Nicolas Sarkozy, puis Luc Chatel, veulent en finir avec l’absentéisme scolaire. Il est de nouveau question d’instaurer des sanctions allant jusqu’à la suppression des allocations familiales pour les parents d’enfants qui font l’école buissonnière, voire de les durcir… Est-ce une solution acceptable?
"Cette sanction, sur le principe, est déjà applicable depuis la loi du 31 mars 2006 sur "l’égalité des chances" qui instaure un "contrat de responsabilité parentale" entre les parents des élèves qui cumulent des retards ou absences et le département.
Un contrat, s’il est rompu ou n’est pas respecté, qui peut entraîner une suspension des allocations familiales, celles-ci étant versées par les CAF.
Mais ce contrat "ne fonctionne pas" selon les récents propos des protagonistes que vous citez et qui sont décidés aujourd’hui à ce que les préfets s’en mêlent. Parler de "fléau" –pour ce phénomène qui concerne moins de 5% des élèves au niveau des collèges et des lycées –ou brandir la menace de "sanctions effectives" n’est assurément pas la bonne méthode pour lutter contre l’absentéisme scolaire.
Aborder le problème de cette manière, c’est, de plus, méconnaître la situation particulière et individuelle des familles concernées, souvent déjà confrontées à d’autres difficultés. C’est ainsi ignorer les difficultés dans lesquelles ces familles souvent en rupture de dialogue avec les institutions dont l’Éducation nationale et habitant des quartiers "défavorisés" se débattent par exemple ne serait-ce que pour payer leur loyer.
C’est surtout montrer du doigt les seuls parents en sous-entendant que ce sont de "mauvais parents".
La question mérite une vraie réflexion qu’il faut mener de manière concertée. C’est la collectivité dans
son ensemble qui doit s’interroger face à cet échec [NDLR: la CFTC représentée au conseil d’administration de la Cnaf s’était abstenue sur le projet de loi en 2006 pour ces mêmes raisons].
Je ne donne pas raison à ces jeunes. Je dis simplement qu’il ne faut pas les délaisser ni les marginaliser davantage. Accompagnons-les, proposons-leur des clés pour construire leur avenir, rebondir et bien se préparer à la vie active!
Lorsque toutes les autres tentatives d’accompagnement auront échoué ou que le contrat de "confiance" aura été rompu, la sanction pourra alors être envisagée.
Mais au préalable, il faut toujours se poser la question du pourquoi de la situation, du blocage ou de la rupture du dialogue. Ce travail d’accompagnement demande du temps et des moyens. Dans tous les cas, on le voit bien, la sanction ne peut être la seule réponse.