Jeune, autonome ? Suédois !

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Mardi 11 juillet 2017

Suède : le pays qui croit en sa jeunesse

En dépit d’un marché du logement très tendu dans les grandes villes, les jeunes Suédois sont ceux qui, dans l’Union européenne (UE), quittent le plus tôt le foyer parental. Grâce à une politique de la jeunesse radicalement différente de la nôtre.

La Suède est le pays de l’UE où les jeunes partent le plus tôt de chez leurs parents : à 20,7 ans en moyenne, contre 23,8 ans en France, et 26,1 ans dans l’ensemble des pays membres. Faut-il croire que l’accès au logement est plus facile en Suède ? Pas du tout, bien au contraire !

Pas de quoi pavoiser…

La pénurie dans les grandes villes (Stockholm en tête) est telle que les municipalités jouent les intermédiaires entre l’offre et la demande, en créant des listes d’attente, obligeant les demandeurs à patienter parfois sept ans ! En attendant, les habitants se tournent vers le marché noir : ils louent à prix d’or et sur de très courtes durées une chambre chez un particulier ou sous-louent un studio. L’encadrement des loyers, le coût de la main d’œuvre, la faible concurrence et une réglementation contraignante bloqueraient le marché du logement.

Les jeunes Suédois auraient donc de quoi être démoralisés. Seuls 49,2 % d’entre eux considéraient en 2007 que leur avenir était prometteur, selon la dernière enquête en date réalisée à l’échelle européenne : European Youth in a Global Context 2007. Sauf que c’est mieux que dans presque tous les autres pays de l’UE ! En France, ils ne sont que 25,6 % à avoir confiance en l’avenir. Où les jeunes Suédois puisent-ils donc leur (relatif) optimisme ?

Un cadre protecteur encourageant l’autonomie

L’explication réside certainement dans un système de protection sociale qui facilite grandement l’autonomie des jeunes. Les Suédois ont droit à l’assistance sociale dès 18 ans, à une allocation logement spécifique jusqu’à 29 ans (CNAF, 2014), et quasiment tous les étudiants bénéficient d’une bourse et d’un prêt de l’Etat de 1 000 € par mois, d’après Anna Stellinger, ex-directrice de l’Institut suédois d’études politiques européennes. Ces aides sociales sont « individualisées », tandis que les nôtres sont « familialisées », selon les termes de Tom Chevalier, chercheur à Sciences Po (.pdf).

Ce dernier explique qu’en France, les parents sont censés nourrir leurs enfants et financer leurs études jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes financièrement. S’ils n’y arrivent pas, ce sont eux – et non leurs enfants – qui perçoivent des prestations familiales pour remplir leurs obligations. En Suède, les parents ne sont plus tenus à l’obligation alimentaire dès lors que leur enfant est majeur ou n’est plus scolarisé. Mais celui-ci est aidé par la collectivité afin qu’il puisse vivre indépendamment de ses parents. Deux conceptions opposées de la « citoyenneté sociale »…

Le soutien à la formation professionnelle

De même, poursuit Tom Chevalier, la Suède et la France s’opposent sur la « citoyenneté économique ». Le système éducatif français laisserait de côté beaucoup de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi peu qualifiés. « Après-coup », des contrats aidés incitent fiscalement les entreprises à les recruter. D’après le chercheur, la Suède, elle, promeut l’acquisition de compétences générales de niveau élevé et soutient fortement la formation professionnelle. De plus, les « garanties jeunesse » fournissent une aide sociale aux jeunes en difficulté, à condition qu’ils suivent une formation, fassent un stage et recherchent activement un emploi.

Les dernières mesures prises par le gouvernement français tendent plutôt vers une individualisation de l’aide : « RSA Jeunes », « garantie jeunes »… Mais il faudrait en priorité simplifier le système, si l’on en croit le rapport Dulin-Vérot. La CFTC, qui y a d’ailleurs contribué, « déplore un empilement des dispositifs successifs » et estime qu’« il faut harmoniser les conditions d’attribution de ces dispositifs [pour] permettre à tous les jeunes de 16 à 30 ans de bénéficier des mêmes leviers », au lieu de segmenter ce public en fonction du statut ou de l’âge.

Laurent Barberon

Crédit photographique :  fotolia / maskot