Emploi : senior, et alors ?

Emploi : senior, et alors ?

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Les adhérents CFTC témoignent de leur expérience

“Senior”, on l’est dès 50, voire 45 ans. Un âge où l’on constate une forte baisse de l’employabilité. C’est là une épreuve difficile, d’autant plus que certains d’entre eux ne sont qu’à mi-parcours de leur vie professionnelle. Comment y faire face ?
Nos adhérents témoignent.

tryptique

De gauche à droite : Pascal Girardot, Véronique de Magy, Fabrice Preite

De quoi se faire des cheveux blancs…

« J’ai fait l’objet d’un licenciement économique en 2013. Pendant un an et demi, entre 2013 et 2014, j’ai envoyé 300 à 400 candidatures avec, comme seul retour, des réponses automatisées pour la plupart du temps », rapporte Pascal Girardot, 56 ans, ancien commercial manager d’équipe et désormais consultant formateur et coach.

Adhérent à la CFTC, il confie s’être heurté à de nombreuses difficultés lors de sa recherche d’emploi. A chaque entretien, cette même impression de défiance, de la part des recruteurs, surtout les plus jeunes que lui. Pire, des propos, dispensés comme autant de convictions indéboulonnables : « Vous êtes un très bon candidat mais les recruteurs craignent que vous vous ennuyez », « Nous préférons donner la priorité à un jeune que nous allons former », ou encore « Vous êtes trop senior ».

Véronique de Magy, elle, peinait à faire reconnaître son expérience, pourtant double : acquise à la fois comme commerciale à la Caisse d’épargne et comme secrétaire générale de l’union régionale Centre-Val-de-Loire. « Je n’avais qu’un bac général. Or sur le marché de l’emploi actuel, (…) être senior, femme et syndicaliste, avec uniquement un bac en poche, peut bloquer une carrière », confie-t-elle. Véronique avait pourtant derrière elle pas moins de 20 ans de mandats syndicaux.

Une longue marche

« J’ai intégré la Maison des Cadres d’Indre-et-Loire, association qui soutient et accompagne les cadres en repositionnement professionnel. Cela m’a permis de reprendre confiance en moi et de relancer un projet mis de côté, explique Pascal. Les recruteurs s’imaginent qu’en tant que seniors, nous avons des exigences financières trop importantes, que nous ne sommes pas adaptables. Pourtant, nous avons les savoir-faire et les savoir-être, que nous pouvons transmettre à des collaborateurs plus jeunes.»

Véronique, elle, a dû entreprendre une démarche très lourde, qui aura duré 2 ans, pour faire reconnaître ses compétences dans un marché de l’emploi « atteint de diplomite aigüe », selon ses termes. Une véritable épreuve, du montage du dossier au passage devant le jury. Qui lui a toutefois permis d’ajouter une corde à son arc.

Fort du soutien de l’association, Pascal a créé sa propre entreprise de prestation, IMPROOVITY, qui propose des ateliers de développement personnel, de développement des compétences et de management bienveillant. Une manière de transmettre son expérience. « Grâce à mes formations, je vois de plus en plus de seniors se former, reprendre des études, compléter des modules, se lancer dans l’e-learning. Il faut montrer tout cela aux entreprises, qui devraient faire le choix de la diversité plutôt que de se priver de talents en fermant la porte aux seniors.»

Tout compte fait, pour Véronique, « c’est une fierté » et « un véritable pari sur l’avenir ». Après une certification obtenue à Sciences-po, elle porte dorénavant ses espoirs sur une intégration du service formation, toujours à la Caisse d’épargne.

Propos recueillis par Chantal Baoutelman
Crédit photographique : Clem Onojeghuo