Vivarte cherche chaussure à son pied

Vivarte cherche chaussure à son pied

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Vivarte cherche des repreneurs fiables

Plombé par la dette, le groupe Vivarte (prononcer “Vi-var-té”) revend André, Naf-Naf, Kookai… Des centaines de postes sont menacés. L’entreprise cherche des repreneurs fiables et essaie de trouver chaussure à son pied en termes de stratégie.

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a rencontré les représentants du personnel du groupe le 25 janvier. Celle-ci a assuré à l’intersyndicale que « l’Etat usera de tous les leviers d’action pour contraindre l’entreprise à assumer ses responsabilités économiques et sociales.(…) Il n’homologuera pas un PSE qui ne respecte pas les dispositions prévues par la loi en termes de dialogue social et de mesures d’accompagnement ».

Pour l’intersyndicale dont fait partie la CFTC, ses efforts commencent à être récompensés. Enfin, les pouvoirs publics prennent position, d’autant que le groupe aurait touché 44 millions d’euros de l’Etat depuis 2013 au titre du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE).

De quoi parle-t-on ?

Le groupe d’habillement et de chaussures Vivarte, enlisé dans une dette colossale d’1,3 milliard d’euros, brade ses actifs et ferme magasin après magasin depuis quatre ans. Au comité de groupe (qui réunit l’ensemble des élus de toutes les enseignes) du 23 janvier dernier, les nouvelles n’étaient guère meilleures. La direction a annoncé son plan de restructuration. En plus de Chevignon, Kookai et Pataugas qui devraient être cédées avant l’été, Naf-Naf, Merkal et André devront également être sacrifiées selon le PDG, Patrick Puy. Pour ce dernier, le groupe compte trop d’enseignes.

Depuis des mois, des années même, la CFTC tirait la sonnette d’alarme. A juste titre : à la fin janvier, la direction de Vivarte a dévoilé un plan de restructuration d’ampleur. Deux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) devraient être lancés pour rapprocher les sièges de La Halle et de La Halle aux chaussures et réduire les effectifs des fonctions supports de Vivarte Services. 707 emplois concernés. Un précédent PSE portant sur la Halle aux chaussures sera quant à lui étendu, tandis que plus de 140 points de vente de cette enseigne fermeront boutique et que 40 autres deviendront des magasins mixtes (textile et chaussures).

Le groupe avait déjà fermé près de 300 magasins et supprimé 1850 postes en 2015. En août prochain, au terme des cessions, Vivarte ne comptera plus que 6 entreprises (La Halle unifiée, Minelli, San Marina, Cosmoparis, Caroll et Besson), alors qu’elle en rassemblait 17 en 2013.

Les dépôts logistiques, eux, ne seraient pas impactés selon le PDG. Mais, Philippe Visse, délégué syndical CFTC à la plate-forme logistique de la Compagnie Européenne de la Chaussure d’Issoudun (Indre) n’y croit pas un instant : « Si on ne remplace pas les marques, il n’y aura pas assez de boulot en logistique, il ne faut pas se leurrer ! ».

Quelle place pour les organisations syndicales ?

« Nous rencontrons de réelles difficultés en matière de dialogue social. Patrick Puy entrave l’information et ne répond pas à nos questions. Il a refusé de présenter son plan stratégique. Dans ces conditions, comment pouvons-nous travailler avec lui ? » déplore Philippe Visse, qui dit avoir prévenu ses collègues qu’« il y aurait de la casse » à l’arrivée de ce PDG, manager de transition, habitué à gérer des entreprises en difficulté.

Philippe Visse, 49 ans, est préparateur de commande/cariste. Il a commencé sa carrière en 1994 en tant qu’intérimaire. Celui qui a derrière lui 24 ans de syndicalisme dont 8 à la CFTC, le syndicat majoritaire à la plate-forme logistique, se souvient : « On était 22 000 salariés contre 17 000 aujourd’hui, et demain peut-être plus que 15 000. Les conditions de travail se sont dégradées depuis que nous avons été repris par des actionnaires : la politique de la direction d’alors était essentiellement celle du profit maximal. ». Le DS et ses camarades estiment qu’ils « paient les pots cassés » de la mauvaise gestion et de l’instabilité de l’équipe dirigeante (quatre PDG se sont succédés à la tête du groupe en moins de deux ans et demi).

Dans les années 2000, le groupe s’est en effet rapidement développé en ouvrant à tour de bras des magasins et en rachetant de nouvelles marques. Le tout en s’endettant fortement. Mais, la crise et la concurrence de l’e-commerce ont fini par avoir raison de l’entreprise, plombée par la dette. « Pourtant, ce n’est pas faute de ne pas avoir alerté la direction sur l’arrivée de Primark ou d’autres enseignes concurrentes ou encore sur la nécessité de s’adapter à l’évolution numérique. Conséquence, il y a vraiment tout à refaire dans le groupe pour se moderniser. Au niveau des matériels informatiques par exemple : on est complètement à la traîne ! Les concurrents ne nous ont pas attendus. » raconte le représentant CFTC avant de conclure : « Il nous faut des actionnaires qui investissent. Sinon, il n’y aura plus de groupe Vivarte ».

La plate-forme logistique compte une population vieillissante dont la moyenne d’âge s’élève à plus de 50 ans. Avec les 4 PSE de 2015 puis ceux annoncés cette année, les salariés se sentent en insécurité. Et ils n’ont pas tort. Le dépôt logistique d’Issoudun enregistre déjà une baisse de commandes de 14% suite à l’annonce de la fermeture des 183 magasins. «  Une collègue CFTC qui travaille dans le dépôt de vêtements voisin m’a raconté qu’elle reçoit régulièrement des appels de ses collègues en pleurs. Les salariés sont vraiment inquietsNous les écoutons et travaillons pour obtenir la mise en œuvre de meilleures mesures d’accompagnement. » rapporte Philippe Visse, qui a participé début février aux premières réunions PSE. En effet, l’intersyndicale réclame l’intégration du dépôt d’Issoudun dans le PSE des magasins Halle aux chaussures.

Après avoir assigné le groupe en référé devant le tribunal de grande instance de Paris, l’intersyndicale a déposé, le 9 février, une assignation auprès du tribunal de commerce. Elle dénonce la gestion calamiteuse du groupe et demande au juge de désigner un expert qui déterminera si cette gestion est à l’origine de « la situation actuelle de cessation de paiements virtuelle au préjudice des salariés ».

Quelle est la stratégie du groupe ?

Le plan de restructuration présenté par la direction est organisé en quatre axes : fusion des sièges de la Halle et la Halle aux chaussures, « rationalisation des points de vente de la Halle aux chaussures », « réorganisation de Vivarte services », enfin « recherche de repreneurs » pour certaines enseignes. 3 pôles (périphérique, Centre-ville, Caroll) seraient développés. « La dette sera restructurée d’ici la fin février. Il y aura un accord historique dans lequel les créanciers et actionnaires s’engagent à abandonner 800 millions de dettes. » annonçait Patrick Puy à la fin janvier sur RTL. Cette stratégie devrait permettre de réduire les coûts et générer environ 6 millions d’économies par exercice fiscal.

Le groupe Vivarte n’existe que depuis 2001. Composé à majorité de femmes (80%), Vivarte compte 60% de salariés à temps partiel dans des zones en pénurie d’emploi.

Historiquement, le groupe s’appelait André et s’était construit autour de la chaussure, des vêtements et des accessoires. Ses marques les plus connues restent : Minelli, André, Caroll, Naf Naf, Chevignon, Kookaï.

 

Chantal Baoutelman.