Le gouvernement a annoncé la nomination de 22 délégués régionaux au « Redressement productif », de hauts fonctionnaires issus des services des préfectures, chargés d’aider les entreprises en difficulté le plus en amont possible, en priorité les PME. Comment accueillez-vous cette mesure ?
Benoît Merelle
« Cette initiative va dans le bon sens, mais quelle en sera l’efficacité ? Mon expérience m’a rendu sceptique sur les capacités d’intervention de l’État. Au printemps dernier, nous nous sommes battus contre la restructuration mise en œuvre dans notre entreprise, Constellium, (ex-Alcan EP, ex-Pechiney), fabricant de fenêtres en aluminium. Le PSE allait mettre sur le carreau 127 salariés, nous ne sommes plus que 80 aujourd’hui…
Nous avions un projet alternatif économiquement viable et porté par un ancien directeur d’un site de l’entreprise. Le député de la Somme, Stéphane Demilly, s’est saisi de l’affaire. En posant une question orale à l’Assemblée nationale, il a interpellé l’État sur sa responsabilité, en tant qu’actionnaire de Constellium à 10 %, part du capital acquise via le FSI, Fonds stratégique d’investissement, bras armé de l’État. Le député avait alors employé le terme de "séisme économique pour la région" et défendu le scénario alternatif. Rien n’y a fait, on nous a laissé entendre que le rôle de l’État n’est pas de s’immiscer dans les affaires d’une entreprise privée.
Lors du conflit, nous avions eu l’occasion de rencontrer aussi le préfet de la Somme. Ses propos pouvaient se résumer à : "Résignez-vous, le métier est appelé à disparaître…" Cela reste à démontrer, à ma connaissance la menuiserie métallique a encore de beaux jours devant elle ! Mais en admettant que cela soit vrai, pourquoi alors ne pas investir dans des formations innovantes ? L’emploi doit se développer dans la logistique liée aux nouvelles technologies, les biocarburants, les métiers verts. Nous devons anticiper, faire preuve de créativité.
Au niveau de l’Union locale de la CFTC, nous voyons tous les jours la casse sociale se poursuivre. Les ruptures conventionnelles se multiplient, les plans sociaux aussi. Tout cela coûte très cher à la collectivité, nous sommes en train de vider les caisses de Pôle emploi. Des investissements dans des formations orientées vers les métiers d’avenir seraient plus judicieux, l’État devrait s’en préoccuper davantage. »