Un aidant en burn-out

Un aidant en burn-out

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Lundi 24 juin 2019
Dossier : aidants

Christian Marcel*, 50 ans, est aide-soignant à l’assistance publique – hôpitaux de paris (AP-HP). Initialement reparti en Bretagne pour se soigner, il s’occupe désormais de son père de 80 ans, atteint de la maladie d’Alzheimer.

Suite à un burn-out en 2016, Christian Marcel, en arrêt maladie, a décidé de rentrer en Bretagne. Il pensait s’y reposer et se reconstruire. Six mois plus tard, son père à la retraite commence à avoir des pertes de mémoire. Le diagnostic tombe : le père de Christian est atteint de la maladie d’Alzheimer.

L’aide-soignant, qui a un projet de formation en vue d’une reconversion, met tout entre parenthèses pour s’occuper de son père : « Je devais trouver une solution. J’avais un logement dans le Morbihan. Dans mon immeuble, j’ai pu trouver deux appartements, l’un au-dessus de l’autre. J’ai tout aménagé. C’est comme si nous avions un duplex. »

Un job à temps plein, et au-delà…

Pendant les premiers temps, la vie de l’ancien Francilien tourne entièrement autour de son père. Il gère repas, courses, promenades. Rapidement, il prend conscience que l’état de son père demande d’être à proximité en permanence. En septembre 2018, Christian Marcel craque. Il fait un second burn-out.

Son frère et sa belle-sœur débarquent de Paris : « Mon frère a vu à quel point je dépérissais. La situation m’épuisait. Aidant familial, c’est être d’astreinte 24h/24 toute l’année. On finit par s’y habituer, mais cela crée une très grande fatigue psychologique. »

La famille met en place une prise en charge plus importante. Trois personnes sont recrutées pour les déjeuners et les dîners. Une aide-soignante s’occupe de la toilette. Cette organisation a un coût. Malgré son demi-mois de salaire, Christian, toujours en arrêt maladie, paie les deux loyers. Son frère finance à moitié les salaires du personnel, l’autre moitié est assurée par la retraite du patriarche.

Abandonné par l’administration

Et les aides dans tout ça ? « Elles représentent une goutte d’eau compte tenu de ce que coûte réellement la prise en charge. Nous avons obtenu l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) qui nous donne droit à sept euros par mois en remboursement de soins et un macaron adulte handicapé pour la voiture. »

Les aides varient en fonction des pertes d’autonomie. Si la personne dépendante ne peut plus se laver, elle bénéficie d’une aide pour la toilette. Si elle n’est plus capable de s’habiller, elle a droit à une aide pour l’habillement. Or, les démarches pour bénéficier de l’APA sont très longues. Le quotidien des aidants familiaux, c’est aussi de la « paperasserie » à n’en plus finir : documents à rassembler, dossiers à remplir.

Christian se sent abandonné par l’administration : « Je pensais qu’après avoir déposé la demande d’APA, un conseiller viendrait tous les six mois. Après une visite, je n’ai plus revu personne. Si nous n’entamons pas les démarches nous-mêmes à chaque fois, aucune initiative ne vient de l’administration… Si j’étais resté travailler à Paris, je ne sais pas ce qui se serait passé : mon père serait peut-être en EHPAD aujourd’hui. Une solution inenvisageable pour mon frère et moi, car cela signifierait la fin pour notre père qui a vécu toute sa vie chez lui. »

Chantal Baoutelman

 

*Le nom a été changé

Crédit photographie : geralt /pixabay