Femmes militantes, cela vous aurait-il aidé d’être un homme… ou pas ?

Femmes militantes, cela vous aurait-il aidé d’être un homme… ou pas ?

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Vendredi 8 mars 2019
Journée des Droits des femmes

Isabelle Thérain, 60 ans Enseignante du second degré (Hauts-de-France) - Trésorière confédérale

« Dans ma profession, il n’y a aucune différence entre femmes et hommes. Dès lors que l’on est admis au concours, on évolue de la même manière. La question se pose davantage pour les postes de direction. Si j’avais été un homme, j’aurais peut-être été chef d’établissement, car c’est un poste qui requiert une grande disponibilité et qui ne m’aurait pas permis d’assumer des responsabilités syndicales. Je n’aurais donc pas été trésorière!  Hormis  ce  cas,  dans   l’absolu, je ne rencontre pas de difficultés. Même lorsque j’ai pris mes fonctions au bureau confédéral, pourtant largement masculin. Question de tempérament… Et il faut être bien entouré! Mes débuts au Snec Nord à Lille comme trésorière sont plutôt dus à mes compétences. Le Snec national a également pensé à moi  pour le mandat de trésorière parce que j’avais fait mes preuves dans la plus grosse section départementale et j’avais tenu la comptabilité du Snec national. Est-ce qu’une femme présidente serait traitée pareillement au SNEC? »

Mathilde Bouillon, 37 ans, Infirmière à l’EPSM (établissement public de santé mentale) de Bailleul, Hauts-de-France, Titulaire au comité technique d’établissement

« Être un homme aurait changé les choses dans ce milieu syndical fortement masculin. Surtout à des postes à responsabilité où les femmes sont sous-représentées. Parce que nous devons tout concilier (vie privée, professionnelle et syndicale) et ce n’est pas toujours possible, notamment pour les déplacements réguliers sur le plan national… Ceci dit, la nouvelle génération de femmes actives s’investit et s’affirme davantage. Dans ma section, par exemple, 70 % d’élus sont des femmes. Nous avons cette chance d’avoir réussi le transfert des compétences avec les anciens, partis à la retraite et qui continuent de nous aider. »

Linda Benmouma, 37 ans, Infirmière au centre hospitalier Saint-Jean-de-Dieu de Lyon - Déléguée syndicale

« Être un garçon m’aurait permis de m’imposer rapidement et de gravir les échelons plus vite. Sans aucun doute. Le milieu syndical reste très masculin, voire macho. Il n’est pas si naturel de faire une place aux femmes. Alors oui, on rencontre quelques difficultés au début. On a presque l’impression de ne pas mériter d’être là! Pourtant, ce choix demande plus de sacrifices à une femme. La société attend de nous que nous nous occupions davantage des enfants : difficile à concilier avec une vie militante! Mais, lorsque l’on a trouvé sa place, la reconnaissance et l’estime de nos camarades sont deux fois plus grandes ».

Florence Hodel, 36 ans, Aide-soignante à Mulhouse - Représentante des Jeunes CFTC au Conseil confédéral et à l’UD du Haut-Rhin

« Être un garçon n’aurait pas changé les choses, ni dans ma vie professionnelle ni dans mon engagement syndical. Je travaille dans un milieu assez féminisé, d’où l’absence de problème. Toutefois, je reconnais que les postes les plus gradés sont occupés par des hommes… Dans la vie syndicale, lorsqu’on a suivi une bonne formation, qu’on sait s’affirmer et avoir du répondant, la différence n’existe pas. Au contraire, être une femme se révèle parfois un atout pour transmettre certains messages, car on y met davantage de tact. »

Laurence Roger, 61 ans, Enseignante, cheffe d’établissement, Pays de la Loire - Représentante de la CFTC au Cese, défenseur prud’homal

«« J’ai présidé le Snec-CFTC de 2008 à 2015. Durant cette période et notamment les premières années, les personnes dans les conseils d’administration, autour des tables de négociation,étaient essentiellement des hommes. Pour être reconnue, il a fallu de la persévérance, du temps… et prouver sa compétence. L’homme n’a pas à le faire ! Il l’a à priori s’il atteint un poste de pouvoir. Au départ, je dois dire que c’est stimulant ; c’est un défi intéressant, intellectuellement. Mais, à la longue, ça use !
Proposer un poste à responsabilité à une femme c’est s’abstraire d’une pensée sur sa possible indisponibilité si elle veut fonder une famille.

Dans beaucoup de couples, aujourd’hui, il y a un vrai partage du travail. A l’instar des pays nordiques, la France aura fait un grand pas lorsque les hommes pourront mettre entre parenthèse leur carrière pour s’occuper de leurs enfants pendant deux ou trois ans sans qu’il puisse être dit que c’est au détriment d’une évolution professionnelle.
Beaucoup de jeunes femmes actuellement ont un haut niveau d’études. Elles excellent dans leur profession. Mais il y a encore , même de leur part, une forme de réticence à considérer que s’épanouir et progresser dans son travail n’est pas incompatible avec une vie de couple et une vie de famille équilibrée et harmonieuse. L’épanouissement au travail a des répercussions positives dans le rôle de mère.  »

Jacqueline Valli, 77 ans, Retraitée de la fonction publique territoriale, Île-de-France - Présidente de l’Unar-CFTC (Union nationale des retraités)

« Être un homme n’aurait rien changé pour moi! Que ce soit dans ma vie professionnelle à la Mairie de Paris ou à la CFTC, je n’ai senti aucune différence de traitement ni rencontré de problème particulier parce que j’étais une femme.»

Isabelle Paul, 45 ans, Transport interurbain - DUP, SG du syndicat des transports des Pays de la Loire, membre du Ceser, siège à la Carsat

« C’est notre personnalité qui fait la différence! En 20 ans, dans mon entreprise de transport, les choses ont changé… Mais être une femme n’a jamais vraiment été un souci pour moi. Mon expérience syndicale me porte à penser que tant qu’on est crédible, peu importe que l’on soit un homme ou une femme. Je dirais même que dans mes mandats, cela m’a servi d’être une femme. Un exemple me vient. En 2015, pendant les grandes grèves dans les transports, j’étais déjà secrétaire générale du syndicat régional CFTC des transports, et sur les piquets de grève jour et nuit! Les journalistes venaient essentiellement voir les deux seules femmes présentes! J’étais très souvent interviewée et on voyait la CFTC dans les médias.»

Crédits photographiques : Bernard Gouédard, Chantal Baoutelman, Patrick Héraud (Une : Rawpiwel / Pixabay)