Les étudiants, contraints de travailler pour financer leurs études, par Vladimir Djordjevic, représentant national CFTC Caisses d’épargne membre de la commission jeunes CFTC
La rentrée coûtera cher, notamment aux étudiants. À la hausse du prix de l’essence ou du “coût du cartable” s’ajoutent les frais d’inscription à l’université ou dans une école et les frais de logement de plus en plus élevés. Ils sont aujourd’hui 73% à travailler pour financer leurs études, contre 48% en 2006, selon l’Unef. Comment peut-on agir ?
Vladimir Djordjevic :
“Nos étudiants ne bénéficient pas aujourd’hui de conditions de vie favorables à leur réussite universitaire. La grande majorité d’entre eux, 80%, sont exclus du système de bourses en raison de critères trop restrictifs. Les parents, qui ont vu leur pouvoir d’achat fondre avec la crise, sont de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir financer des études. Ce sont souvent les grands-parents qui prennent le relais et puisent dans leurs économies pour soutenir les projets des petits enfants. Mais cette solidarité familiale ne suffit plus.
Le travail étudiant a augmenté en flèche, plus de sept étudiants sur dix déclarent une activité salariée. C’est très préoccupant, car cette situation multiplie par deux le risque d’échec universitaire. Travailler tard le soir dans un fast-food ou en horaires décalés dans un supermarché empiète sur le temps d’études.
Aujourd’hui, le logement, premier poste de dépense pour un étudiant, peut atteindre de 40 à 50% de son budget. À Paris, les coûts du parc locatif privé ont augmenté de 10,8%. Dans les grandes villes universitaires aussi, l’insuffisance de logements étudiants fait flamber les prix. Ce dossier est aujourd’hui une priorité absolue. Il faut accélérer la construction de résidences universitaires dans le cadre du Crous (Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires).
D’autre part, une refonte du système d’attribution des bourses est nécessaire pour enrayer cette paupérisation grandissante. Sinon, une évolution à l’anglo-saxonne risque de se produire, les jeunes contractant des crédits qu’ils mettront ensuite des années à rembourser ! Les universités, de leur côté, ont tendance à augmenter les frais d’inscription d’année en année, et de façon parfois abusive.
Il est d’ailleurs regrettable que les universités, soucieuses de leur compétitivité, concentrent leurs cursus dans les grands pôles des capitales régionales, au détriment des villes secondaires. Pouvoir suivre un premier cycle dans sa ville d’origine, en restant dans sa famille, permettrait de limiter les coûts.