’emploi a été instauré par la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002. Il s’agit d’un dispositif légal mis en place « afin de limiter les conséquences des licenciements collectifs », notamment par des mesures de reclassement et d’adaptation.

(2) Direccte : Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.

(3) Punch Motive International, propriétaire de Punch Powerglide Strasbourg, anciennement General Motors Strasbourg.

Crédit photographique : Foundry / Pixabay